L’opposante biélorusse en exil Svetlana Tikhanovskaïa s’est rendue lundi 25 mai 2026 à Kiev pour sa première visite en Ukraine depuis le début de l’invasion russe en février 2022. Cette déplacement, qui s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre Kiev et Minsk, a été salué comme un symbole de solidarité entre les deux peuples en lutte contre le régime d’Alexandre Loukachenko, allié de Moscou. Selon Le Figaro, cette visite intervient alors que l’Ukraine renforce sa frontière nord avec la Biélorussie, craignant de nouvelles attaques russes lancées depuis le territoire bélarusse.
Ce qu'il faut retenir
- Svetlana Tikhanovskaïa, chef de l’opposition biélorusse en exil, a effectué une visite officielle à Kiev le 25 mai 2026.
- Cette visite marque sa première présence en Ukraine depuis le début de la guerre en février 2022.
- L’opposante s’est rendue sur la tombe de Maria Zaïtseva, une Biélorusse engagée dans l’armée ukrainienne, morte au combat en janvier 2025.
- Kiev renforce ses défenses frontalières avec la Biélorussie, redoutant une implication accrue de Minsk dans la guerre aux côtés de Moscou.
- La veille de sa visite, le président français Emmanuel Macron a mis en garde Loukachenko contre toute implication supplémentaire dans le conflit ukrainien.
Une visite symbolique dans un contexte de tensions régionales
Svetlana Tikhanovskaïa, contrainte de quitter la Biélorussie après les élections présidentielles contestées de 2020, a effectué ce déplacement à Kiev pour marquer son soutien à l’Ukraine. Comme le rapporte Le Figaro, son arrivée coïncide avec l’annonce par les autorités ukrainiennes d’un renforcement de la frontière nord, face à la menace d’une utilisation du territoire bélarusse par Moscou pour de nouvelles offensives. Les exercices nucléaires conjoints menés par la Russie et la Biélorussie il y a quelques jours ont encore accru les craintes d’une escalade militaire.
Dzianis Koutchynski, conseiller de l’opposante biélorusse, a évoqué sur les réseaux sociaux une visite « symbole de solidarité (...) dans notre lutte commune pour la liberté et la dignité ». Des photos publiées en ligne montrent l’arrivée de Tikhanovskaïa à la gare centrale de Kiev, où elle a été accueillie par des représentants ukrainiens et des membres de la diaspora biélorusse.
Hommage à Maria Zaïtseva, figure de la résistance biélorusse
Dès son arrivée, Svetlana Tikhanovskaïa s’est recueillie sur la tombe de Maria Zaïtseva, une jeune Biélorusse de 24 ans morte au combat en janvier 2025 près de Pokrovsk, dans l’est de l’Ukraine. Maria Zaïtseva avait d’abord participé aux manifestations anti-Loukachenko en 2020 avant de s’engager dans l’armée ukrainienne pour combattre l’invasion russe. « Maria est un symbole pour une nouvelle génération de Biélorusses. Des personnes qui comprennent que la liberté de la Biélorussie et la liberté de l’Ukraine sont indissociables », a déclaré Tikhanovskaïa sur ses comptes officiels.
Depuis 2022, des dizaines de Biélorusses ont rejoint les rangs de l’armée ukrainienne pour lutter contre l’aggression russe. Cette mobilisation illustre les liens croissants entre les deux sociétés civiles, malgré la répression exercée par le régime de Loukachenko contre les opposants au conflit.
Kiev et Minsk dans l’œil du cyclone international
La veille de l’arrivée de Tikhanovskaïa, le président français Emmanuel Macron a mis en garde Alexandre Loukachenko lors d’un entretien téléphonique, l’avertissant contre toute implication supplémentaire de la Biélorussie dans la guerre aux côtés de la Russie. « La France suivra de près les actions de Minsk », a souligné l’Élysée, alors que Moscou et Minsk viennent de réaliser des manœuvres militaires conjointes impliquant des simulations nucléaires. Ces exercices, organisés du 20 au 22 mai 2026, ont été perçus comme une provocation par Kiev et ses alliés occidentaux.
Parallèlement, l’Ukraine continue de renforcer ses dispositifs de défense le long de sa frontière avec la Biélorussie. En février 2022, Moscou avait lancé une partie de ses troupes depuis le territoire bélarusse pour envahir l’Ukraine par le nord. Depuis, les services de renseignement ukrainiens et occidentaux surveillent de près les mouvements militaires à la frontière, craignant une répétition de ce scénario.
Une opposition biélorusse divisée et sous pression
Depuis les élections truquées de 2020, qui ont vu la réélection d’Alexandre Loukachenko malgré des manifestations massives, l’opposition biélorusse est systématiquement réprimée. Plus de 33 000 arrestations ont été recensées entre août et décembre 2020, selon des ONG comme Viasna. Svetlana Tikhanovskaïa, dont le mari, Sergueï Tikhanovski, est emprisonné depuis 2020, a dû s’exiler en Lituanie d’où elle coordonne depuis ses activités politiques.
Malgré la répression, son mouvement conserve une influence notable, notamment auprès des jeunes Biélorusses et de la diaspora. Sa visite à Kiev s’inscrit dans une stratégie de rapprochement avec l’Ukraine, perçue comme un rempart contre l’influence russe en Europe de l’Est. « Notre combat pour la démocratie en Biélorussie passe aussi par le soutien à l’Ukraine », a-t-elle rappelé lors de son déplacement.
Reste à voir si cette visite débouchera sur des annonces concrètes ou restera un geste symbolique. La communauté internationale, notamment l’Union européenne, devrait suivre de près l’évolution de la situation à la frontière ukrainienne-biélorusse, où toute provocation pourrait aggraver la crise régionale.
Svetlana Tikhanovskaïa a été contrainte de quitter la Biélorussie après les élections présidentielles de 2020, jugées frauduleuses par l’opposition et la communauté internationale. Son mari, Sergueï Tikhanovski, figure de la contestation, a été emprisonné, tandis que des milliers de manifestants ont été arrêtés lors des protestations contre la réélection d’Alexandre Loukachenko.
Les manœuvres réalisées du 20 au 22 mai 2026 visaient à simuler une riposte nucléaire en cas d’attaque contre la Russie ou la Biélorussie. Ces exercices, perçus comme une provocation par Kiev et l’Occident, ont été interprétés comme une tentative de Moscou d’intimider l’Ukraine et ses alliés en montrant sa capacité à mobiliser des moyens nucléaires tactiques depuis le territoire bélarusse.