Près de 90 % de la spiruline commercialisée en France provient de l’étranger, alors que le marché des compléments alimentaires bien-être affiche une croissance annuelle de plus de 12 %. Pourtant, cette cyanobactérie aux allures de produit naturel et sain cache des réalités de production parfois éloignées de l’image qu’elle renvoie, selon Futura Sciences.
Ce qu'il faut retenir
- La spiruline est une cyanobactérie, et non une algue, consommée depuis des millénaires par les Aztèques et le peuple Kanembu.
- Près de 90 % de la spiruline vendue en France est importée, principalement d’Asie (Chine, Inde).
- Le procédé de séchage à haute température (180 °C) altère ses propriétés nutritionnelles, notamment la phycocyanine.
- La FAO et l’Anses reconnaissent son intérêt nutritionnel, mais alertent sur les risques de contaminants en cas de mauvaise production.
- Des acteurs français comme greenwhey et Solis Culturae misent sur une production locale, bio et transparente.
Un « super-aliment » aux origines méconnues
Souvent présentée comme une algue verte aux vertus nutritionnelles exceptionnelles, la spiruline est en réalité une cyanobactérie filamenteuse qui se développe naturellement dans des lacs chauds et alcalins, comme ceux du lac Tchad ou du lac Texcoco au Mexique. Sa consommation remonte à des millénaires : les Aztèques la récoltaient déjà pour ses propriétés, tout comme le peuple nigérian Kanembu, qui en fait depuis des siècles un aliment de base. En France, son engouement s’est intensifié depuis une vingtaine d’années, portée par une image de produit sain et bénéfique pour la santé.
Pourtant, cette réputation cache une réalité plus contrastée. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) souligne depuis des années l’intérêt nutritionnel de la spiruline : riche à 67 % en protéines, elle contient tous les acides aminés essentiels, des oligo-éléments (magnésium, fer, zinc), des vitamines (dont la provitamine A, 30 fois plus concentrée que dans la carotte) et des antioxydants comme l’acide gamma-linolénique. Mais ces qualités dépendent largement des méthodes de production employées.
Une production française affichée, mais souvent importée
L’étiquette « fabriqué en France » apposée sur certains emballages de spiruline ne garantit pas toujours une culture locale. En effet, la réglementation autorise cette mention dès lors que le reconditionnement ou la transformation a lieu en France, même si la matière première est importée. Selon une étude relayée par la Fédération des Spiruliniers de France et Darwin Nutrition, près de 90 % de la spiruline commercialisée en France provient ainsi d’Asie, notamment de Chine et d’Inde, où les coûts de production sont bien moindres.
À l’inverse, des marques comme greenwhey et leurs partenaires, les fermes Solis Culturae en Provence, insistent sur une production 100 % locale : culture, récolte, transformation et conditionnement y sont réalisés sur place, selon des méthodes bio et sans produits chimiques. Un choix qui contraste avec les procédés industriels asiatiques, souvent pointés du doigt pour leur rapidité et leur manque de transparence.
Le séchage, étape cruciale et trop souvent négligée
Parmi les procédés de fabrication, le séchage joue un rôle déterminant dans la préservation des propriétés de la spiruline. Les méthodes industrielles, comme le spray-drying à 180 °C, permettent une production à grande échelle, mais elles dégradent une grande partie des actifs de la cyanobactérie, en particulier la phycocyanine, ce pigment bleu aux vertus antioxydantes. « Ce détail technique a un impact direct sur ce que vous avalez chaque matin », rappelle greenwhey dans un communiqué.
C’est pourquoi les producteurs français optent pour un séchage à basse température, associé à des contrôles réguliers en laboratoire. Solis Culturae, par exemple, cultive sa spiruline dans des bassins protégés, sous abri, pour éviter toute contamination. Une démarche qui s’inscrit dans une logique de transparence, avec des résultats analysés et publiés pour rassurer les consommateurs.
Les risques sanitaires liés à une production non maîtrisée
En 2017, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) avait déjà alerté sur les dangers potentiels de certaines spirulines commercialisées sous forme de compléments alimentaires. Les risques incluent la présence de métaux lourds ou de cyanotoxines, des toxines produites par la bactérie elle-même dans des conditions de culture inadaptées. L’agence recommandait alors de privilégier les filières offrant une traçabilité claire et des contrôles réguliers.
Face à ces enjeux, les acteurs français misent sur la transparence. Greenwhey et Solis Culturae publient systématiquement les résultats de leurs analyses et les rapports de traçabilité, des documents accessibles aux consommateurs. Une démarche qui contraste avec l’opacité de certains importateurs, où les procédés de culture et de transformation restent souvent confidentiels.
« La qualité de la spiruline dépend avant tout de son mode de production. Un séchage à haute température ou des conditions de culture non adaptées peuvent réduire à néant ses bienfaits nutritionnels. »
Un marché en croissance, mais encore trop peu régulé
Avec un marché mondial estimé à plus de 700 millions de dollars en 2025 et une croissance annuelle de 12 %, la spiruline figure parmi les compléments alimentaires les plus populaires. Pourtant, son statut réglementaire reste flou. En France, elle est considérée comme un aliment, mais les normes sanitaires varient selon les pays producteurs. Certains pays asiatiques, où la production est intensive, n’imposent pas les mêmes contrôles stricts qu’en Europe, où l’Anses et les autorités sanitaires veillent au grain.
Cette disparité explique pourquoi les consommateurs, souvent sensibles aux labels bio et « made in France », se tournent vers des marques locales pour éviter les risques. Une tendance qui pourrait s’accentuer avec l’entrée en vigueur de nouvelles réglementations européennes sur les compléments alimentaires, attendues pour 2027.
Pour les consommateurs, l’enjeu reste de bien distinguer les filières transparentes de celles qui le sont moins. Privilégier les marques publiant leurs contrôles et optant pour un séchage à basse température pourrait devenir un réflexe de plus en plus courant, alors que la méfiance envers les produits importés s’installe durablement.
En attendant, l’Anses et les fédérations professionnelles appellent à une vigilance accrue, rappelant que « la spiruline n’est pas un produit anodin : sa qualité dépend directement des méthodes de production employées ». Une mise en garde qui pourrait bien redessiner les contours d’un marché encore trop souvent marqué par l’opacité.
Une spiruline de qualité doit indiquer clairement son origine (idéalement française), préciser la méthode de séchage (basse température de préférence) et proposer des rapports de contrôle sanitaire accessibles. Les mentions « bio » et « sans additifs » sont également des gages de sérieux.
Les coûts de production en Asie (main-d’œuvre, énergie, absence de normes strictes) sont bien inférieurs à ceux de l’Europe. Cependant, ces économies se font souvent au détriment de la qualité et de la traçabilité, avec des risques accrus de contaminants.