Une rencontre informelle des chefs d’État de cinq pays membres de l’Union européenne et de l’OTAN s’est tenue ce jeudi 9 juillet 2026 dans la résidence présidentielle de Jurata, sur la presqu’île de Hel, en Pologne. Selon Euronews FR, cette réunion a réuni les présidents polonais Karol Nawrocki, lituanien Gitanas Nausėda, letton Edgars Rinkēvičs, estonien Alar Karis et roumain Klaus Iohannis. L’Ukraine, pourtant directement concernée par plusieurs dossiers abordés, n’était pas représentée, illustrant les tensions persistantes entre Varsovie et Kyiv.
Ce qu'il faut retenir
- Cinq présidents de pays membres de l’OTAN et de l’UE se sont retrouvés à Jurata pour un sommet informel, avec une absence notable : celle du président ukrainien Volodymyr Zelensky.
- Les discussions ont porté en priorité sur les préparatifs du sommet de l’OTAN à Ankara, la sécurité en mer Baltique et en mer Noire, ainsi que sur les tensions polono-ukrainiennes.
- Le président lituanien s’est dit prêt à servir de médiateur entre la Pologne et l’Ukraine, à condition que les deux parties en expriment le souhait.
- Le différend entre Varsovie et Kyiv s’est cristallisé autour de l’attribution du nom d’une unité ukrainienne à la mémoire de l’UPA, une organisation controversée en Pologne.
- Les dirigeants ont également visité le port militaire de Gdynia avant le début des entretiens.
Un sommet informel marqué par l’absence de l’Ukraine
La résidence présidentielle de Jurata, située sur la presqu’île de Hel en Pologne, a accueilli une réunion informelle des présidents de cinq pays membres de l’OTAN et de l’Union européenne. Selon Euronews FR, les participants — à savoir les présidents polonais, lituanien, letton, estonien et roumain — ont examiné les préparatifs du prochain sommet de l’Alliance atlantique prévu à Ankara. Si l’Ukraine n’était pas officiellement invitée, ses enjeux de sécurité ont été évoqués à plusieurs reprises, notamment en mer Baltique et en mer Noire.
Dans un communiqué, la chancellerie du président polonais a précisé que les échanges avaient permis de « fixer des positions communes en vue du sommet de l’OTAN à Ankara ». Les discussions ont également porté sur « les priorités de la coopération régionale et de la sécurité dans les bassins de la mer Baltique et de la mer Noire », ainsi que sur « les questions clés des relations transatlantiques ».
Renforcement de la défense européenne et coopération régionale au menu
Outre les questions de sécurité collective, les dirigeants présents se sont penchés sur plusieurs dossiers structurants pour la région. Selon les informations communiquées par Varsovie, les échanges ont notamment porté sur « le renforcement du flanc est de l’OTAN », « le développement des capacités de défense européennes », ainsi que « l’activité menée dans le cadre du format Bucarest 9 (B9) et de l’Initiative des Trois mers ». Ces deux cadres de coopération visent à renforcer la cohésion et les moyens militaires des pays d’Europe centrale et orientale face aux menaces régionales.
Les participants ont également abordé des sujets économiques et géopolitiques, tels que « le développement des infrastructures énergétiques et de transport dans la région » et « l’avenir de l’Union européenne ». Ces échanges s’inscrivent dans un contexte où les défis énergétiques, notamment après la guerre en Ukraine, et les réformes institutionnelles de l’UE restent des priorités pour les États membres.
Une visite symbolique avant les discussions
Avant le début des entretiens officiels, les cinq dirigeants ont effectué une visite au port militaire de Gdynia, situé sur la côte polonaise de la mer Baltique. Ce déplacement, chargé de symboles, visait à rappeler l’importance stratégique de la région et la nécessité de maintenir une posture de défense robuste face aux tensions persistantes en Europe de l’Est. Gdynia abrite en effet l’une des principales bases navales polonaises, jouant un rôle clé dans la surveillance des eaux baltes.
La Lituanie propose une médiation dans le conflit polono-ukrainien
Si la guerre en Ukraine et ses répercussions sur la sécurité régionale figuraient parmi les sujets abordés, c’est surtout le récent refroidissement des relations entre la Pologne et l’Ukraine qui a retenu l’attention. Lors de la partie informelle de la rencontre, le président lituanien Gitanas Nausėda a réaffirmé sa disponibilité pour servir de médiateur entre Varsovie et Kyiv, à condition que les deux parties en expriment clairement la volonté. « Dans une atmosphère informelle, nous parlerons aussi de cette question, qui est pour moi extrêmement importante », a-t-il déclaré, ajoutant vouloir connaître « la position du président Karol Nawrocki sur les causes du conflit et les moyens de le résoudre ».
« Le passé est important, mais le présent l’est encore davantage, surtout alors que se poursuit la guerre brutale menée par la Russie contre l’Ukraine. »
Gitanas Nausėda, président de la Lituanie
Un différend historique à l’origine des tensions actuelles
Les relations entre la Pologne et l’Ukraine se sont fortement dégradées depuis la décision du président ukrainien Volodymyr Zelensky d’attribuer le nom d’une unité militaire ukrainienne à la mémoire de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). Cette organisation, dont l’héritage historique fait l’objet de vives polémiques, a été accusée de massacres de masse contre les populations polonaises en Volhynie pendant la Seconde Guerre mondiale. Selon les estimations, ces exactions auraient fait entre 40 000 et 100 000 victimes parmi les Polonais, en plus de plusieurs centaines, voire milliers, de Juifs assassinés dans la même région.
La crise s’est encore intensifiée le 19 juin 2026, lorsque le président polonais Karol Nawrocki a annoncé le retrait de l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise, décerné à Volodymyr Zelensky. En réponse, ce dernier a renvoyé la médaille à Varsovie par courrier, symbolisant la rupture diplomatique entre les deux pays. Ce différend illustre les divergences persistantes sur l’interprétation de l’histoire, alors que l’Ukraine commémore l’UPA comme des « héros de l’indépendance nationale ».
Alors que la guerre en Ukraine se prolonge et que les relations entre pays européens se complexifient, ce sommet informel à Jurata rappelle l’importance de la coordination entre alliés. Pour autant, les divisions persistantes sur des sujets historiques montrent que la cohésion de l’Europe de l’Est reste un défi de taille, alors que les menaces extérieures, notamment russes, continuent de peser sur la stabilité régionale.
L’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) est une organisation nationaliste ukrainienne active pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Si elle est célébrée en Ukraine comme une force de résistance contre les occupants soviétiques et allemands, elle est accusée en Pologne d’avoir perpétré des massacres de masse contre les civils polonais en Volhynie et en Galicie orientale, faisant entre 40 000 et 100 000 morts. Son héritage historique reste donc un sujet de division profonde entre les deux pays.