Quelque 130 millions de travailleurs en Europe sont aujourd’hui exposés au stress thermique sur leur lieu de travail, un phénomène dont les conséquences sanitaires et économiques s’aggravent avec l’intensification des vagues de chaleur. C’est ce que révèle un rapport présenté jeudi par l’Institut syndical européen (ETUI), centre de recherche de la Confédération européenne des syndicats, comme le rapporte Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- 130 millions de travailleurs européens sont exposés chaque année au stress thermique, entraînant 277 000 blessures et 230 décès annuels.
- Près d’un travailleur sur cinq dans l’UE a déclaré avoir été exposé à des chaleurs extrêmes en 2025, selon l’EU-OSHA.
- Les pertes de productivité varient de 3 à 25 % selon les régions, avec des pics à 20-25 % en Europe du Sud.
- Les auteurs proposent une législation européenne imposant une évaluation obligatoire des risques liés à la chaleur pour les employeurs.
- Le rapport recommande d’élargir les indicateurs de stress thermique, en intégrant humidité et vitesse du vent.
Le phénomène ne touche pas uniquement les régions traditionnellement chaudes d’Europe. L’Europe centrale et du Nord enregistrent en effet les plus fortes hausses du nombre d’accidents liés aux températures extrêmes, alors que les pays scandinaves, habituellement moins exposés, subissent désormais des pertes de productivité de 3 à 6 % lors des vagues de chaleur, selon les données compilées par les chercheurs.
« Le problème est bien plus aigu dans le sud, évidemment : c’est là que l’on recense la plupart des accidents. Mais dans le même temps, c’est en Europe centrale et du Nord que nous observons les plus fortes hausses du nombre d’accidents. Le sud est déjà très chaud, et c’est un problème. Mais le centre et le nord rattrapent très vite leur retard. »
— Andreas Flouris, professeur de physiologie à l’université de Thessalie, cité par Euronews FR
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque année, les vagues de chaleur en Europe provoquent 277 000 blessures et 230 décès directement liés au travail. Une enquête réalisée en 2025 par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) indique que 20 % des travailleurs de l’UE ont été confrontés à des températures extrêmes sur leur lieu de travail au cours des douze derniers mois. Le changement climatique, en augmentant la fréquence et l’intensité de ces épisodes, aggrave cette situation déjà préoccupante.
Les impacts économiques sont également significatifs. Andreas Flouris précise que « la température optimale pour travailler est de 16 °C. Au-delà, chaque hausse d’1 °C entraîne en moyenne une perte de productivité d’environ 2 % ». Lors d’une vague de chaleur moyenne en Europe du Sud, ces pertes peuvent atteindre 20 à 25 %, tandis qu’elles se situent entre 8 et 14 % en Europe centrale. Même en Scandinavie, les pertes oscillent entre 3 et 6 % sur une année.
Pour limiter les risques, le rapport propose plusieurs pistes. D’abord, la mise en place d’une évaluation obligatoire des risques liés à la chaleur pour les employeurs. « Ce que nous proposons, c’est une évaluation obligatoire des risques liés à la chaleur, afin d’obliger les employeurs à analyser et identifier les dangers liés à l’exposition à la chaleur dans leur entreprise », a déclaré Marouane Laabbas-el-Guennouni, chercheur à l’ETUI. « Ce n’est qu’en sachant à quoi nous avons affaire que nous pouvons protéger les travailleurs et prévenir les risques associés à l’exposition à la chaleur au travail. »
Ensuite, les auteurs recommandent d’utiliser un indice plus complet pour évaluer le stress thermique. Selon eux, la température ne doit plus être le seul critère. L’humidité et la vitesse du vent doivent également être prises en compte pour déterminer avec précision les niveaux d’exposition. Une approche qui vise à affiner les alertes et à adapter les mesures de protection en conséquence.
Les chercheurs insistent sur un point : les vagues de chaleur sont un phénomène mesurable, prévisible et donc évitable. Leur recommandation finale est claire : agir avant que la situation ne devienne ingérable. « Les vagues de chaleur ne sont pas une fatalité. Avec une réglementation adaptée et des outils de prévention renforcés, il est possible de protéger les travailleurs », a souligné Marouane Laabbas-el-Guennouni.
Alors que l’Europe enregistre des records de chaleur de plus en plus fréquents, la question de l’adaptation des lieux de travail à ces nouvelles conditions climatiques devient un enjeu majeur de santé publique et de compétitivité économique. Les prochains mois s’annoncent décisifs pour voir si les institutions européennes prendront la mesure de l’urgence.
Selon le rapport de l’ETUI, les secteurs les plus exposés incluent l’agriculture, la construction, le BTP et l’industrie lourde, où les travailleurs sont souvent en extérieur ou dans des environnements mal isolés. Les services publics, comme la collecte des déchets ou les services d’urgence, sont également fortement impactés.
Le rapport recommande d’adapter les horaires de travail pour éviter les heures les plus chaudes, d’aménager des espaces de repos climatisés, de fournir des équipements de protection individuelle (casquettes, vêtements légers) et de former les salariés aux risques liés à la chaleur. Une vigilance accrue est également conseillée pour les travailleurs vulnérables, comme les seniors ou les personnes souffrant de maladies chroniques.