Le secteur aérien européen a tiré la sonnette d’alarme auprès de la Commission européenne, pointant un dysfonctionnement majeur du système d’entrée/sortie Schengen (EES) en pleine haute saison estivale. Dans une lettre ouverte publiée le 1er juillet 2026, les principales organisations du transport aérien – ACI EUROPE, Airlines for Europe (A4E) et l’Association internationale du transport aérien (IATA) – ont appelé Ursula von der Leyen à suspendre temporairement l’EES aux périodes de pointe, où les files d’attente aux contrôles frontaliers peuvent dépasser cinq heures. Selon Euronews FR, cette situation menace de paralyser des millions de voyageurs et de fragiliser la compétitivité touristique de l’Europe.

Ce qu'il faut retenir

  • L’EES, déployé en avril 2026 dans l’espace Schengen, remplace le tamponnage des passeports par un système numérique d’enregistrement biométrique (empreintes digitales et images faciales).
  • Les temps d’attente aux frontières atteignent jusqu’à cinq heures aux heures de pointe, provoquant des correspondances manquées et des départs retardés.
  • ACI EUROPE, A4E et IATA demandent à Bruxelles de suspendre temporairement l’EES lorsque le volume de passagers dépasse les capacités des installations frontalières.
  • Le World Travel & Tourism Council (WTTC) craint une perte de 41 millions d’arrivées et 45,4 milliards de dollars de dépenses touristiques en Europe si la situation n’est pas résolue.
  • Les petits aéroports desservant des destinations prisées sont particulièrement touchés, avec des passagers contraints de patienter à l’extérieur des terminaux.

Un système conçu pour renforcer la sécurité, mais à l’impact opérationnel désastreux

L’EES, entré en vigueur dans tout l’espace Schengen en avril 2026, avait pour objectif de sécuriser les frontières extérieures en remplaçant le traditionnel tampon dans les passeports par un enregistrement numérique des entrées et sorties. Ce dispositif, qui collecte également des données biométriques (empreintes digitales et reconnaissance faciale), visait à mieux contrôler les visas et à rationaliser la gestion des frontières. Pourtant, loin de fluidifier les passages, il génère des files d’attente record aux postes de contrôle, selon les organisations signataires de la lettre ouverte. « Aujourd’hui, nous avons atteint un point critique », estiment ACI EUROPE, A4E et IATA dans leur courrier adressé à Ursula von der Leyen. « La mise en œuvre actuelle de l’EES entraîne de lourdes conséquences opérationnelles, perturbe les passagers et place les autorités de contrôle aux frontières, les aéroports et les compagnies aériennes sous une pression intenable. »

Des perturbations qui s’étendent à l’ensemble du secteur touristique européen

Les conséquences de ces dysfonctionnements dépassent le cadre strict des aéroports. Les organisations du secteur aérien mettent en garde contre un effet domino sur l’économie européenne. « Les compagnies aériennes se retrouvent avec des avions à moitié vides au moment de la fermeture des portes, tandis que les passagers restent coincés dans les files d’attente aux contrôles aux frontières », peut-on lire dans la lettre. Les petits aéroports, souvent situés dans des destinations très prisées comme les îles méditerranéennes ou les stations de ski, sont particulièrement vulnérables. Certains passagers, découragés par l’attente, renoncent même à leur voyage, ce qui pèse sur la réputation de l’Europe en tant que destination touristique. « Certains visiteurs internationaux reconsidèrent leurs voyages en Europe en raison de la perspective de délais excessifs aux frontières », souligne le document.

Une flexibilité insuffisante pour éviter la crise

Bien que les États membres disposent déjà d’une marge de manœuvre pour suspendre temporairement la collecte de données biométriques jusqu’au 1er septembre 2026, cette mesure s’avère insuffisante face à l’afflux estival. Les signataires de la lettre estiment que cette flexibilité « n’a pas permis d’éviter les files d’attente excessives ni les perturbations opérationnelles ». Les aéroports européens devraient accueillir 40 millions de passagers supplémentaires en juillet et août par rapport aux deux mois précédents, ce qui risque d’aggraver encore la situation. Pour éviter un blocage total du système, ACI EUROPE, A4E et IATA demandent à la Commission européenne d’autoriser une suspension préventive de l’EES dès que le volume de passagers dépasse les capacités des infrastructures frontalières, et ce au moins pour les mois de juillet et août.

Le WTTC alerte sur les conséquences économiques d’un maintien des dysfonctionnements

En réponse à cette lettre, le World Travel & Tourism Council (WTTC) a appelé à une « action coordonnée » pour concilier sécurité frontalière et fluidité des déplacements. Selon l’organisation, des temps d’attente réguliers de trois heures ou plus aux frontières pourraient freiner la demande touristique : environ un tiers des voyageurs déclarent qu’ils seraient moins enclins à se rendre dans l’espace Schengen. Ces retards, s’ils persistent, pourraient mettre en péril jusqu’à 41 millions d’arrivées et 45,4 milliards de dollars de dépenses potentielles en 2026, selon une analyse récente du WTTC. « L’EES représente une étape importante vers des frontières plus intelligentes et plus sûres pour l’Europe, mais sa mise en œuvre doit être pratique, coordonnée et centrée sur les voyageurs », a déclaré Gloria Guevara, présidente-directrice générale du WTTC. « Si de longs délais d’attente deviennent la norme, les voyageurs iront voir ailleurs. »

Une réputation en jeu pour l’Europe

Au-delà des pertes économiques immédiates, c’est la réputation de l’Europe qui est en jeu. Les organisations du secteur rappellent que l’espace Schengen doit rester une destination « non seulement sûre, mais aussi efficace, accueillante et compétitive ». Or, la lenteur des contrôles frontaliers menace de détourner les voyageurs vers d’autres destinations offrant des procédures d’entrée plus rapides. Le WTTC met en garde : sans une adaptation urgente, l’Europe pourrait se retrouver en « net désavantage » face à des concurrents comme les États-Unis, le Canada ou certains pays asiatiques, où les formalités d’immigration sont souvent moins contraignantes. « L’Europe ne peut pas se permettre de compromettre sa compétitivité ni l’expérience qu’elle offre à des millions de visiteurs », insiste Gloria Guevara.

Et maintenant ?

La Commission européenne doit désormais trancher sur les demandes de flexibilité formulées par le secteur aérien. Une décision est attendue dans les prochaines semaines, alors que la haute saison estivale bat son plein. Si aucune mesure corrective n’est prise, les perturbations aux frontières pourraient s’étendre jusqu’à la fin août, période où les flux touristiques restent soutenus. Bruxelles pourrait opter pour une suspension temporaire de l’EES dans les aéroports les plus touchés, tout en accélérant la mise en place d’un mécanisme permanent de flexibilité opérationnelle d’ici septembre, comme le suggèrent les organisations signataires.

En attendant, le secteur aérien et les aéroports restent en alerte. Les passagers sont invités à vérifier les temps d’attente estimés avant leur voyage et à prévoir un délai supplémentaire pour les contrôles frontaliers. Quant aux autorités européennes, elles devront trouver un équilibre entre sécurité renforcée et fluidité des déplacements – sous peine de voir s’effriter l’attractivité touristique du continent.

L’EES (Entry/Exit System) est un système numérique européen entré en vigueur en avril 2026. Il remplace le tamponnage des passeports par un enregistrement des entrées et sorties des voyageurs non européens, accompagné de données biométriques (empreintes digitales et reconnaissance faciale). Initialement conçu pour renforcer la sécurité et lutter contre les dépassements de visa, il est aujourd’hui pointé du doigt pour ses files d’attente interminables aux frontières, estimées à jusqu’à cinq heures aux heures de pointe. Selon Euronews FR, ce dysfonctionnement perturbe gravement les correspondances, alourdit la charge de travail des contrôleurs frontaliers et décourage certains touristes de venir en Europe.