Les stations-service indépendantes en France subissent de plein fouet la politique de ristournes menée par TotalEnergies, comme le rapporte Capital. Depuis avril 2026, le groupe maintient des prix plafonnés à 1,99 € le litre d’essence et 2,25 € le litre de gazole jusqu’à la fin juin, une mesure qui séduit les automobilistes mais fragilise davantage les exploitants indépendants.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 4 stations indépendantes sur 10 ont enregistré une baisse de leur volume de ventes en avril 2026, selon Mobilians.
  • Certains exploitants accusent une chute de 50 % de leurs ventes depuis le début de la crise au Moyen-Orient.
  • Le nombre de stations indépendantes est passé de 41 500 en 1980 à 10 800 aujourd’hui, avec 50 à 100 fermetures annuelles en zones rurales.
  • TotalEnergies a ouvert plus de 30 stations rurales depuis deux ans, mais le maillage territorial reste insuffisant.
  • Mobilians réclame toujours le fonds d’aide à la diversification promis par l’État.

Des promotions qui étouffent les acteurs locaux

Les promotions de TotalEnergies, bien accueillies par les consommateurs, créent une distorsion de concurrence pour les stations indépendantes. Ces dernières, souvent installées dans des zones moins densément peuplées, ne peuvent aligner leurs tarifs sur ceux du géant pétrolier sans mettre en péril leur rentabilité. « Un Leclerc, un TotalEnergies, qui a dix pompes alignées, il marge deux centimes sur le litre. Multiplié par dix pompes et toute la journée, ça fait un gros bénéfice », explique Guillaume Tassié, gérant d’une station-service dans la Drôme. Pour lui, cette situation a entraîné une baisse de 30 % de ses ventes en un an, et jusqu’à 50 % au début de la crise au Moyen-Orient.

Les indépendants pointent du doigt l’impossibilité de rivaliser avec les volumes de vente et la capacité logistique des grandes enseignes et du groupe TotalEnergies. Selon Mobilians, le syndicat professionnel des services à l’automobile, cette situation aggrave une tendance de fond : la disparition progressive des stations indépendantes, dont le nombre a été divisé par quatre en quarante ans.

Un réseau en voie de disparition

Les chiffres sont sans appel : en 1980, les stations indépendantes représentaient 86 % du marché. Aujourd’hui, elles ne couvrent plus qu’une infime partie de l’offre, avec 10 800 points de vente contre 41 500 il y a 45 ans. Le phénomène est particulièrement marqué en milieu rural, où 50 à 100 stations ferment chaque année, privant certains territoires d’un accès facile aux carburants. « Vous risquez d’avoir une distance d’accès au produit qui va s’allonger d’année en année, et donc des zones blanches en termes d’approvisionnement », met en garde Francis Pousse, président de Mobilians.

Cette disparition progressive pose un défi logistique et social. Les stations indépendantes, souvent ancrées dans leur territoire, jouent un rôle clé dans l’aménagement du territoire et l’emploi local. Leur déclin accéléré pourrait aggraver les inégalités d’accès aux carburants, notamment pour les populations les plus éloignées des grandes surfaces ou des zones urbaines.

Les promesses de l’État et les limites du modèle

Face à cette situation, Mobilians réclame depuis des mois la mise en place du fonds d’aide à la diversification promis par l’État. Ce dispositif, destiné à soutenir les exploitants dans leur transition vers d’autres activités (bornes de recharge, vente de produits locaux, etc.), tarde à se concrétiser. Pourtant, son déploiement pourrait ralentir la chute du nombre de stations indépendantes, dont le déclin s’accélère depuis le début de la crise énergétique.

TotalEnergies, de son côté, assure avoir ouvert plus de 30 stations rurales depuis deux ans, mais ces initiatives ne suffisent pas à compenser les fermetures massives dans d’autres régions. Le groupe, qui mise sur une stratégie de fidélisation via ses promotions, pourrait étendre ces mesures cet été. D’ici 2035, le nombre de stations indépendantes pourrait tomber à 1 500, contre 10 800 aujourd’hui, selon les projections de Mobilians.

« Le temps presse. Sans une intervention forte de l’État, le réseau des stations indépendantes pourrait s’effondrer d’ici une décennie. »
Francis Pousse, président de Mobilians

Une concurrence déloyale selon les exploitants

Les gérants de stations indépendantes dénoncent une concurrence déloyale, aggravée par les blocs de prix imposés par TotalEnergies. Ces promotions, bien que temporaires, perturbent un marché déjà fragilisé par la hausse des coûts d’approvisionnement et la baisse du pouvoir d’achat des automobilistes. « Les clients viennent se ravitailler chez nous pour les produits du quotidien, mais pour l’essence, ils préfèrent aller là où c’est moins cher », explique un exploitant sous couvert d’anonymat.

Cette situation rappelle les tensions récurrentes entre les grandes enseignes et les indépendants, un sujet qui avait déjà fait l’objet de débats lors de la crise des gilets jaunes. Les associations de consommateurs, de leur côté, soulignent que les promotions de TotalEnergies bénéficient surtout aux automobilistes urbains, moins touchés par la désertification des stations en zones rurales.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour les stations indépendantes. TotalEnergies devrait annoncer dans les jours à venir si elle prolonge ses promotions au-delà de juin 2026. Du côté de l’État, la mise en place du fonds d’aide à la diversification pourrait être annoncée d’ici l’été, mais son montant et ses modalités restent encore flous. En attendant, le déclin des stations indépendantes devrait se poursuivre, avec des conséquences potentielles sur l’emploi et l’aménagement du territoire.

Cette situation interroge plus largement sur l’avenir des carburants en France. Avec la montée en puissance des véhicules électriques, le marché des stations-service traditionnelles pourrait encore se réduire dans les années à venir. Les exploitants indépendants, déjà en difficulté, pourraient être les premiers à subir cette transition.

Les stations indépendantes, souvent implantées en zones rurales ou moins fréquentées, ne peuvent pas rivaliser avec les volumes de vente des grandes enseignes ou de TotalEnergies. Leurs marges sont plus faibles, et elles ne bénéficient pas des mêmes économies d’échelle. De plus, leurs prix sont souvent plus élevés, car elles ne peuvent pas se permettre de vendre à perte comme le font les grandes enseignes grâce à leurs autres activités commerciales.

Ce fonds, annoncé il y a plusieurs mois, est destiné à aider les exploitants de stations-service à se reconvertir vers d’autres activités, comme la vente de produits locaux, l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques ou encore la restauration rapide. Son objectif est de compenser la baisse des revenus liés à la vente de carburants. Cependant, son déploiement tarde, et ses modalités exactes restent à préciser.