La ville de Saint-Malo, située dans la région de Bretagne, est devenue un symbole de la bataille contre les meublés touristiques, en particulier contre la plateforme Airbnb. Selon Gilles Lurton, maire de Saint-Malo, « Quand vous construisez 500 logements, environ 300 ne servent pas à loger des habitants permanents ». Cette constatation a poussé la commune à prendre des mesures pour réguler l'activité de location touristique.

La commune a ainsi mis en place un enregistrement pour louer un logement à des touristes, limité cette activité à un seul logement par propriétaire, et fixé des quotas par zone géographique. Dans le célèbre quartier des remparts, seuls 12,5% des logements peuvent devenir des locations touristiques. Cette mesure a été validée par le tribunal administratif en 2024 et a inspiré en partie la « loi Le Meur » qui encadre les meublés touristiques au niveau national depuis l'an dernier.

Les limites de la régulation

Mais à quel point est-ce un succès ? L'objectif étant aussi de regagner des résidences principales, Gilles Lurton estime que « Ça a stabilisé la situation ». Cependant, il reconnaît ne pas pouvoir chiffrer les logements rendus à l'habitat permanent. Jérôme Lebrun, gérant d'un grand cabinet immobilier malouin et président de la chambre Fnaim pour la Bretagne, pointe « l'effet pernicieux » d'une régulation qui a « un peu pénalisé tout le monde », notamment les propriétaires « qui louaient pour couvrir leurs charges », ainsi que l'écosystème de la location saisonnière qui « a pris un coup ».

La plateforme Airbnb assure n'avoir « pas constaté d'évolution récente significative du volume d'offres » depuis la loi Le Meur. Cependant, elle reconnaît que « les quotas par quartier constituent une solution adaptée » à des villes comme Saint-Malo. La commune a donc décidé de s'attaquer aux résidences secondaires, qui représentent 27% du parc de logements malouin, en interdisant toute construction destinée à une résidence secondaire dans les nouveaux quartiers ou ceux en reconversion.

Les conséquences de la régulation

Cette mesure a des conséquences sur les habitants permanents, qui sont divisés sur l'impact de la régulation. Claire Guinemer, poissonnière depuis trente ans dans le centre historique fortifié et pilier de l'association des commerçants, dénonce l'« impact négatif » de la régulation. « Avec les quotas, l'activité a baissé presque tout de suite », selon elle. En revanche, Simone Josselin, résidente depuis 1957, est la seule occupante permanente de son petit immeuble et déplore une « ville qui se vide ».

Christian Bertheau, 75 ans, résident permanent, déplore lui aussi une « ville qui se vide » et où trop de volets restent fermés. Dans son immeuble, « cinq ou six » des huit appartements sont en Airbnb, dit-il, précisant ne pas subir de nuisances, l'une des raisons qui avait poussé la ville à réguler. « Mais on en souffre parce que c'est vide » toute la semaine l'hiver et que les commerçants disparaissent, s'empresse-t-il d'ajouter.

Les enjeux de la campagne municipale

Ce sujet sera certainement abordé lors de la campagne municipale, car les candidats « vont devoir s'en emparer. Ça jouera dans le vote », selon Christian Bertheau. La commune de Saint-Malo doit trouver un équilibre entre la nécessité de préserver les logements pour les habitants permanents et la nécessité de maintenir une activité touristique qui est essentielle à l'économie locale.

La loi Le Meur, qui encadre les meublés touristiques au niveau national, est un pas dans la bonne direction, mais il faudra continuer à adapter les mesures pour répondre aux besoins spécifiques de chaque commune. La commune de Saint-Malo a montré que la régulation de l'activité de location touristique est possible, mais il faudra évaluer les conséquences de ces mesures à long terme pour garantir que les habitants permanents puissent continuer à vivre dans la ville.

Les habitants de Saint-Malo attendent avec intérêt les propositions des candidats aux municipales pour résoudre ce problème qui les concerne directement. La question qui se pose est : comment trouver un équilibre entre la nécessité de préserver les logements pour les habitants permanents et la nécessité de maintenir une activité touristique qui est essentielle à l'économie locale ?

Les principaux enjeux de la régulation de l'activité de location touristique à Saint-Malo sont de trouver un équilibre entre la nécessité de préserver les logements pour les habitants permanents et la nécessité de maintenir une activité touristique qui est essentielle à l'économie locale.