Selon Numerama, une déclaration de SpaceX publiée le 9 juin 2026 pourrait bien rebattre les cartes du programme lunaire Artémis de la NASA. L’entreprise spatiale américaine a en effet indiqué que son lanceur géant Starship pourrait, à l’avenir, assurer la propulsion de la capsule Orion jusqu’à la Lune, une mission jusqu’alors dévolue au Space Launch System (SLS). Une perspective qui fragilise davantage le rôle du SLS, déjà mis à l’épreuve par l’essor des acteurs privés dans le secteur spatial.
Cinq ans après son annoncée « dernière fusée » de la NASA par le New York Times, le SLS voit son avenir compromis. Le quotidien américain soulignait alors la montée en puissance du secteur privé, susceptible de marginaliser l’agence spatiale. Aujourd’hui, cette crainte prend forme avec l’ambition affichée par SpaceX de s’immiscer dans le ballet spatial lunaire. Lors de la présentation de l’équipage d’Artémis III — incluant l’astronaute européen Luca Parmitano — Jessica Jensen, vice-présidente de SpaceX en charge des opérations clients, a évoqué une nouvelle architecture de mission. Selon elle, le Starship pourrait s’arrimer à Orion en orbite terrestre basse, puis propulser l’ensemble vers la Lune avant de se séparer. Une manœuvre inédite, bien que déjà anticipée en coulisses.
Ce qu'il faut retenir
- SpaceX a indiqué, le 9 juin 2026, que le Starship pourrait assurer la propulsion de la capsule Orion jusqu’à la Lune, réduisant ainsi le rôle du SLS de la NASA.
- Jessica Jensen, vice-présidente de SpaceX, a détaillé une nouvelle architecture où le Starship s’arrimerait à Orion en orbite terrestre basse avant de propulser l’ensemble vers la Lune.
- Le SLS, qui a déjà effectué deux missions (Artémis I en 2022 et Artémis II en 2026), pourrait voir son rôle limité à un simple lancement en orbite basse, au coût de 2,5 milliards de dollars par tir.
- Le développement du bloc 1B du SLS a été gelé en début d’année 2026, officiellement pour standardiser la production, mais cette décision interroge sur l’avenir du lanceur.
Une rivalité spatiale en pleine accélération
Le programme Artémis, lancé pour ramener des humains sur la Lune, repose jusqu’ici sur une répartition claire des rôles : le SLS propulse la capsule Orion jusqu’à l’orbite terrestre basse, où celle-ci se sépare du lanceur pour entamer son voyage vers la Lune. Le Starship, quant à lui, n’intervenait qu’une fois en orbite lunaire, servant de « taxi » pour descendre les astronautes sur la surface. Pourtant, l’annonce de SpaceX bouscule cette chorégraphie spatiale. « Pour la première fois, une alternative crédible au SLS est évoquée publiquement », souligne Numerama.
Cette proposition s’inscrit dans le cadre d’une « architecture de mission simplifiée et un concept d’opérations » élaborés en collaboration avec la NASA. L’objectif ? Permettre un retour plus rapide sur la Lune tout en maintenant les standards de sécurité. Reste à savoir si cette stratégie sera appliquée dès Artémis IV ou Artémis V, dont les missions restent floues à ce stade. Une chose est sûre : le Starship devra réaliser une dizaine de missions pour un seul alunissage, ce qui pose des défis logistiques et techniques majeurs.
Le SLS, un gouffre financier en question
Avec un coût de développement estimé à 31 milliards de dollars et un budget de 2,5 milliards par lancement, le SLS est l’un des programmes les plus onéreux de la NASA. Pourtant, son utilité future est remise en cause. Si le Starship peut se charger de l’injection trans-lunaire, le SLS ne serait plus qu’un simple « taxi » pour atteindre l’orbite basse, une mission désormais maîtrisée par le secteur privé. « Placer un véhicule en orbite terrestre basse est une routine que les acteurs comme SpaceX ou Blue Origin réalisent déjà », rappelle Numerama. Dès lors, justifier un tel investissement auprès des contribuables américains devient complexe.
Plusieurs lanceurs commerciaux pourraient accomplir cette tâche à moindre coût. Mais le SLS reste un programme industriel d’envergure, mobilisant des milliers d’emplois à travers les États-Unis. Une réalité qui pèse lourdement au Congrès, où sa suppression risquerait de créer des tensions politiques. Le développement du bloc 1B du SLS a d’ailleurs été gelé en début d’année 2026, officiellement pour optimiser la production. « On peut aussi y voir un signe que la NASA ne compte plus faire évoluer le SLS », analyse Numerama.
Starship : des défis techniques et opérationnels
Malgré cette annonce, le Starship n’a pas encore terminé sa construction, et plusieurs manœuvres critiques restent à démontrer. L’amarrage entre le Starship et Orion en orbite terrestre, ainsi que le transfert de carburant entre deux lanceurs Starship, figurent parmi les étapes clés à valider. « Toutes ces réflexions sont encore très préliminaires », tempère Numerama. Par ailleurs, le Starship n’a pas encore prouvé sa fiabilité à long terme, alors que le SLS a déjà effectué deux missions réussies.
Pour la NASA, le choix n’est donc pas seulement technique, mais aussi politique. Si le Starship venait à s’imposer, le SLS pourrait être relégué à un rôle secondaire, voire abandonné. Une décision qui soulignerait l’ascendant croissant des acteurs privés dans l’exploration spatiale, au détriment des programmes traditionnels de l’agence américaine.
En attendant, le Congrès américain devra trancher une question cruciale : comment allouer les ressources publiques entre innovation privée et programmes historiques, alors que le retour sur investissement du SLS devient de plus en plus discutable ? Pour l’heure, ni la NASA ni SpaceX n’ont confirmé de calendrier précis pour une mise en œuvre de cette nouvelle architecture.
Le coût de développement du SLS s’élève à 31 milliards de dollars, avec un budget de 2,5 milliards par lancement. Ce prix s’explique par sa complexité technique, sa construction sur mesure et la mobilisation de centaines de sous-traitants à travers les États-Unis. À titre de comparaison, les lanceurs commerciaux comme ceux de SpaceX ou Blue Origin coûtent bien moins cher grâce à leur réutilisabilité et leur standardisation.
SpaceX doit encore démontrer plusieurs manœuvres clés, comme l’amarrage avec Orion en orbite terrestre et le transfert de carburant entre deux Starship. Ces étapes sont essentielles pour valider l’architecture proposée par SpaceX et envisager son intégration dans le programme Artémis. La NASA n’a pas encore confirmé de date pour une mise en œuvre concrète.