Près de 9 000 milliards d’euros, soit plus de deux fois et demie la dette publique française actuelle, devraient être transmis aux héritiers d’ici 2040. Selon BFM Business, cette « grande transmission » s’annonce comme un bouleversement majeur pour le système notarial, déjà confronté à une accélération des successions et à une complexification des montages successoraux.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 9 000 milliards d’euros de patrimoine des Français seront transmis d’ici 2040, sur un total de 15 000 milliards.
- Le montant annuel des successions pourrait passer de 300 à 600 milliards d’euros d’ici cette date.
- Les notaires anticipent un besoin d’« industrialisation » de leur métier pour gérer ce volume, notamment via l’intelligence artificielle.
- Les successions dites « non classiques » (familles recomposées, actifs numériques) représenteront bientôt 50 % des cas.
- Les donations et montages anticipés (assurance-vie, pactes Dutreil) devraient se généraliser.
Selon un livret blanc publié jeudi 7 mai 2026 par la Chambre des notaires de Paris, le patrimoine total des ménages français s’élève à 15 000 milliards d’euros, dont près de 9 000 milliards devraient être transmis entre 2025 et 2040. Ce chiffre s’explique par l’héritage des baby-boomers, cette génération née après-guerre qui détient une part majeure de la richesse nationale. Depuis 1990, la valeur de ce patrimoine a été dopée par la hausse des prix de l’immobilier et l’accumulation de capitaux sur plusieurs décennies.
« On est déjà dans une accélération du processus de transmission, poussée aussi par des incertitudes fiscales », a souligné Sophie Thibert-Belaman, première vice-présidente de la Chambre des notaires de Paris. Le montant annuel des successions, actuellement estimé entre 300 et 400 milliards d’euros, pourrait ainsi doubler pour atteindre 600 milliards d’ici 2040. Un phénomène qui suscite déjà des débats politiques, certains économistes et personnalités de gauche et du centre appelant à une taxation accrue des héritages dans le cadre du dernier budget de l’État.
Un choc pour les notaires, qui doivent repenser leur modèle
Pour faire face à ce « choc d’héritage », les professionnels du droit anticipent un changement radical de leur métier. « Il faut se préparer à ce que nos solutions artisanales ne suffisent plus », a prévenu Pierre Tarrade, président de la Chambre des notaires de Paris. « Il faudra peut-être une industrialisation du processus », notamment en recourant à l’intelligence artificielle pour automatiser certaines tâches et consacrer plus de temps aux aspects qualitatifs des successions.
Le défi est double : gérer un volume sans précédent de transmissions, mais aussi composer avec des situations familiales et patrimoniales de plus en plus complexes. En trente ans, entre 1990 et 2022, la part des couples avec enfants parmi les ménages français est passée de 37 % à 24 %. Dans le même temps, 10,4 % des enfants vivent désormais dans une famille recomposée, et 50 % des successions ne sont plus des transmissions classiques. « Cela va devenir la norme », a affirmé Pierre Tarrade.
Les montages anticipés, une tendance de fond
Face à ces mutations, la « grande transmission » s’organise de plus en plus en amont. Selon le livret blanc des notaires parisiens, les donations et les montages anticipés — comme les assurances-vie, le démembrement de propriété ou les pactes Dutreil — devraient se multiplier. Ces dispositifs permettent d’anticiper les transmissions et de réduire l’impôt, tout en abaissant l’âge moyen auquel les héritiers perçoivent un capital significatif.
France Stratégie estime que près de 60 % du patrimoine total des ménages provient aujourd’hui de l’héritage. Une proportion qui pourrait encore augmenter avec la généralisation de ces pratiques. Parmi les actifs concernés, les cryptomonnaies occupent une place croissante, rendant les successions encore plus techniques à gérer. « Les cryptos de plus en plus présentes » dans les héritages, a rappelé BFM Crypto dans un récent club débat.
Des successions plus complexes et des enjeux sociétaux
Les familles binationales, les actifs numériques ou encore les successions internationales ajoutent une couche de complexité supplémentaire. Les notaires devront s’adapter à ces nouvelles réalités, tout en garantissant l’équité entre héritiers. « La grande transmission passera de plus en plus par des donations et des montages anticipés », confirme le livret blanc, qui souligne l’évolution des pratiques successorales.
Ce transfert massif de richesse — équivalent à plus de deux fois et demie la dette française — interroge aussi sur la fiscalité. Plusieurs responsables politiques ont déjà pointé du doigt la nécessité de revoir la taxation des héritages, alors que le patrimoine des baby-boomers atteint des niveaux historiques. Pour autant, aucune réforme majeure n’a encore été actée, malgré les débats en cours.
Cette « grande transmission » pose ainsi des défis à la fois pour les professionnels du droit, les pouvoirs publics et les familles concernées. Entre automatisation, complexité accrue et enjeux fiscaux, le système successoral français entre dans une nouvelle ère, où l’anticipation et l’adaptation seront les maîtres-mots.
Les principaux dispositifs incluent les assurances-vie, qui permettent de transmettre un capital hors succession, les pactes Dutreil, qui facilitent la transmission d’entreprises avec des exonérations fiscales, et le démembrement de propriété, qui sépare usufruit et nue-propriété pour optimiser la transmission. D’autres outils comme les donations-partages ou les sociétés civiles immobilières (SCI) sont également utilisés pour organiser à l’avance le transfert de patrimoine.
Les cryptomonnaies posent des défis spécifiques en matière de succession, car elles nécessitent de connaître les clés privées des portefeuilles pour y accéder. Les notaires recommandent désormais de les déclarer explicitement dans les testaments ou les mandats de gestion posthume. Leur valorisation peut fluctuer fortement, et leur caractère dématérialisé complique leur transmission, notamment en cas de succession internationale. Plusieurs études, dont celles de BFM Crypto, soulignent l’importance croissante de ces actifs dans les héritages modernes.