Le cinéaste et chef opérateur suisse Simon Edelstein consacre sa carrière à traquer les salles de cinéma disparues à travers le monde. Son travail, qui mêle photographie et mémoire, vient d’être salué par un ouvrage dédié aux anciennes salles indiennes. Selon Le Monde, cette publication marque une étape supplémentaire dans un parcours dédié à la préservation d’un patrimoine architectural en péril, souvent marqué par une audace esthétique remarquable.
Ce qu'il faut retenir
- Simon Edelstein, cinéaste et chef opérateur suisse, documente les anciennes salles de cinéma à travers le monde.
- Son dernier livre se concentre sur les cinémas oubliés de l’Inde, un pays où l’architecture des salles reflète une histoire culturelle riche.
- Il photographie ces lieux pour en conserver la mémoire, alors qu’ils disparaissent progressivement.
- Son approche met en lumière un patrimoine en danger, souvent caractérisé par des designs architecturaux ambitieux.
Né en Suisse, Simon Edelstein a toujours été fasciné par l’art cinématographique dans ses dimensions les plus diverses. Sa démarche actuelle s’inscrit dans la continuité d’un engagement de longue date pour l’image et sa conservation. « Je me devais de les photographier », a-t-il expliqué à Le Monde, soulignant ainsi l’urgence d’agir avant que ces lieux ne tombent dans l’oubli. D’après Le Monde, son travail s’étend bien au-delà des frontières européennes, couvrant des continents entiers où les salles de cinéma, parfois centenaires, incarnent à la fois des témoignages historiques et des défis urbanistiques.
Un patrimoine architectural en voie de disparition
Les anciennes salles de cinéma que Simon Edelstein photographie ne sont pas de simples bâtiments. Elles racontent souvent l’histoire des villes où elles ont été construites, reflétant les goûts, les techniques et les ambitions de leur époque. En Inde, par exemple, certaines de ces salles remontent à l’époque coloniale ou aux premières décennies de l’indépendance, et leur architecture oscille entre influences européennes et traditions locales. Bref, ces lieux sont des capsules temporelles, autant dire qu’ils méritent une attention particulière.
Pourtant, beaucoup d’entre eux sont menacés par la modernisation des villes, la baisse de fréquentation ou des projets immobiliers. Le cas de l’Inde est emblématique : des salles comme le Regal Cinema à Mumbai ou le Eros Cinema à New Delhi, autrefois symboles de glamour et de divertissement, voient leur avenir incertain. Edelstein, qui a sillonné le sous-continent pour son dernier livre, a pu constater de visu l’état de délabrement de certains sites, tout en découvrant des joyaux encore intacts, comme le Palika Cinema à Delhi, dont l’intérieur Art déco est resté presque inchangé depuis les années 1950.
La photographie comme acte de résistance
Pour Simon Edelstein, la photographie n’est pas qu’un simple enregistrement visuel. Elle est un acte militant, une manière de lutter contre l’effacement pur et simple de ces lieux. « Ces salles sont des livres ouverts sur leur époque », a-t-il déclaré. « Quand une salle disparaît, c’est une partie de l’histoire qui s’en va avec elle. » Son approche combine rigueur documentaire et sensibilité artistique, ce qui donne à ses clichés une force particulière. Comme le rapporte Le Monde, ses images ne se contentent pas de montrer un bâtiment : elles en révèlent l’âme, les détails architecturaux, les traces d’usure, et parfois même l’absence, comme dans les salles aujourd’hui fermées mais dont les murs gardent la mémoire des rires et des applaudissements.
Son travail a déjà donné lieu à plusieurs expositions et publications, dont un premier livre consacré aux cinémas d’Europe de l’Est. Cette fois, c’est l’Asie du Sud qui est à l’honneur, avec une attention particulière portée aux salles des grandes métropoles indiennes. Edelstein collabore également avec des historiens et des architectes pour documenter ces lieux sous tous leurs angles, qu’il s’agisse de leur structure, de leur décoration ou de leur rôle dans la vie sociale locale.
La question de la sauvegarde du patrimoine cinématographique dépasse largement le cadre artistique. Elle interroge notre rapport à l’histoire, à la mémoire collective, et à l’urbanisme. En documentant ces lieux, Simon Edelstein ne se contente pas de jouer les archivistes : il offre un miroir tendu à nos sociétés, où chaque salle oubliée est un rappel des transformations qui les traversent.
Parmi les lieux capturés par ses objectifs figurent le Regal Cinema et l’Eros Cinema à Mumbai, ainsi que le Palika Cinema à New Delhi. D’autres salles, comme le New Empire à Kolkata ou le Odeon à Chennai, ont également été documentées pour leur valeur historique et architecturale.