Depuis le début de l’année 2026, les actions des semi-conducteurs européens, longtemps éclipsées par les géants américains et asiatiques, affichent une performance spectaculaire. Selon Capital, le titre STMicroelectronics a enregistré une hausse de 206 % sur les cinq premiers mois de l’année, tandis que Soitec a bondi de 580 %. Des chiffres qui tranchent avec la progression plus modérée de Nvidia (+19 %), Samsung (+200 %) ou encore TSMC (+54 %) sur la même période.

Ce qu'il faut retenir

  • STMicroelectronics progresse de 206 % depuis janvier 2026, porté par l’essor de l’IA et des accords stratégiques.
  • Soitec enregistre une hausse de 580 %, grâce à sa spécialisation en photonique et aux besoins croissants des centres de données.
  • L’indice européen des semi-conducteurs surperforme son équivalent américain depuis le 1er janvier 2026.
  • Les investisseurs se tournent désormais vers les fournisseurs européens, reconnus pour leur rôle clé dans l’écosystème technologique.
  • Les analystes soulignent que l’industrie des semi-conducteurs est « bien plus complexe » que prévu, avec des dépendances critiques en Europe.

Un retournement de situation après des années de sous-performance

Longtemps boudées par les investisseurs, qui privilégiaient les valeurs phares de l’intelligence artificielle comme Nvidia ou les « 7 Magnifiques » (Meta, Alphabet, Amazon…), les entreprises européennes de semi-conducteurs connaissent un regain d’intérêt. « L’histoire boursière de l’IA s’est longtemps écrite avec quelques stars seulement, mais les investisseurs réalisent désormais que l’industrie des semi-conducteurs est bien plus complexe et implique de nombreuses dépendances critiques, dont beaucoup passent par l’Europe », explique Enguerrand Artaz, stratégiste chez La Financière de l’Échiquier (LFDE), cité par Capital.

STMicroelectronics, historiquement très exposé au secteur automobile, a profité de la relance de la demande en composants électroniques pour véhicules électriques et autonomes. De son côté, Soitec, qui avait souffert d’un surstockage chez ses clients en 2024 et 2025, a vu sa valorisation exploser grâce à ses technologies de photonique, essentielles pour les infrastructures des data centers.

L’indice européen des semi-conducteurs défie Wall Street

Alors que les valeurs technologiques américaines continuent de dominer les marchés, les actions européennes de semi-conducteurs ont réussi à tenir la dragée haute à leurs concurrentes outre-Atlantique. L’indice européen du secteur a surperformé son homologue américain depuis le 1er janvier, une première depuis plusieurs années. Cette tendance reflète un changement stratégique des investisseurs, qui diversifient désormais leurs portefeuilles au-delà des « 7 Magnifiques ».

« Les investisseurs ont progressivement changé de véhicule d’investissement pour s’exposer à la révolution de l’IA », précise Enguerrand Artaz. Si Nvidia reste le leader incontesté du secteur, avec une capitalisation boursière ayant fait d’elle la première entreprise mondiale en 2025, les acteurs européens et asiatiques gagnent en visibilité. Samsung et SK Hynix, grâce à leur domination dans la mémoire (DRAM et NAND), ont contribué à propulser la Bourse de Séoul au-dessus de celle de Paris en termes de capitalisation, un basculement historique.

Quels sont les moteurs de cette croissance ?

Plusieurs facteurs expliquent l’envolée des actions européennes de semi-conducteurs. Pour STMicroelectronics, les relais de croissance viennent principalement de trois segments : la connectivité optique, la conversion de puissance et les composants thermiques pour data centers. Ces technologies sont indispensables à l’essor des infrastructures numériques, notamment pour l’IA générative. « Les centres de données ont besoin de communiquer, d’être alimentés et de mieux gérer leur consommation. STMicroelectronics est bien positionné sur ces enjeux », souligne un analyste de LFDE.

Côté Soitec, la photonique – une technologie qui utilise la lumière pour transmettre des données – est au cœur de sa valorisation. Selon NewStreet, le juste prix de l’action est estimé à 215 euros, contre environ 40 euros en début d’année. Un potentiel qui reflète l’importance croissante de cette technologie dans les réseaux 5G, les capteurs optiques et les systèmes d’IA.

Des opportunités pour les investisseurs, mais des risques persistent

Les lecteurs de la lettre d’investissement Momentum, publiée par Capital, ont pu tirer profit de cette dynamique en suivant les recommandations d’achat émises avant l’envolée des cours. « Nous avions indiqué que STMicroelectronics était l’une des valeurs du CAC 40 à privilégier, avec une nette surperformance attendue par rapport à l’indice », rappelle la rédaction. Une stratégie qui a permis à de nombreux abonnés de capitaliser sur la hausse.

Cependant, les analystes invitent à la prudence. Malgré ces performances exceptionnelles, le secteur des semi-conducteurs reste cyclique et dépendant des cycles économiques. Une saturation de l’offre ou un ralentissement de la demande en IA pourrait impacter les valorisations. Par ailleurs, la concurrence reste féroce, avec des acteurs comme Intel – qui a connu un rebond spectaculaire en 2025 – ou ASML, leader des machines de lithographie, toujours en embuscade.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer la trajectoire des semi-conducteurs européens dans les mois à venir. D’abord, les résultats trimestriels des principaux acteurs, attendus cet été, pourraient confirmer ou infirmer les anticipations de croissance. Ensuite, les décisions des grands donneurs d’ordre (Amazon, Microsoft, Nvidia) concernant leurs approvisionnements en puces européennes seront déterminantes. Enfin, l’évolution des tensions géopolitiques, notamment autour de Taïwan (berceau de TSMC) et de la Chine, pourrait rebattre les cartes.

Pour les investisseurs, la question sera de savoir si cette surperformance est durable ou si elle reflète une bulle spéculative. Une chose est sûre : l’Europe, longtemps considérée comme un parent pauvre du secteur, a désormais les moyens de jouer un rôle central dans la révolution technologique en cours.

Quelles perspectives pour les autres acteurs du secteur ?

Si STMicroelectronics et Soitec sont les principaux bénéficiaires de cette tendance, d’autres entreprises européennes pourraient tirer leur épingle du jeu. ASML, bien que néerlandais, reste un pilier incontournable des chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs, avec une capitalisation dépassant les 300 milliards d’euros. Son expertise en lithographie extrême ultraviolet (EUV) est cruciale pour produire des puces de nouvelle génération.

Côté français, Air Liquide et L’Air Liquide bénéficient indirectement de la demande en gaz ultra-purs, essentiels à la fabrication des semi-conducteurs. Leur inclusion dans les portefeuilles d’investisseurs pourrait donc s’accentuer, au même titre que des valeurs comme Schneider Electric, dont les solutions énergétiques sont indispensables aux data centers.

Reste à voir si cette dynamique se poursuivra au-delà de 2026. Une chose est certaine : l’Europe, longtemps en retard sur le plan industriel, a désormais l’opportunité de se positionner comme un acteur clé de l’écosystème technologique mondial. Pour les marchés, cela pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère.

Cette hausse spectaculaire s’explique principalement par la spécialisation de Soitec dans la photonique, une technologie clé pour les infrastructures des data centers et les réseaux 5G. Après des années de difficultés liées à un surstockage chez ses clients, l’entreprise a bénéficié d’un rebond de la demande en composants optiques, essentiels pour l’IA et la connectivité haut débit.

Cela dépendra de plusieurs facteurs : la capacité des entreprises européennes à innover dans des niches technologiques (comme la photonique ou les composants thermiques), la stabilité de la demande en IA, et l’évolution des tensions géopolitiques. À court terme, la surperformance pourrait se poursuivre, mais à plus long terme, Nvidia et ses pairs asiatiques restent des concurrents redoutables.