Près d’Amiens, dans la Somme, la forêt subit de plein fouet les conséquences d’une sécheresse historique. Selon Ouest France, il n’a pas plu depuis trois mois dans cette zone de Picardie, où les températures estivales aggravent un phénomène déjà préoccupant. Guillaume Decocq, expert reconnu des écosystèmes forestiers, a conduit un reportage sur place pour documenter l’impact de cette crise climatique sur les espaces boisés.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois mois sans pluie : dans la région d’Amiens, la sécheresse s’étire depuis le début du printemps, avec un déficit hydrique marqué.
  • Forêt d’Amiens en souffrance : les arbres présentent des signes de stress hydrique avancés, avec des feuilles grillées et des branches desséchées.
  • Intervention d’un spécialiste : Guillaume Decocq, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des milieux forestiers, a analysé les dégâts sur le terrain.
  • Risque accru d’incendies : la combinaison chaleur et sécheresse augmente la vulnérabilité des massifs forestiers aux départs de feu.

Une sécheresse exceptionnelle qui fragilise les écosystèmes

La Picardie, traditionnellement humide, subit cette année un épisode de sécheresse particulièrement sévère. Les relevés météorologiques locaux confirment l’absence de précipitations significatives depuis près de quatre-vingt-dix jours. « Les arbres montrent des signes de faiblesse visibles : écorces fissurées, feuilles jaunies et même des chutes prématurées », explique Guillaume Decocq. Selon lui, les espèces les plus sensibles, comme les hêtres ou les chênes, sont les premières touchées par ce manque d’eau prolongé.

Côté chiffres, les stations météo de la région enregistrent un déficit pluviométrique de plus de 60 % par rapport aux normales saisonnières, une situation qui n’avait pas été observée depuis plusieurs décennies. Les sols, habituellement gorgés d’eau à cette période, sont aujourd’hui craquelés, limitant la reprise racinaire des végétaux.

Un expert sur le terrain pour évaluer l’ampleur des dégâts

Guillaume Decocq, qui enseigne également à l’université de Picardie Jules Verne, a arpenté les sentiers forestiers autour d’Amiens pour constater les dégâts. « On observe une mortalité accrue chez les jeunes pousses, tandis que les arbres adultes tentent de survivre en puisant dans leurs réserves », précise-t-il. L’expert souligne que la situation pourrait s’aggraver si les températures continuent de dépasser les 30 °C pendant plusieurs jours consécutifs, comme annoncé par Météo-France pour les prochains jours.

Autre conséquence directe : l’augmentation du risque d’incendie. Les massifs forestiers de la région, comme la forêt de Crécy ou celle de Blangy, sont désormais classés en niveau « très élevé » par les services de prévention des feux de forêt. Les autorités appellent à la vigilance et interdisent toute activité susceptible de provoquer un départ de feu, comme les barbecues ou les feux de camp.

Et maintenant ?

Les prévisionnistes s’attendent à une poursuite des conditions anticycloniques sur la région dans les quinze prochains jours. Si aucune pluie n’est prévue avant la fin du mois d’août, les autorités locales pourraient être contraintes de prendre des mesures exceptionnelles, comme des restrictions d’accès aux forêts ou des campagnes de sensibilisation renforcées. Les spécialistes, eux, appellent à une réflexion sur l’adaptation des forêts aux changements climatiques, avec des espèces plus résistantes à la sécheresse en tête de liste.

Vers une gestion forestière adaptée aux nouvelles réalités climatiques ?

Pour Guillaume Decocq, cette sécheresse est un signal d’alerte. « Les forêts ne sont pas faites pour subir de tels épisodes répétés », rappelle-t-il. Il préconise d’envisager, dès maintenant, des plantations d’essences plus résistantes à la sécheresse, comme le pin maritime ou certains chênes méditerranéens. Une adaptation qui prendra cependant des décennies avant de porter ses fruits.

Les collectivités locales et l’Office national des forêts (ONF) devront aussi revoir leurs stratégies de gestion, en intégrant davantage la question de la résilience face au changement climatique. Une réunion est d’ailleurs prévue en septembre entre les acteurs locaux pour discuter des mesures à mettre en place.

En attendant, la forêt picarde reste sous haute surveillance, tandis que les habitants et les randonneurs sont invités à signaler tout départ de feu ou comportement à risque. Une sécheresse qui, si elle se prolonge, pourrait bien redessiner durablement les paysages de la région.

Les hêtres et les chênes pédonculés sont particulièrement vulnérables, car leurs racines n’atteignent pas toujours les nappes phréatiques profondes. Les résineux, comme les pins sylvestres, résistent mieux mais subissent un stress hydrique important en cas de canicule prolongée.