Selon BFM Business, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur des subventions publiques accordées par la Chine à son industrie entre 2005 et 2024. Ces aides massives, estimées trois à huit fois supérieures à celles octroyées par les pays membres de l’organisation, ont profondément distordu la concurrence internationale, selon un rapport publié lundi.
Dans une déclaration rapportée par l’institution, une responsable de l’OCDE basée à Paris – qui regroupe principalement des pays développés comme les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la France ou encore le Mexique – a averti : « Si on ne fait rien concernant les distorsions de concurrence sur les marchés internationaux, tout le monde va surpayer son soutien à l’industrie, et personne n’aura les effets recherchés en matière de résilience et de compétitivité. »
Ce qu'il faut retenir
- Entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont bénéficié d’un soutien public trois à huit fois plus important que celles des 38 pays membres de l’OCDE.
- Le montant total des subventions chinoises dans les secteurs clés a atteint 108 milliards de dollars en 2024, un record depuis la crise des subprimes.
- Près de 60 % des gains de parts de marché mondiales des entreprises chinoises sur cette période s’expliquent par ces aides publiques.
- Les secteurs les plus touchés incluent les batteries, panneaux solaires, automobiles, semi-conducteurs, éoliennes et construction navale.
Un soutien public massif et multiforme
L’OCDE a compilé les données sur vingt ans dans une base appelée « MAGIC » (Manufacturing Groups and Industrial Corporations), analysant les rapports financiers de grandes entreprises dans quinze secteurs industriels clés. Les résultats, qualifiés d’« estimation prudente » par l’organisation, révèlent une stratégie industrielle chinoise reposant sur des aides directes, des allègements fiscaux et des prêts à taux avantageux, souvent accordés par des institutions financières publiques. Ces dispositifs permettent aux entreprises chinoises de disposer d’une marge de manœuvre financière accrue, facilitant l’investissement dans de nouveaux sites de production ou la résistance aux aléas économiques.
Dans certains secteurs, comme les panneaux solaires ou les semi-conducteurs, le niveau global de soutien public peut représenter jusqu’à plus de 3 % du chiffre d’affaires des entreprises sur la période 2005-2024. Ces aides ont également engendré des surcapacités de production, tirant les prix mondiaux à la baisse et pénalisant les concurrents internationaux, notamment européens et nord-américains.
Une domination chinoise qui s’étend à l’échelle mondiale
Les données de l’OCDE montrent que les entreprises chinoises, déjà dominantes dans l’industrie manufacturière, ont massivement accru leurs parts de marché dans des secteurs stratégiques. Les panneaux solaires, l’acier ou la construction navale illustrent cette tendance. Selon l’organisation, près de 60 % des gains de parts de marché mondiales enregistrés par les entreprises chinoises entre 2005 et 2024 sont directement attribuables aux subventions publiques. Cette domination s’exerce au détriment des acteurs des pays membres de l’OCDE, dont les entreprises peinent à rivaliser malgré leurs propres aides publiques.
Les experts soulignent que les gouvernements allemand, français, australien ou américain pourraient tenter de combler cet écart en subventionnant davantage leurs champions nationaux. Toutefois, face à l’ampleur des avantages dont bénéficient les entreprises chinoises, cette approche risquerait d’être contre-productive, comme le résume un expert de l’OCDE : « Ce n’est pas un problème que l’on peut résoudre chacun de son côté. »
Une base de données confidentielle désormais partiellement rendue publique
Depuis deux ans, la base « MAGIC » est partagée de manière confidentielle avec les gouvernements des 38 pays membres de l’OCDE. Pour la première fois, une version agrégée et anonymisée, reposant sur les mêmes données, a été rendue publique ce lundi. Cette initiative vise à alerter la communauté internationale sur l’urgence d’une coopération pour rééquilibrer les règles du jeu industriel.
Les aides publiques chinoises, qu’elles prennent la forme de subventions directes, de baisses d’impôts ou de prêts avantageux, dessinent ainsi les contours des marchés mondiaux. Elles permettent aux entreprises chinoises de se positionner comme des leaders incontournables dans des secteurs clés de l’économie, au détriment d’une concurrence équitable.
Cette situation soulève une question majeure : jusqu’où les pays développés seront-ils prêts à aller dans le soutien à leurs propres industries pour contrer l’avantage chinois ? La réponse pourrait redéfinir les équilibres géoéconomiques pour les décennies à venir.
Les secteurs les plus concernés incluent les batteries, panneaux solaires, automobiles, semi-conducteurs, éoliennes, acier et construction navale, selon l’OCDE. Ces industries représentent des pans entiers de l’économie mondiale et sont stratégiques pour la transition énergétique et technologique.