Singapour s’apprête à durcir sa politique disciplinaire dans les établissements scolaires à partir de la rentrée 2027. Parmi les mesures annoncées, le retour des punitions corporelles, dont le célèbre « coup de canne », sera réintroduit pour les élèves dès l’âge de 9 ans. Cette décision, justifiée par le ministre de l’Éducation Desmond Lee, s’appuie sur des études selon lesquelles les enfants apprendraient mieux lorsqu’ils sont confrontés à des règles strictes et à des conséquences immédiates, comme le rapporte Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • Le « coup de canne » sera réintroduit dans les écoles singapouriennes dès la rentrée 2027 pour les élèves à partir de 9 ans.
  • Les punitions varieront selon la gravité des fautes, allant du harcèlement aux délits plus graves comme les incendies criminels ou la consommation de stupéfiants.
  • Le ministre de l’Éducation, Desmond Lee, a défendu cette approche le 5 mai 2026 devant le Parlement, citant des recherches sur l’efficacité des sanctions fermes.
  • Les premières fautes graves pourront entraîner des châtiments corporels, tandis que les récidives seront plus sévèrement sanctionnées.

Dans un discours prononcé le 5 mai 2026 devant le Parlement singapourien, le ministre de l’Éducation, Desmond Lee, a défendu l’adoption de ces nouvelles directives. « Cette approche s’appuie sur des recherches qui montrent que les enfants et les jeunes apprennent à faire de meilleurs choix lorsqu’ils sont soumis à des limites claires, assorties de conséquences fermes et significatives », a-t-il déclaré, reprenant des propos relayés par The Straits Times, un média anglophone proche du gouvernement singapourien. Les mesures avaient été présentées pour la première fois le 15 avril 2026, avant d’être officiellement adoptées ce mois-ci.

Les nouvelles directives, qui entreront en vigueur à la rentrée 2027, distinguent deux niveaux de gravité pour les fautes commises par les élèves. D’un côté, les fautes graves incluent le harcèlement, l’utilisation d’antisèches, les jeux d’argent ou encore le vapotage. De l’autre, les fautes très graves concernent les incendies criminels, la consommation de stupéfiants, les bagarres ou encore le vapotage de substances particulièrement dangereuses comme l’étomidate, une substance anesthésique pouvant causer des blessures sérieuses.

Selon les informations publiées par The Straits Times, les élèves coupables d’une première faute grave pourront être sanctionnés par des punitions corporelles. Pour les récidivistes ou les auteurs de fautes très graves, les mesures pourraient aller jusqu’à l’exclusion temporaire, voire définitive, de l’établissement. Le gouvernement singapourien insiste sur le fait que ces sanctions visent à rétablir un cadre éducatif strict, où la discipline est perçue comme un outil d’apprentissage et de socialisation.

« Nous ne cherchons pas à punir pour le plaisir de punir, mais à offrir aux élèves les meilleures conditions pour réussir », a précisé Desmond Lee lors de son intervention parlementaire. « Un cadre clair et des conséquences immédiates aident les jeunes à comprendre l’importance de leurs actes. »

Cette réintroduction des châtiments corporels dans les écoles singapouriennes s’inscrit dans une logique plus large de rigueur éducative. Singapour, souvent salué pour ses résultats scolaires exceptionnels (les élèves y obtiennent régulièrement les meilleures notes aux évaluations internationales comme PISA), mise sur une discipline de fer pour maintenir sa réputation. Le pays applique déjà des sanctions sévères dans d’autres domaines, comme en témoignent les amendes élevées pour les infractions mineures ou les peines de prison pour les délits plus graves.

Pourtant, cette décision ne fait pas l’unanimité. Certains experts en éducation et défenseurs des droits de l’enfant dénoncent un retour en arrière, rappelant que les châtiments corporels sont interdits dans la plupart des pays occidentaux depuis des décennies. « Les études montrent que les punitions physiques n’ont pas d’effet positif durable sur le comportement des enfants », a souligné un pédopsychiatre cité par Courrier International. « À long terme, elles peuvent même aggraver les problèmes de violence et d’anxiété chez les jeunes. »

Et maintenant ?

Si les nouvelles directives doivent entrer en vigueur à la rentrée 2027, plusieurs étapes restent à franchir avant leur application complète. Les établissements scolaires devront former leurs enseignants aux nouvelles procédures et informer les parents d’élèves des changements à venir. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé qu’il publierait d’ici la fin de l’année 2026 un guide détaillé précisant les modalités d’application des sanctions, afin d’éviter les abus et de garantir une mise en œuvre équitable. Reste à voir si cette réforme, bien que soutenue par les autorités, sera acceptée sans réserve par les familles et les enseignants.

Cette initiative de Singapour soulève une question plus large sur l’équilibre entre discipline et bienveillance dans les systèmes éducatifs. Alors que certains pays, comme la Suède ou la Finlande, privilégient des approches non punitives, d’autres, comme Singapour ou certains États américains, misent sur une fermeté accrue pour obtenir des résultats académiques élevés. Le débat reste ouvert : la rigueur est-elle un gage de réussite, ou risque-t-elle de briser l’équilibre émotionnel des élèves ? Une chose est sûre, l’expérience singapourienne sera suivie de près par les observateurs du monde de l’éducation.

Les fautes légères, non précisées dans les nouvelles directives, devraient faire l’objet de sanctions éducatives comme des retenues, des travaux supplémentaires ou des entretiens avec les parents. Le gouvernement singapourien n’a pas encore détaillé ces mesures, mais a insisté sur le fait que le « coup de canne » ne concernerait que les cas les plus graves.