Depuis cinq ans, la commune de Saint-Chamas, située sur les rives de l’étang de Berre dans les Bouches-du-Rhône, subit les conséquences d’un trafic de déchets qui a laissé derrière lui un dépôt sauvage de 16 000 tonnes de matériaux polluants. Selon Reporterre, ces déchets restent exposés à l’air libre sans qu’aucune solution n’ait été engagée ni par l’État ni par la métropole.
Ce qu'il faut retenir
- Un dépôt de 16 000 tonnes de déchets issus d’un trafic est à l’air libre depuis 2021 à Saint-Chamas, sans solution de traitement ou d’évacuation.
- Les habitants s’inquiètent des risques sanitaires, notamment après un incendie dont les fumées ont exposé des enfants en bas âge.
- Ni l’État ni la métropole n’ont pris de mesures concrètes pour résoudre cette pollution, malgré l’ancienneté du problème.
- Les associations locales dénoncent un manque de réactivité des autorités depuis le début de la crise.
Un héritage toxique qui s’étend dans le temps
Le site de Saint-Chamas, niché au bord de l’étang de Berre, est devenu le symbole d’un trafic de déchets dont les conséquences perdurent. Reporterre révèle que les 16 000 tonnes de matériaux, dont l’origine exacte reste floue, s’accumulent depuis 2021. Aucune procédure de dépollution ou d’enlèvement n’a été lancée, malgré les alertes répétées des riverains et des associations environnementales.
Le constat est d’autant plus préoccupant que les déchets, souvent mêlés à des résidus industriels ou ménagers, exposent la population à des risques sanitaires. L’étang de Berre, déjà fragilisé par des décennies de pollution industrielle, pourrait subir une dégradation supplémentaire si aucune action n’est menée rapidement.
Des craintes sanitaires partagées par les habitants
Parmi les témoins de cette pollution, Laure Jaurès, animatrice en éducation à l’environnement au sein de l’association 8 vies pour la planète, a vu ses inquiétudes se concrétiser en 2021. « Je m’inquiétais que les fumées de l’incendie aillent vers les poumons de mon petit garçon. Il était en maternelle. Aujourd’hui il a 9 ans », confie-t-elle à Reporterre. Son témoignage illustre l’angoisse des parents face à une exposition prolongée à des polluants non maîtrisés.
Les craintes ne concernent pas seulement les résidents directs du quartier. Les vents dominants pourraient propager des particules fines ou des composés volatils, affectant une zone bien plus large que le seul périmètre du dépôt. Les associations locales, soutenues par des experts en santé environnementale, réclament des analyses indépendantes pour évaluer les risques réels.
Un silence des autorités qui interroge
La question centrale reste celle de l’inaction des pouvoirs publics. Ni la préfecture des Bouches-du-Rhône, ni la métropole d’Aix-Marseille-Provence n’ont communiqué de calendrier précis pour la dépollution du site. Reporterre souligne que les seuls échanges entre les acteurs locaux et l’État se limitent à des échanges de courriers, sans avancée concrète.
Les élus locaux, interrogés par Reporterre, évoquent des « difficultés techniques » et des « procédures administratives longues ». Pourtant, des précédents existent : dans d’autres régions, des dépôts similaires ont été traités en quelques mois, une fois les responsabilités identifiées et les financements mobilisés. À Saint-Chamas, l’attente se prolonge, sans garantie d’un dénouement proche.
Cette affaire soulève une question de fond : comment expliquer qu’un tel dépôt, connu depuis plus de cinq ans, n’ait toujours pas trouvé de solution ? Entre lenteurs administratives, manque de moyens et désengagement des responsables politiques, le dossier de Saint-Chamas révèle les failles d’un système censé protéger les citoyens et l’environnement.
Selon Reporterre, le dépôt comprend principalement des déchets issus d’un trafic illégal, mêlant résidus industriels, plastiques et matériaux de construction. Leur composition exacte n’a pas été rendue publique, mais les associations craignent la présence de métaux lourds et de composés organiques volatils.