Un an après l’adoption de la loi Duplomb, qui avait marqué un tournant dans la réglementation des produits phytosanitaires en France, le Sénat a franchi une nouvelle étape dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 juin 2026. Contre l’avis du gouvernement, les sénateurs ont adopté un amendement permettant la réintroduction de deux pesticides jusqu’alors interdits, dans le cadre de la loi d’urgence agricole. Cette décision, rapportée par Libération, s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes entre écologie et productivité agricole.

Ce qu'il faut retenir

  • Adoption d’un amendement au Sénat dans la nuit du 29 au 30 juin 2026, contre l’avis du gouvernement, pour réintroduire l’acétamipride et un autre pesticide interdit.
  • Ces substances avaient été bannies en application de la loi Duplomb, promulguée un an plus tôt, qui durcissait les règles sur les produits phytosanitaires.
  • La mesure s’inscrit dans le cadre d’une loi d’urgence agricole, visant à soutenir le secteur face à des défis économiques et climatiques.
  • Le gouvernement s’est opposé à cette réintroduction, soulignant les risques pour la santé et l’environnement.

Une décision controversée dans le prolongement de la loi Duplomb

L’amendement adopté par le Sénat autorise désormais la réutilisation de l’acétamipride, un néonicotinoïde classé comme perturbateur endocrinien, ainsi que d’un second pesticide interdit. Ces substances avaient été interdites en France en 2020, dans le cadre d’une politique progressive de réduction des intrants chimiques en agriculture. La loi Duplomb, votée en 2025, avait confirmé cette orientation en renforçant les restrictions sur plusieurs molécules jugées dangereuses.

Pourtant, le gouvernement s’est fermement opposé à cette réintroduction, arguant que les données scientifiques disponibles ne permettaient pas de garantir un usage sans risque. « Nous ne pouvons pas faire marche arrière sur des principes de santé publique », a déclaré un porte-parole du ministère de l’Agriculture, cité par Libération. Cette position reflète les divisions persistantes entre les partisans d’une agriculture intensive et ceux qui prônent une transition écologique.

La loi d’urgence agricole au cœur des débats

Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une loi d’urgence agricole, adoptée en réponse aux difficultés croissantes du secteur. Les sénateurs justifient leur vote par la nécessité de soutenir les agriculteurs, confrontés à des marges réduites et à des aléas climatiques de plus en plus fréquents. « Face à la crise, nous devons donner des outils aux producteurs pour qu’ils puissent continuer à travailler », a affirmé un sénateur de la majorité, dont le nom n’a pas été précisé par Libération.

Cependant, les associations de défense de l’environnement et de la santé publique dénoncent une mesure « irresponsable ». Pour elles, la réintroduction de ces pesticides envoie un signal contradictoire, alors que la France s’est engagée à réduire de 50 % l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2030. « On revient en arrière sur des années de progrès », a réagi une porte-parole de Générations Futures, interrogée par le quotidien.

Un vote de nuit qui interroge sur la méthode

L’adoption de l’amendement en pleine nuit, entre le lundi 29 et le mardi 30 juin, a également suscité des critiques sur la procédure. Plusieurs sénateurs de l’opposition ont dénoncé un manque de transparence, alors que les débats parlementaires sur l’agriculture sont traditionnellement tendus. « Nous n’avons pas eu le temps d’étudier sérieusement les impacts de cette mesure », a critiqué un élu écologiste, cité par Libération.

Cette réintroduction pourrait désormais être examinée à l’Assemblée nationale, où le gouvernement disposera d’un droit d’amendement pour tenter de bloquer ou modifier le texte. Une nouvelle étape qui promet d’être tout aussi conflictuelle, dans un contexte où les attentes des citoyens en matière d’écologie se font de plus en plus pressantes.

Et maintenant ?

La mesure doit désormais être transmise à l’Assemblée nationale, où elle pourrait faire l’objet de nouveaux amendements. Le gouvernement, qui s’y oppose fermement, pourrait utiliser son droit de blocage ou proposer des alternatives moins risquées. Une adoption définitive n’est pas attendue avant l’automne, le temps que les deux chambres trouvent un compromis. D’ici là, les débats sur la place des pesticides dans l’agriculture française devraient s’intensifier.

Pour rappel, la loi Duplomb avait déjà été critiquée pour son manque de cohérence entre les objectifs écologiques et les réalités économiques du terrain. Avec cette nouvelle étape, le débat sur l’avenir de l’agriculture en France prend une tournure encore plus complexe.

L’acétamipride, un néonicotinoïde, a été interdit en 2020 en raison de ses effets néfastes sur les pollinisateurs, comme les abeilles, et de ses risques potentiels pour la santé humaine, notamment en tant que perturbateur endocrinien. Cette interdiction s’inscrivait dans le cadre d’une politique européenne et française visant à réduire l’usage des produits phytosanitaires les plus dangereux.