Selon BFM Bourse, le géant automobile Stellantis voit son action s’enfoncer un peu plus dans la crise. L’intermédiaire financier Bernstein vient de passer son avis sur le titre de « performance de marché » (neutre) à « sous-performance » (équivalent d’un conseil de vente), tout en abaissant son objectif de cours à 4 euros, contre 6,2 euros auparavant. Cette révision intervient après un plongeon de 48,2% sur l’année 2026, portant la chute totale depuis mars 2024 à 82,5%.
Ce qu’il faut retenir
- Bernstein passe en « sous-performance » sur Stellantis et vise un cours cible de 4 euros, soit une baisse potentielle de 18% par rapport au cours de clôture de jeudi 7 août.
- L’action a chuté de 48,2% en 2026, après une perte de 22,3 milliards d’euros en 2025, liée à des dépréciations stratégiques.
- Les stocks chez les concessionnaires américains ont atteint 94 jours de ventes fin juin, un niveau jugé excessif par plusieurs analystes.
- La marge opérationnelle en Amérique du Nord a atteint seulement 1,8% au deuxième trimestre 2026, loin des attentes des investisseurs.
- Carlos Tavares a quitté la direction fin 2024 ; son successeur, Antonio Filosa, a lancé le plan « FaSTLAne 2030 » pour recentrer le groupe, mais les résultats peinent à convaincre.
Une dégradation accélérée après des années de succès
Stellantis, issu de la fusion entre Peugeot SA et Fiat Chrysler en 2021, a longtemps symbolisé l’excellence industrielle européenne. Sous la direction de Carlos Tavares, le groupe avait atteint des marges opérationnelles record, culminant à 14,5% au premier semestre 2022. Mais à partir du printemps 2024, la situation s’est rapidement dégradée, selon BFM Bourse.
Les conflits internes entre salariés, concessionnaires et l’État italien se sont multipliés, tandis que la stratégie de « pricing power » et de réduction des coûts, jadis payante, a montré ses limites. Les stocks se sont dangereusement accumulés aux États-Unis, principal marché du groupe, où les ventes ont reculé et les pertes se sont creusées : 10 milliards d’euros de cash brûlés en cumulé entre 2025 et 2026.
Des pertes historiques et un plan de relance en demi-teinte
La remise à plat de la stratégie électrique a coûté cher au constructeur. En 2025, Stellantis a enregistré une perte nette de 22,3 milliards d’euros, l’une des plus lourdes de son histoire pour un groupe du CAC 40. Carlos Tavares a quitté ses fonctions fin 2024, remplacé par Antonio Filosa, qui a présenté en novembre 2025 le plan « FaSTLAne 2030 ». Ce dernier prévoit un recentrage sur quatre marques et une expansion ciblée sur le marché américain, où les marges restent anémiques.
Pourtant, les premiers résultats de cette nouvelle stratégie déçoivent. Au deuxième trimestre 2026, la marge opérationnelle courante en Amérique du Nord s’est limitée à 1,8%, bien en deçà des 2,4% escomptés par les analystes. « Les progrès sont lents, le chemin à parcourir est encore long et on attend toujours des preuves plus solides… », a déclaré Oddo BHF dans une note.
Bernstein sonne l’alarme et pointe les faiblesses structurelles
Dans une note publiée ce vendredi 7 août, Bernstein justifie son changement d’avis par les résultats du deuxième trimestre, publiés le 31 juillet, jugés « un sérieux retour à la réalité ». L’intermédiaire financier souligne le faible levier opérationnel du groupe : malgré une hausse de 38% des livraisons facturées aux concessionnaires en Amérique du Nord, la marge opérationnelle courante n’a progressé que de 1,6%, passant de 1,4% à 1,6% entre 2025 et 2026.
« Les résultats de Stellantis ont nettement déçu, montrant une conversion limitée de la hausse de ses revenus en résultats, avec une amélioration de 17% de son résultat opérationnel courant à partir d’une hausse de 31% de ses revenus », a indiqué Bernstein.
Cette contre-performance prend une dimension encore plus critique quand on la compare à celle des concurrents américains. GM a affiché une marge d’exploitation de 8,6% en Amérique du Nord au deuxième trimestre 2026, tandis que son résultat opérationnel ajusté a bondi de 42%. Ford, quant à elle, n’a pas publié de résultats régionaux, mais ses communications sur le marché nord-américain étaient « très positives », selon Bernstein.
Les stocks, un boulet autour du cou du constructeur
Le niveau des stocks chez les concessionnaires américains cristallise les inquiétudes. À fin juin 2026, ils représentaient 94 jours de ventes, contre 69 jours fin mars. Stellantis a tenté de minimiser ce sujet lors de la conférence téléphonique du 31 juillet, expliquant que ces stocks permettaient de préparer les traditionnels arrêts de production estivaux. Pourtant, les données de Bernstein révèlent que les stocks en juillet 2026 étaient encore 28% plus élevés qu’en juillet 2025.
Cette accumulation interroge d’autant plus que les concurrents comme Ford et GM affichent des niveaux de stocks bien moindres : –12% pour Ford et –1% pour GM entre juin 2025 et juin 2026. Bernstein rappelle que les stocks de Stellantis en juin 2026 n’étaient que 11% inférieurs à leur pic de juin 2024 (440 000 unités), un niveau qui avait précipité l’abandon du plan ambitieux de Carlos Tavares.
Des risques accrus de baisses de prix et de production
Plusieurs analystes avaient déjà alerté sur les dangers d’une accumulation des stocks. Dans une note du 23 juillet, HSBC mettait en garde : « Nous voyons des risques pour Stellantis à cause de l’accumulation de stocks chez ses concessionnaires, ce qui pourrait entraîner des arrêts prolongés des usines et des baisses de prix ». Deutsche Bank a souligné la semaine dernière que Stellantis devra « démontrer qu’il est possible de réduire ses stocks au cours des prochains mois sans que les prix ne baissent ». UBS, qui était l’un des rares bureaux d’études à conserver un conseil à l’achat, a revu son avis à la baisse lundi, passant à « neutre », critiquant le « très peu » de progrès réalisés aux États-Unis.
Bernstein ajoute une couche en s’inquiétant de la concurrence accrue sur le segment des pick-up, où le Ram 1500 de Stellantis pourrait souffrir du retour en production du F-150 de Ford et de l’arrivée prochaine des Chevrolet Silverado et GMC Sierra de GM. « L’hypothèse selon laquelle une exposition accrue au marché se traduirait automatiquement par une croissance significative des volumes est erronée », estime l’intermédiaire.
Cette crise survient alors que le secteur automobile mondial traverse une période de mutation, marquée par la transition électrique et une concurrence accrue. Stellantis, autrefois modèle de résilience, doit désormais faire face à ses propres démons internes et externes, dans un environnement où chaque point de marge compte.
Bernstein justifie sa recommandation par les résultats décevants du deuxième trimestre 2026, notamment en Amérique du Nord où la marge opérationnelle n’a atteint que 1,8%. L’intermédiaire financier pointe également le faible levier opérationnel du groupe, incapable de transformer la hausse de ses revenus en amélioration des bénéfices, ainsi que l’accumulation excessive des stocks chez les concessionnaires, risquant d’entraîner des baisses de prix ou des arrêts de production.
Les principaux points faibles identifiés par les analystes sont : une accumulation problématique des stocks aux États-Unis (94 jours de ventes fin juin 2026), des marges opérationnelles insuffisantes en Amérique du Nord (1,8% au T2 2026), une concurrence accrue sur les segments porteurs comme les pick-up, et une stratégie de recentrage encore peu convaincante malgré le plan « FaSTLAne 2030 ». Ces éléments sapent la crédibilité du groupe auprès des investisseurs.