Six mois après le passage de la tempête Kristin, qui a frappé le centre du Portugal fin janvier 2026, les habitants de la région de Leiria dénoncent un retard préoccupant dans la reconstruction et l’attribution des aides promises par l’État. Selon Euronews FR, des milliers de demandes restent en suspens, des entreprises tournent au ralenti et les risques d’incendie persistent en raison des milliers d’arbres abattus toujours non évacués.
Ce qu'il faut retenir
- 208 km/h : la rafale la plus violente enregistrée à Soure, dans le district de Coimbra, lors de la tempête Kristin, selon l’IPMA.
- 5,3 milliards d’euros : le montant total des dégâts causés par la tempête, qui a touché 68 municipalités.
- 2,5 milliards d’euros : le paquet de mesures annoncé par le gouvernement portugais début février 2026 pour aider les victimes.
- 8 millions d’arbres abattus selon la mairie de Leiria, avec un risque d’incendie accru en raison des zones non nettoyées.
- 84 000 euros : le coût estimé de la reconstruction pour le couple Carlos Alberto et Maria do Rosário, toujours sans réponse officielle.
- 9 millions d’euros : les pertes directes subies par l’entreprise TJ Moldes, dont deux unités de production détruites.
Une tempête parmi les pires du siècle, un bilan humain et matériel lourd
La tempête Kristin a balayé le Portugal dans la nuit du 27 au 28 janvier 2026, succédant à deux autres perturbations majeures, Ingrid et Joseph, en l’espace d’une semaine. Selon Euronews FR, cet épisode météorologique a été qualifié par l’Institut portugais de la mer et de l’atmosphère (IPMA) de « cyclogénèse explosive », avec des vents atteignant jusqu’à 208 km/h à Soure. Le bilan humain s’est élevé à quatre morts dans les premières 24 heures, dont trois dans la seule municipalité de Leiria, où la tempête a laissé un paysage de « zone de guerre ».
Dès l’aube, les habitants ont découvert des routes coupées, des réseaux électriques et de télécommunications hors service, ainsi que des habitations, entreprises et écoles endommagées. Le Premier ministre Luís Montenegro s’est rendu sur place pour décréter l’état de calamité naturelle, étendu à 68 municipalités. Les dégâts, estimés à plus de 5,3 milliards d’euros, ont placé Kristin parmi les catastrophes naturelles les plus coûteuses du XXIe siècle au Portugal.
Des aides promises, mais un déblocage au compte-gouttes
Dès le début février, le gouvernement portugais a annoncé un plan d’urgence de 2,5 milliards d’euros pour soutenir les particuliers, les entreprises, les collectivités locales et les infrastructures. Pourtant, six mois plus tard, les habitants de Leiria dénoncent un système d’attribution des aides au ralenti. « Chaque jour qui passe, c’est comme si c’était une année », confie Maria do Rosário, dont la maison de Carvide a été entièrement détruite. Sans toit, le couple a emménagé chez leur fils, tandis que le devis de reconstruction s’élève à 84 000 euros.
« L’assurance intervient, mais elle ne couvre pas tout », explique-t-elle. Le couple attend toujours une réponse de la Commission de coordination et de développement régional du Centre (CCDRC). « Si l’État ne finance pas les fenêtres et les portes, ce sera encore plus difficile. » Elle craint que les travaux ne commencent pas avant octobre, faute de matériel et de fonds disponibles. « L’entrepreneur doit avoir l’argent pour acheter les matériaux, et moi je dois avoir les fonds pour le payer », précise-t-elle, lasse des retards.
Les entreprises dans l’impasse : entre corrosion et incertitudes
Pour João Faustino, dirigeant de l’entreprise TJ Moldes à Marinha Grande depuis quarante ans, la tempête a causé des pertes directes de 9 millions d’euros. Deux de ses cinq unités de production ont été entièrement détruites, et les machines restantes, protégées par des bâches, ont subi des dommages irréversibles en raison de l’humidité. Résultat : l’usine ne tourne qu’à 30 % de ses capacités.
« La réparation de ces machines coûte extrêmement cher, et les délais de livraison sont absurdes », souligne-t-il. Une commande destinée au constructeur allemand Porsche a pu être sauvée, mais d’autres contrats ont été perdus. Contrairement à beaucoup, João Faustino a choisi de ne pas recourir aux aides de l’État. « C’est un bluff. Si je recours aux lignes de soutien, je vais créer davantage de dette. C’est de la dette sur de la dette », explique-t-il. Il critique un système où les subventions dépendent d’« investissements et d’objectifs » inatteignables dans un contexte de « guerre commerciale » et d’incertitudes économiques.
Malgré tout, l’entreprise a maintenu ses 112 salariés, qui ont participé au déblaiement des gravats. João Faustino espère reprendre une production normale dans quatre des cinq unités d’ici novembre, la cinquième nécessitant une reconstruction plus longue.
La société civile en première ligne, l’État en retrait
Un autre symbole de la tempête est la caserne des pompiers volontaires de Leiria, dont le toit a été arraché et les véhicules endommagés. Selon le commandant Almeida Lopes, président de l’association, la remise en état a commencé dès le 28 janvier, dès 8 h 30, avec des camions dépêchés pour évacuer les décombres. « Nous ne pouvions pas interrompre le secours à la population », souligne-t-il.
Les travaux de reconstruction sont aujourd’hui pratiquement achevés, mais grâce à des dons privés. « Dès les premiers jours, le président de la République, la ministre de l’Administration interne et plusieurs secrétaires d’État sont venus nous voir. Ils nous ont promis leur soutien, mais à ce jour, aucun document officiel ne confirme un financement de l’État », déplore Almeida Lopes. Pour lui, les déclarations politiques n’ont pas été suivies d’actes concrets.
Un risque incendie persistant, faute de nettoyage
Six mois après la tempête, le danger persiste. Selon la mairie de Leiria, 8 millions d’arbres ont été abattus, couvrant 10 000 hectares de forêt. Si la plupart des chemins forestiers ont été dégagés, les zones de transition entre les pinèdes et les localités restent à nettoyer. Dans certaines paroisses, des rues et routes sont encore bordées d’amas de troncs et de branches, à moins de 100 mètres d’un centre scolaire et d’une infrastructure sportive.
« C’est une véritable poudrière en plein été », s’inquiète un responsable municipal. Le risque d’incendie, déjà élevé en cette période, est exacerbé par ces accumulations de bois sec. Pourtant, faute de main-d’œuvre spécialisée, le nettoyage avance au ralenti.
Cette situation soulève une question plus large : dans un pays régulièrement frappé par des catastrophes naturelles, comment garantir une réponse rapide et efficace de l’État, sans alourdir la dette publique ni décourager l’initiative privée ? La tempête Kristin pourrait bien devenir un cas d’école pour l’avenir de la gestion des risques au Portugal.