Alors que la lutte contre le tabagisme reste un enjeu majeur de santé publique en France, la Caisse nationale d’Assurance maladie (Cnam) franchit une étape supplémentaire. Dans son rapport annuel publié la semaine dernière, elle propose d’interdire la vente de cigarettes aux personnes nées après 2009. Cette mesure, défendue par Thomas Fatôme, son directeur général, vise à éradiquer progressivement la consommation de tabac en France d’ici quelques années. L’objectif est clair : faire émerger une génération « sans tabac », selon les termes mêmes de l’institution.

« On ne peut pas se contenter de croire que tout a été fait contre le tabac. Ce n’est pas le cas », a déclaré Thomas Fatôme lors d’un entretien accordé à Franceinfo - Santé ce lundi 6 juillet. Malgré une baisse régulière du nombre de fumeurs en France, le pays reste en retard par rapport à ses voisins européens. Le tabagisme reste responsable de plus de 68 000 décès par an, et quelque 150 000 à 200 000 jeunes commencent à fumer chaque année, un chiffre qui justifie, selon lui, des mesures plus ambitieuses.

Ce qu'il faut retenir

  • Interdiction ciblée : La Cnam propose d’interdire la vente de cigarettes aux personnes nées après 2009, soit les moins de 17 ans en 2026.
  • Un enjeu de santé publique : Le tabac cause plus de 68 000 décès annuels en France et voit 150 000 à 200 000 jeunes débuter chaque année.
  • Un retard européen : La France compte moins de fumeurs qu’avant, mais reste en retard par rapport à ses voisins, où la consommation est bien moindre.
  • Des défis logistiques : La Cnam reconnaît l’existence de huit passages frontaliers avec des règles et des prix différents, compliquant la mise en œuvre d’une telle mesure.
  • Une approche européenne nécessaire : Thomas Fatôme estime que la régulation du tabac doit être repensée au niveau de l’Union européenne, où il est encore considéré comme une simple marchandise.
  • Des propositions complémentaires : Le rapport aborde aussi la prévention dans les territoires ultramarins, où les défis sanitaires diffèrent de ceux de l’Hexagone.

Une génération sans tabac : l’ambition affichée par l’Assurance maladie

Pour Thomas Fatôme, l’idée n’est pas seulement de réduire la consommation de tabac, mais de l’éradiquer progressivement. « Nous pensons que le tabac n’est pas une marchandise comme une autre. Il doit faire l’objet d’une régulation spécifique, et pas seulement au niveau national », a-t-il insisté. L’objectif est de protéger les jeunes générations en les empêchant d’accéder à la cigarette, tout en s’attaquant aux canaux d’approvisionnement parallèles, notamment via les frontières.

Cette proposition s’inscrit dans la continuité des politiques publiques menées depuis des années. La France a déjà instauré des paquets neutres, augmenté les prix, et renforcé les campagnes de prévention. Pourtant, malgré ces avancées, le tabagisme reste la première cause de mortalité évitable dans le pays. « Les autres pays autour de nous fument beaucoup moins. Cela reste un enjeu majeur », a souligné le directeur de la Cnam.

Des obstacles logistiques et une coordination européenne indispensable

Si la mesure séduit par son ambition, elle soulève des questions pratiques. La France partage huit passages frontaliers avec des pays aux législations et aux prix du tabac différents. Pour les buralistes, représentés par leur confédération, cette interdiction risque de créer des distorsions de concurrence. « Avec autant de canaux d’approvisionnement différents, comment garantir que la mesure sera efficace ? », s’interrogent-ils.

Thomas Fatôme ne nie pas ces défis. « Il faut effectivement poser ce sujet au niveau européen. Aujourd’hui, l’Union considère le tabac comme une simple marchandise. Est-ce normal que l’on puisse traverser une frontière pour s’approvisionner en cigarettes ? », questionne-t-il. Pour lui, la solution passe par une harmonisation des règles au niveau communautaire, permettant aux États de mieux réguler le marché du tabac. « Nous devons donner aux États la capacité de mieux contrôler ce produit », a-t-il affirmé.

« Nous, on pense à l’Assurance maladie que le tabac n’est pas une marchandise comme une autre et donc il faut donner la capacité aux États de mieux réguler le marché du tabac en Europe. »
Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance maladie

La prévention au cœur des propositions complémentaires

Outre la mesure phare sur l’interdiction de vente aux jeunes, le rapport annuel de la Cnam aborde d’autres pistes pour réduire l’impact du tabac et des produits nocifs sur la santé. Parmi elles, une attention particulière est portée aux territoires ultramarins. « L’éloignement, la démographie des professionnels de santé, les épidémies et l’accès aux soins plus difficile sont autant de défis spécifiques », explique Thomas Fatôme. Dans ces régions, les risques sanitaires liés à la consommation de sucre et de produits transformés sont également plus élevés.

Par exemple, « les habitants des territoires ultramarins ont deux fois plus de risques de développer un diabète que ceux de l’Hexagone », rappelle-t-il. Le rapport souligne aussi que les produits vendus dans les supermarchés de ces zones contiennent souvent des teneurs en sucre bien supérieures à celles observées en métropole. Ces constats montrent que la lutte contre les produits nocifs ne se limite pas au tabac, mais s’étend à d’autres enjeux de santé publique.

Et maintenant ?

La proposition de la Cnam devra désormais être examinée par les pouvoirs publics. Si l’idée d’une génération sans tabac séduit, sa mise en œuvre concrète soulève des questions, notamment sur le plan européen. Une concertation avec les États membres de l’Union sera nécessaire pour harmoniser les règles et éviter les contournements. Dans l’immédiat, la Cnam pourrait intégrer ces mesures dans ses prochaines recommandations, tandis que les associations de santé publique devraient relayer cette initiative.

Reste à voir si cette proposition, ambitieuse et innovante, trouvera un écho favorable au-delà des cercles spécialisés. Une chose est sûre : elle relance le débat sur la régulation du tabac en Europe, un sujet qui pourrait prendre de l’ampleur dans les mois à venir.

Pour l’Assurance maladie, l’urgence est réelle. Malgré les progrès accomplis, le tabac reste un fléau qui coûte cher à la société, tant en vies humaines qu’en dépenses de santé. Si la mesure proposée venait à être adoptée, elle marquerait une étape historique dans la lutte contre le tabagisme en France.

L’Assurance maladie souhaite créer une génération « sans tabac » en empêchant les jeunes de commencer à fumer. En interdisant la vente de cigarettes aux moins de 17 ans, elle espère réduire progressivement la consommation globale et, à terme, éradiquer le tabagisme chez les nouvelles générations.

Le principal défi est la présence de huit passages frontaliers avec des législations et des prix du tabac différents. Cela pourrait favoriser les achats transfrontaliers. Une coordination européenne est donc jugée indispensable pour garantir l’efficacité de la mesure.