À quatre mois des élections sénatoriales, qui s’annoncent comme un « test national » avant la présidentielle de 2027, le Rassemblement national (RN) multiplie les signaux en direction de la droite et du centre. Selon Le Figaro, le parti de Jordan Bardella cherche à obtenir le ralliement de parlementaires pour atteindre le seuil des dix sièges, condition sine qua non à la constitution d’un groupe à la chambre haute.

Ce qu'il faut retenir

  • Le RN vise la formation d’un groupe de dix sénateurs pour peser davantage au Palais du Luxembourg.
  • Le sénateur Christopher Szczurek évoque des « contacts » avec des élus LR et centristes « qui pourraient rallier » le RN.
  • Ludovic Pajot, directeur de campagne, mise sur l’effet « multiplicateur » du vote rural et des élus sans étiquette.
  • Le parti a investi des candidats dans 46 des 63 départements en jeu, avec quelques têtes de liste issues de la droite.
  • Les ralliements seraient conditionnés à l’adhésion à la « philosophie » du RN et à l’engagement de rejoindre son futur groupe.

Un objectif prioritaire : franchir le cap des dix sièges

Le RN, actuellement représenté par seulement trois sénateurs au Palais du Luxembourg, fait de la constitution d’un groupe un enjeu stratégique. « Notre ambition claire : multiplier notre nombre de sénateurs et constituer enfin un groupe », a déclaré Ludovic Pajot, directeur de campagne pour ces élections sénatoriales, lors d’une conférence de presse organisée mercredi 27 mai au siège du parti. Selon lui, ces sénatoriales revêtent une « valeur de test national » pour la présidentielle de 2027, qualifiée de « mère de toutes les batailles ».

Pour y parvenir, le RN compte sur son implantation territoriale, renforcée après les municipales de mars 2026. Le parti revendique 70 maires élus ou réélus et plus de 3 000 conseillers municipaux dans l’ensemble du pays. « L’effet multiplicateur » du vote des élus sans étiquette, en particulier « dans les communes rurales », devrait permettre de confirmer cette dynamique, a souligné M. Pajot.

Des « contacts » avec LR et les centristes pour élargir la base

Christopher Szczurek, sénateur du Pas-de-Calais et l’un des trois élus RN au Sénat, a évoqué des « contacts » avec des parlementaires de droite et du centre. « Certains nous ont laissé savoir que si on est en situation de constituer un groupe, ils pourraient nous rallier », a-t-il indiqué lors de la même conférence de presse. « On n’est pas à l’abri de surprises », a-t-il ajouté, précisant avoir établi des échanges avec des sénateurs « qui sont dans le groupe LR », mais « pas nécessairement encartés » aux Républicains, ainsi qu’avec « quelques sénateurs qui sont dans le groupe centriste ».

Le sénateur a souligné que « la sagesse et l’œcuménisme qui règnent de manière générale au Sénat rendent les relations beaucoup plus fluides et faciles ». Cette stratégie s’inscrit dans une logique d’alliances pragmatiques, alors que les tensions persistent au sein de la droite traditionnelle. Elle pourrait s’avérer déterminante pour le RN, dont l’influence reste limitée à la chambre haute.

Un scrutin préparé dans 46 départements, avec des têtes de liste locales

Le Rassemblement national a d’ores et déjà investi des candidats dans 46 des 63 départements renouvelables lors du scrutin sénatorial de fin septembre. Parmi les figures désignées en tête de liste figurent Edwige Diaz en Gironde et Frank Giletti dans le Var, tous deux députés. Plusieurs places ont également été réservées à l’Union des Démocrates et Républicains (UDR) d’Éric Ciotti, notamment dans les Alpes-Maritimes.

« Les portes sont ouvertes » à d’autres ralliements, a assuré Ludovic Pajot, tout en précisant que ceux-ci seraient soumis à des conditions strictes. « Nous serons amenés à soutenir des candidats qui ne seront pas forcément membres du RN, à partir du moment où ils partageront notre philosophie et s’engageront à rejoindre notre groupe », a-t-il expliqué. Cette approche vise à élargir l’assise du parti sans diluer son identité politique.

Un contexte politique sous haute tension avant 2027

Ces sénatoriales interviennent dans un climat politique particulièrement tendu, alors que les partis de droite et du centre tentent de se structurer face à la montée du RN. La formation de Jordan Bardella mise sur sa progression électorale récente pour franchir un cap symbolique et institutionnel au Sénat. La réussite de cette stratégie pourrait redessiner le paysage politique hexagonal, alors que l’échéance présidentielle de 2027 se profile à l’horizon.

Pour l’heure, le RN reste en position d’observateur, mais les signaux envoyés par certains élus locaux et parlementaires indiquent une possible ouverture. Reste à savoir si cette dynamique se concrétisera par des ralliements formels d’ici le scrutin de septembre.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour le RN. Si le parti parvient à atteindre le seuil des dix sénateurs, il pourrait former un groupe autonome, lui offrant une visibilité accrue et une capacité d’influence sur les textes législatifs. Les ralliements annoncés dépendront en grande partie de la capacité du RN à rassurer ses partenaires potentiels sur sa modération programmatique. Un scrutin municipal partiel en juin dans plusieurs communes pourrait également offrir de nouveaux leviers au parti pour mobiliser son électorat.

Les élections sénatoriales de 2026 s’annoncent donc comme une étape cruciale pour le Rassemblement national, qui cherche à s’imposer comme une force incontournable de la droite française. Leur issue pourrait préfigurer les rapports de force à venir pour la présidentielle de 2027.

Au Sénat, la constitution d’un groupe autonome – qui nécessite au minimum dix sénateurs – permet à un parti de bénéficier de droits spécifiques : temps de parole accru, possibilité de proposer des amendements, et surtout une visibilité institutionnelle renforcée. Sans groupe, le RN resterait un groupe de pression marginal, sans capacité réelle à peser sur les débats.