Un expert indépendant des Nations unies et une quarantaine d'organisations non gouvernementales (ONG) dénoncent la politique suisse de renvoi forcé de demandeurs d'asile vers le Burundi. Selon RFI, Berne figure parmi les rares pays européens à appliquer systématiquement ces expulsions vers des États jugés « sûrs », malgré les risques avérés de violations des droits humains dans le pays d'Afrique de l'Est. Une famille, composée d'adultes et d'enfants, fait partie des 11 Burundais renvoyés de force le mois dernier, une mesure qui suscite une vive polémique.
Ce qu'il faut retenir
- Un expert de l'ONU et 40 ONG condamnent les retours forcés de la Suisse vers le Burundi
- Berne considère le Burundi comme un pays « sûr », une évaluation jugée caduque par les associations
- 11 Burundais, dont une famille avec enfants, ont été renvoyés de force le mois dernier
- Le Burundi est accusé de pratiques de torture par les défenseurs des droits humains
- La Suisse est l'un des rares pays européens à appliquer cette politique d'expulsion
Une politique controversée fondée sur une évaluation contestée
La Confédération helvétique justifie ces renvois en s'appuyant sur une classification du Burundi comme État sûr. Pourtant, cette évaluation, réalisée il y a plusieurs années, ne reflète plus la réalité politique et sécuritaire du pays. Selon les ONG, les autorités burundaises continuent de perpétrer des exactions, notamment des actes de torture, à l'encontre des opposants et des personnes perçues comme des menaces. « Les informations disponibles indiquent clairement que le Burundi n'est pas un pays sûr pour les demandeurs d'asile », a déclaré un porte-parole d'Amnesty International, cité par RFI.
Un expert de l'ONU alerte sur les risques encourus
Parmi les signataires de cette critique figurent également des mécanismes onusiens, dont un expert indépendant mandaté par le Conseil des droits de l'homme. Ce dernier a rappelé, dans un rapport rendu public ce mois-ci, que « les retours forcés vers le Burundi violent les principes fondamentaux du droit international, notamment le principe de non-refoulement ». Ce principe, inscrit dans la Convention de Genève de 1951, interdit d'expulser une personne vers un territoire où sa vie ou sa liberté serait menacée. Selon RFI, la Suisse, qui se targue souvent de son respect des droits humains, s'expose ainsi à des sanctions juridiques internationales.
Des familles dans le viseur des autorités suisses
Parmi les 11 personnes renvoyées le mois dernier, on compte une famille composée de deux adultes et de trois enfants, tous originaires de Bujumbura, la capitale économique du Burundi. Leur dossier de demande d'asile avait été rejeté par les autorités suisses, qui avaient estimé que le risque de persécution n'était pas suffisamment établi. Pourtant, les associations locales de défense des droits humains affirment que cette famille avait des liens supposés avec l'opposition politique, un motif récurrent de répression dans le pays. « Ces renvois mettent en danger des vies humaines, et c'est inacceptable », a réagi un représentant de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).
Ces renvois forcés soulèvent une question de fond : jusqu'où un État peut-il aller dans la restriction de l'asile au nom de sa souveraineté, alors que les conventions internationales semblent bafouées ? Une réponse juridique et politique s'annonce dans les mois à venir.
Le principe de non-refoulement est une règle fondamentale du droit international qui interdit à un État d’expulser, de refouler ou d’extrader une personne vers un territoire où sa vie ou sa liberté serait menacée. Ce principe est inscrit dans la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés et dans la Convention contre la torture de 1984.