L’annonce d’Anthropic, entreprise américaine spécialisée dans l’intelligence artificielle, de suspendre l’accès à ses modèles les plus avancés pour les ressortissants étrangers a provoqué une onde de choc en Europe. Selon Euronews FR, l’entreprise a reçu tard vendredi une directive de l’administration Trump lui ordonnant de désactiver immédiatement les modèles Claude Fable 5 et Mythos 5 pour les clients non américains, au nom de la sécurité nationale.
Ce qu'il faut retenir
- Anthropic a reçu une directive du gouvernement américain pour suspendre l’accès à Claude Fable 5 et Mythos 5 aux ressortissants étrangers, selon Euronews FR.
- Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques autour de la maîtrise des technologies d’IA.
- Plusieurs responsables politiques européens et français appellent à renforcer les investissements dans les technologies souveraines.
- Des figures politiques, dont Bruno Retailleau et Édouard Philippe, soulignent le risque de dépendance technologique face aux États-Unis.
- La souveraineté numérique et l’innovation locale, avec des entreprises comme Mistral AI ou OVHcloud, sont au cœur des débats.
Dans un communiqué, Anthropic a précisé que cette mesure était une obligation légale pour se conformer à l’ordre reçu. « Concrètement, cet ordre nous oblige à désactiver immédiatement Fable 5 et Mythos 5 pour l’ensemble de nos clients afin de garantir notre conformité », a indiqué l’entreprise. Cette restriction concerne non seulement les utilisateurs individuels, mais aussi les entreprises et institutions étrangères, privant ainsi des acteurs clés de secteurs stratégiques d’un outil technologique de pointe.
L’Europe face au risque de dépendance technologique
La décision d’Anthropic a ravivé les craintes d’une Europe trop dépendante des technologies développées hors du continent. Plusieurs responsables politiques, français comme européens, ont réagi avec fermeté. Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur et candidat à l’élection présidentielle de 2027, a mis en garde contre les dangers d’une telle dépendance : « Dans la course à l’intelligence artificielle, une nation qui dépend des autres pour sa technologie est une nation qu’on peut débrancher du jour au lendemain. » Il a rappelé que la France et l’Europe disposaient d’atouts majeurs, comme une électricité nucléaire souveraine, des ingénieurs de haut niveau, ou encore des entreprises innovantes comme Mistral AI, OVHcloud, Scaleway ou ChapsVision, capables de rivaliser avec les géants américains.
Édouard Philippe, ancien Premier ministre et maire du Havre, a également tiré la sonnette d’alarme. Pour lui, l’IA est désormais une infrastructure critique, « aussi essentielle que l’électricité ou Internet ». Il a souligné que « une infrastructure dont nous ne maîtrisons ni les modèles, ni le calcul, est une infrastructure que d'autres peuvent débrancher ». Une métaphore qui illustre la vulnérabilité stratégique d’une Europe encore largement tributaire des technologies étrangères.
Réactions en cascade au Royaume-Uni et aux Pays-Bas
La suspension des modèles d’Anthropic n’a pas manqué de susciter des réactions au-delà des frontières françaises. Au Royaume-Uni, Al Carns, député et ancien ministre des Forces armées, a dénoncé une décision lourde de conséquences. « Cette semaine, le modèle d’IA le plus avancé de la planète a été désactivé par un gouvernement étranger. Des chercheurs britanniques l’étudiaient, des entreprises britanniques le testaient, des hôpitaux britanniques l’expérimentaient. Ce n’est plus le cas », a-t-il déploré. Il a ajouté que cette décision marquait un tournant : « Ce n’est pas une histoire d’IA. C’est l’histoire de tous les secteurs que nous dominions autrefois. »
Tom Tugendhat, député britannique et ancien ministre de la Sécurité, a pour sa part pointé du doigt les conséquences géopolitiques de cette restriction. Pour lui, « désactiver Fable 5 et d’autres modèles pour les étrangers n’est ni un malentendu ni une erreur, c’est le résultat inévitable d’une technologie qui façonne la guerre au point que la souveraineté tient désormais davantage au code qu’aux canons ». Il a critiqué la stratégie britannique, estimant que le pays « a appuyé sur le frein, de se couper de l’avenir et de se rattacher au passé ».
Aux Pays-Bas, le leader du Parti pour la liberté, Geert Wilders, a exprimé son mécontentement sur les réseaux sociaux : « Je veux récupérer mon #Anthropic Claude Fable 5 ! » avant d’ajouter que « l’intelligence artificielle est de plus en plus une question de souveraineté nationale ». Il a appelé son pays à accélérer le développement de ses propres modèles d’IA pour réduire la dépendance aux technologies étrangères.
Benjamin Haddad et Jordan Bardella plaident pour une autonomie européenne
En France, Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe, a souligné que cette décision marquait « un accélérateur de la bataille géopolitique de l’IA ». Pour lui, « l’Europe ne peut pas se contenter d’être un marché ouvert dépendant des technologies conçues, financées et contrôlées ailleurs ». Il a appelé à un renforcement des investissements dans l’innovation locale, afin de « maîtriser les technologies qui détermineront la puissance au XXIe siècle ».
Jordan Bardella, eurodéputé et président du Rassemblement national, a également réagi avec fermeté. « Le gouvernement Trump suspend l’accès aux derniers modèles IA d’Anthropic à tout ressortissant non-américain : cette décision soudaine vient nous rappeler que l’intelligence artificielle est déjà un sujet de souveraineté nationale majeur », a-t-il déclaré. Il a insisté sur la nécessité pour la France d’accélérer le soutien à Mistral AI, qu’il qualifie de « pépite », et à l’ensemble de l’écosystème français de l’IA.
Pour les entreprises et institutions européennes, cette suspension pourrait accélérer la recherche de solutions alternatives. Des acteurs comme Mistral AI ou Aleph Alpha en Allemagne pourraient bénéficier d’un effet d’aubaine, mais leur capacité à répondre à la demande en temps record reste à prouver. En attendant, les utilisateurs européens se retrouvent privés d’un outil clé, tandis que les débats sur l’autonomie technologique s’intensifient.
Selon Euronews FR, la décision s’inscrit dans un cadre de « préoccupations de sécurité nationale ». L’administration américaine souhaite empêcher l’accès à ses technologies les plus avancées par des ressortissants étrangers, craignant une utilisation à des fins stratégiques ou malveillantes. Cette mesure s’ajoute à une série de restrictions visant à contrôler l’exportation des technologies sensibles.