La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a annoncé le 25 mai 2026 sur France 2 être mise en examen pour diffamation, une procédure qu’elle lie directement à ses prises de parole dénonçant la « répression syndicale » au sein du groupe Tefal, filiale du groupe SEB. Selon BFM Business, cette nouvelle mise en examen intervient alors que la dirigeante syndicale multiplie les critiques contre l’entreprise, notamment sur l’utilisation des PFAS dans ses poêles antiadhésives et les conditions de travail de ses salariés. « J’ai appris vendredi que j’étais mise en examen parce que j’ai dénoncé la répression syndicale à Tefal », a-t-elle déclaré, soulignant que la procédure judiciaire confirme, à ses yeux, les tentatives de « bâillonner » les syndicalistes.

Ce qu'il faut retenir

  • Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, est mise en examen pour diffamation après avoir dénoncé une « répression patronale violente » au sein de l’entreprise Tefal, filiale du groupe SEB.
  • Cette procédure s’ajoute à une précédente mise en examen en décembre 2025 pour « injure publique », liée à des propos tenus à la radio sur les grands patrons.
  • Le conflit porte principalement sur l’utilisation des PFAS, des « polluants éternels » présents dans les revêtements antiadhésifs des poêles Tefal, que la CGT accuse de menacer la santé des salariés et des riverains.
  • La CGT demande un suivi médical des salariés exposés, des contrôles renforcés et une transition vers des alternatives comme l’inox ou la céramique.
  • Le groupe SEB, propriétaire de Tefal, n’a pas encore réagi officiellement à cette mise en examen, selon BFM Business.

Une mise en examen liée à la dénonciation des PFAS et des conditions de travail

Sophie Binet a rappelé que ses critiques visaient à alerter sur les risques sanitaires et environnementaux liés aux PFAS, ces substances chimiques persistantes utilisées dans les produits Tefal. Lors d’une visite à l’usine de Rumilly en septembre 2025, elle avait dénoncé non seulement l’exposition des salariés, mais aussi les délocalisations du groupe et le manque de transparence sur la gestion des déchets. « La CGT alerte depuis des mois sur la dangerosité des PFAS », a-t-elle insisté, ajoutant que la procédure judiciaire engagée par Tefal contre elle confirme, selon ses termes, « l’ampleur de la répression syndicale ».

Le groupe SEB, dont Tefal est une filiale, n’a pas encore répondu aux sollicitations de BFM Business au moment de la publication de cet article. Contacté à plusieurs reprises, il n’a pas communiqué sur le sujet, laissant planer un silence qui contraste avec l’ampleur des accusations portées par le syndicat.

Deux mises en examen en six mois : un signal inquiétant pour la liberté syndicale

Cette mise en examen pour diffamation s’ajoute à une précédente procédure, ouverte en décembre 2025, dans laquelle Sophie Binet était visée pour « injure publique ». À l’époque, ses propos tenus à la radio qualifiant les grands patrons de « rats qui quittent le navire » avaient suscité une polémique, après qu’elle eut réagi à une déclaration de Bernard Arnault sur les risques de délocalisation liés à une taxe. « C’est très grave, deux mises en examen en six mois », a-t-elle souligné, appelant les parlementaires et le gouvernement à légiférer pour protéger la liberté d’expression et la liberté syndicale. « On ne peut pas nous museler », a-t-elle martelé lors de son intervention sur France 2.

En droit français, une mise en examen pour diffamation est une étape quasi automatique dans le cadre d’une plainte, et ne préjuge en rien de la culpabilité de l’accusé. La loi précise qu’est constitutive de diffamation « toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé ». Cependant, la personne mise en cause peut se défendre en démontrant sa bonne foi ou en prouvant la véracité des faits allégués.

« Par cette procédure, Tefal confirme l’ampleur de la répression syndicale et confirme qu’elle essaie de bâillonner les syndicalistes qui s’expriment sur les conditions de travail ou l’impact environnemental des productions. »
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT

Un conflit qui dépasse le cadre judiciaire : enjeux sanitaires et industriels

Le litige entre la CGT et le groupe SEB ne se limite pas à une question de liberté syndicale. Il soulève également des enjeux sanitaires majeurs, liés à l’utilisation des PFAS. Ces substances, surnommées « polluants éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement, sont suspectées d’être cancérigènes et d’avoir des effets néfastes sur la santé humaine. La CGT accuse Tefal de minimiser les risques encourus par les salariés et les riverains de ses usines, tout en refusant de s’engager pleinement dans une transition vers des matériaux moins toxiques.

Lors de sa visite à Rumilly en 2025, Sophie Binet avait demandé un suivi médical renforcé pour les travailleurs exposés, ainsi qu’une transparence accrue sur les méthodes de production et d’élimination des déchets. Ces revendications s’inscrivent dans un contexte plus large de méfiance envers les grands groupes industriels, accusés de privilégier les profits à la santé publique et à l’environnement. Le groupe SEB, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de plusieurs milliards d’euros, n’a pour l’instant proposé aucune mesure concrète en réponse à ces accusations.

Un appel à une loi pour protéger la liberté syndicale

Face à ce qu’elle qualifie de « musellement » des syndicats, Sophie Binet a lancé un appel solennel aux parlementaires et au gouvernement pour qu’une loi soit adoptée afin de garantir la liberté d’expression et la liberté syndicale. « On ne peut pas nous museler », a-t-elle répété, insistant sur le fait que ces procédures judiciaires pourraient avoir un effet dissuasif sur l’action syndicale. Selon elle, les mises en examen successives visent à intimider les représentants des travailleurs et à étouffer les débats sur les conditions de travail et les impacts environnementaux des entreprises.

Cette demande s’inscrit dans un contexte de tensions sociales persistantes en France, où les conflits entre patrons et syndicats se multiplient, notamment dans les secteurs industriels. La liberté syndicale, garantie par la Constitution et par plusieurs conventions internationales, est régulièrement invoquée par les organisations ouvrières pour justifier leurs actions. Pourtant, les procédures judiciaires engagées contre leurs représentants rappellent les limites de ce droit, surtout lorsque les critiques portent sur des pratiques industrielles controversées.

Et maintenant ?

La procédure judiciaire contre Sophie Binet devrait suivre son cours dans les prochains mois, avec une possible audience devant le tribunal correctionnel d’ici fin 2026. Si elle est condamnée, la peine pourrait aller jusqu’à une amende, voire une peine de prison avec sursis, bien que les défenseurs de la liberté syndicale estiment improbable une sanction aussi lourde. De son côté, le groupe SEB pourrait être amené à clarifier sa position, notamment sur les questions sanitaires liées aux PFAS, sous la pression des autorités publiques et des associations de consommateurs. Pour la CGT, cette affaire pourrait aussi servir de catalyseur pour relancer le débat sur la protection des lanceurs d’alerte et la responsabilité des grands groupes industriels.

Quoi qu’il en soit, cette nouvelle mise en examen rappelle les tensions persistantes entre les acteurs économiques et les représentants des travailleurs, dans un contexte où les enjeux sanitaires et environnementaux prennent une place croissante dans le débat public. La question de la liberté syndicale, déjà fragile, pourrait se retrouver au cœur des prochains débats parlementaires, alors que le gouvernement cherche à concilier compétitivité économique et protection des droits sociaux.

Sophie Binet est mise en examen pour avoir dénoncé une « répression patronale violente » au sein de l’entreprise Tefal, filiale du groupe SEB. Selon elle, ces propos ont conduit Tefal à engager une procédure judiciaire pour diffamation. La CGT affirme que cette action confirme les tentatives de « bâillonner » les syndicalistes qui critiquent les conditions de travail ou l’impact environnemental des productions.

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont des composés chimiques synthétiques utilisés pour leurs propriétés antiadhésives et résistantes à la chaleur. Ils sont surnommés « polluants éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement et sont suspectés d’être cancérigènes. Leur utilisation dans les poêles antiadhésives, comme celles produites par Tefal, est au cœur du conflit entre la CGT et le groupe SEB, qui est accusé de sous-estimer les risques sanitaires pour les salariés et les riverains.