Au Tchad, une crise institutionnelle secoue actuellement le secteur judiciaire après des déclarations controversées du ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, Ali Ahmat Aghabache. Selon RFI, celui-ci aurait appelé ses services à « déchirer certaines décisions de justice » et à les « jeter au visage de leurs bénéficiaires ». Ces propos, largement relayés sur les réseaux sociaux tchadiens, ont provoqué une vive réaction de la part des syndicats de magistrats, qui ont déposé plainte contre le ministre.
Ce qu'il faut retenir
- Le ministre tchadien de la Sécurité publique, Ali Ahmat Aghabache, a tenu des propos polémiques sur les décisions de justice, selon RFI.
- Il aurait ordonné à ses services de « déchirer » et de « jeter au visage » des jugements à leurs bénéficiaires.
- Les syndicats de magistrats tchadiens ont porté plainte contre le ministre en réponse à ces déclarations.
- Les propos ont été massivement partagés sur les réseaux sociaux locaux, alimentant la polémique.
Ces déclarations, tenues lors d’une intervention publique ou d’une réunion administrative – le détail du contexte exact n’est pas précisé par RFI –, ont immédiatement suscité l’indignation au sein du corps judiciaire. Ali Ahmat Aghabache, qui occupe ses fonctions depuis plusieurs mois, n’a pas encore réagi officiellement à cette polémique. Côté magistrats, l’offensive est lancée : plusieurs syndicats ont saisi la justice pour contester ces propos et demander des comptes.
La plainte déposée par les magistrats s’appuie sur le caractère inconstitutionnel et antirépublicain des déclarations du ministre. En effet, au Tchad comme dans de nombreux pays, l’indépendance de la justice est un principe constitutionnel. Les syndicats dénoncent une atteinte directe à ce principe, rappelant que les décisions de justice doivent être respectées et exécutées, et non contestées publiquement par les autorités exécutives. « Une telle attitude porte atteinte à la crédibilité de nos institutions », a déclaré un représentant des magistrats à RFI, sous couvert d’anonymat.
« Ces propos sont inacceptables. Ils sapent le travail des juges et menacent l’État de droit. Nous ne laisserons pas passer cela. »
– Un magistrat tchadien, cité par RFI
Cette crise intervient dans un contexte politique tchadien déjà tendu. Depuis plusieurs années, le pays fait face à des tensions entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, avec des accusations réciproques de manque de respect des institutions. Les observateurs locaux soulignent que ce type de déclaration publique d’un membre du gouvernement envers la justice pourrait aggraver les divisions au sein de l’appareil d’État.
Cette affaire rappelle les tensions récurrentes entre pouvoir politique et justice au Tchad, un pays où les réformes judiciaires restent un sujet de débat. La question de l’indépendance de la justice est régulièrement soulevée par les organisations de défense des droits humains, qui pointent du doigt les pressions politiques sur les magistrats. Bref, cette polémique pourrait bien devenir un nouveau test pour la solidité des institutions tchadiennes dans les semaines à venir.