Selon Cryptoast, les stablecoins adossés à l’euro affichent une capitalisation boursière bien inférieure à celle de leurs concurrents en dollars. Cette situation s’explique notamment par l’entrée en vigueur du règlement européen MiCA, dont les contraintes auraient freiné l’innovation et poussé certains acteurs à quitter le marché. MiCA, adopté en 2022 et progressivement mis en œuvre depuis, a marqué un tournant réglementaire pour les cryptomonnaies en Europe, mais ses effets sur les stablecoins euros se révèlent aujourd’hui patents.
Ce qu'il faut retenir
- Les stablecoins en euros représentent moins de 0,28 % du marché global des stablecoins, dominé par les acteurs en dollars.
- Le principal stablecoin en euros, l’EURC, est porté par un acteur américain et concentre à lui seul la moitié de la capitalisation du secteur.
- La capitalisation des stablecoins euros a chuté de près de 75 % depuis février 2022, passant de 721 millions de dollars à 660 millions de dollars selon DefiLlama.
- Le règlement MiCA, entré en vigueur en 2022, a instauré un cadre réglementaire strict, limitant l’innovation et poussant certains émetteurs à quitter l’Europe.
Un marché en euros marginalisé face aux stablecoins en dollars
Les données compilées par DefiLlama et CoinGecko placent la capitalisation des stablecoins en euros entre 660 millions et 883 millions de dollars, selon les méthodes de calcul. Ces chiffres contrastent fortement avec les 314,58 milliards de dollars que représente l’ensemble du marché des stablecoins. Autant dire que la part des stablecoins en euros ne dépasse pas 0,28 %, un niveau quasi anecdotique face à l’hégémonie des stablecoins en dollars.
Le leader du secteur, l’EURC, est d’ailleurs émis par une entreprise américaine, Circle, et représente à lui seul près de la moitié de la capitalisation totale des stablecoins en euros. Un paradoxe pour une monnaie européenne qui peine à s’imposer dans cet écosystème numérique.
MiCA, un frein à l’innovation et à l’attractivité européenne
Dès 2021, alors que les premières ébauches du règlement MiCA étaient en discussion, les contours du texte laissaient entrevoir des restrictions majeures. Certaines propositions évoquaient même l’interdiction du minage, une mesure qui aurait pu asphyxier une partie de l’industrie blockchain. Face à des règles perçues comme trop rigides, plusieurs pionniers du secteur ont choisi de quitter l’Europe pour des juridictions plus accommodantes.
Ce retrait des acteurs a coïncidé avec une stagnation, voire un déclin, de la capitalisation des stablecoins en euros. Selon DefiLlama, le pic historique de 721 millions de dollars enregistré le 7 février 2022 n’a jamais été dépassé depuis. Un constat d’autant plus frappant que le marché global des stablecoins a connu une croissance de plus de 82 % sur la même période.
L’affaiblissement de l’euro, un facteur aggravant
Entre janvier 2021 et septembre 2022, la paire EUR/USD est passée de 1,23 à 0,95, une dépréciation qui a pu inciter certains investisseurs à privilégier les stablecoins en dollars. Ces derniers gagnaient en valeur théorique face à l’euro, rendant les actifs libellés en euros moins attractifs. Cependant, ce phénomène ne suffit pas à expliquer à lui seul l’effondrement de près de 75 % de la capitalisation des stablecoins en euros sur une année.
Plusieurs projets ont purement et simplement disparu du paysage, comme l’EURT de Tether, dont l’activité a été suspendue dans le contexte de la mise en place de MiCA. D’autres acteurs ont préféré s’expatrier, limitant ainsi la croissance naturelle du secteur en Europe.
Un retard difficile à rattraper
Malgré un regain d’intérêt pour les stablecoins en 2025, porté par l’engouement général autour de cette classe d’actifs, les stablecoins en euros peinent à retrouver leur niveau d’avant la crise réglementaire. Les investisseurs, désormais habitués à la stabilité des acteurs américains ou asiatiques, montrent une méfiance persistante envers les initiatives européennes.
Le cas de l’EURC illustre cette dynamique : bien qu’émis par un acteur américain, il reste le principal stablecoin en euros disponible sur le marché. Une situation qui interroge sur la capacité de l’Europe à rattraper son retard dans un secteur où l’innovation et la rapidité de déploiement sont des facteurs clés de succès.
La question reste ouverte : l’Europe parviendra-t-elle à relancer un écosystème de stablecoins en euros compétitif d’ici 2027, ou ce retard de quatre ans s’avérera-t-il définitif ? Une chose est sûre, le temps presse.
Plusieurs facteurs expliquent ce retard. D’abord, le règlement MiCA a instauré un cadre réglementaire très strict dès 2022, poussant certains émetteurs à quitter l’Europe. Ensuite, l’affaiblissement de l’euro entre 2021 et 2022 a rendu les stablecoins en dollars plus attractifs. Enfin, les acteurs américains, comme Circle avec l’EURC, dominent déjà le marché et bénéficient d’une confiance accrue des investisseurs.
MiCA a contraint plusieurs entreprises à revoir leur modèle économique, à s’expatrier ou même à cesser leurs activités. Les contraintes en matière de transparence, de réserves de garantie et de conformité ont augmenté les coûts opérationnels, rendant le marché européen moins attractif pour les innovateurs.