France 24 revient sur les conclusions d’un entretien accordé par David Bornstein, chef de la rubrique politique-société de The Conversation, à l’émission Derrière l’Image. Six ans après la tenue de la Convention citoyenne pour le climat (CCC), qui avait réuni 150 citoyens tirés au sort à l’Élysée, l’analyse dressée par ce spécialiste met en lumière un décalage persistant entre les ambitions affichées de transformation démocratique et les réalisations concrètes.
Ce qu'il faut retenir
- La Convention citoyenne pour le climat, organisée en 2020, avait pour objectif de proposer des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en France.
- Six ans après, David Bornstein souligne un écart croissant entre les attentes suscitées et les résultats obtenus.
- Le processus, bien que symbolique, n’a pas suffi à instaurer un renouvellement durable de la démocratie participative en France.
Une initiative historique aux résultats limités
Lancée en octobre 2019 par le président Emmanuel Macron, la Convention citoyenne pour le climat avait réuni 150 citoyens sélectionnés pour représenter la diversité sociodémographique française. Leur mission : proposer des mesures pour réduire les émissions de CO₂ du pays de 40 % d’ici 2030. Les propositions, au nombre de 149, avaient été remises à l’exécutif en juin 2020. Pourtant, comme le rappelle David Bornstein, « on vit une crise démocratique profonde et on sent qu’on est à la croisée des chemins », six ans après ce moment fort de la démocratie participative.
Parmi les mesures adoptées par le gouvernement, certaines ont été partiellement mises en œuvre, comme l’expérimentation de conventions citoyennes locales ou la création d’un fonds pour la rénovation énergétique. Cependant, leur impact global reste en deçà des attentes initiales. « Le sentiment général est celui d’un potentiel non exploité », explique Bornstein, qui pointe du doigt un manque de suivi et d’engagement politique durable.
Un décalage entre l’ambition et la réalité
Pour David Bornstein, le principal enseignement de cette expérience réside dans l’écart entre l’ambition affichée et les résultats concrets. « La Convention citoyenne pour le climat a marqué un tournant dans la volonté de renouveler la démocratie française », souligne-t-il. Pourtant, malgré l’enthousiasme suscité, les mécanismes de participation citoyenne peinent à s’institutionnaliser. « On a créé un précédent, mais pas un modèle reproductible », ajoute-t-il.
Cette analyse rejoint les critiques formulées par plusieurs observateurs, qui soulignent le manque de transparence dans le traitement des propositions par les pouvoirs publics. Seules 46 des 149 mesures ont été reprises intégralement ou partiellement dans des textes législatifs. Les autres ont été écartées, diluées ou ignorées, faute de volonté politique suffisante. « Cela pose la question de la crédibilité des processus participatifs », remarque Bornstein.
Les leçons à tirer pour l’avenir
Selon David Bornstein, la France se trouve aujourd’hui à un carrefour. D’un côté, les attentes des citoyens en matière de démocratie participative n’ont jamais été aussi fortes, notamment face à une défiance croissante envers les institutions. De l’autre, les pouvoirs publics semblent réticents à s’engager dans des réformes structurelles. « On a besoin d’un cadre plus contraignant pour que les conventions citoyennes ne restent pas des exercices symboliques », insiste-t-il.
Plusieurs pistes sont évoquées pour renforcer l’impact de ces dispositifs : un suivi obligatoire des propositions par le Parlement, une évaluation indépendante des mesures adoptées, ou encore l’intégration systématique des résultats dans les politiques publiques. « Sans cela, on risque de reproduire les mêmes erreurs », met en garde le spécialiste. Pour lui, l’enjeu dépasse la question climatique : il s’agit de restaurer la confiance dans les institutions.
Pour David Bornstein, l’urgence est double : d’une part, clarifier les attentes et les règles du jeu pour les conventions à venir ; d’autre part, garantir que leurs conclusions ne restent pas lettre morte. « La démocratie participative ne peut plus être un simple alibi », conclut-il. Dans un contexte politique marqué par une polarisation accrue, cette question pourrait bien déterminer l’avenir même de notre modèle démocratique.