Le patron de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, a une nouvelle fois attiré l’attention sur l’écart entre le temps de travail des Français et celui de leurs voisins européens. Selon Le Figaro, il a rappelé ce mardi 14 avril 2026 sur le plateau de TF1 que les travailleurs à plein temps en France figurent parmi les moins productifs en heures annuelles en Europe. Une position qui, selon lui, pourrait devenir intenable dans un contexte économique où la compétitivité des entreprises est plus que jamais scrutée.

Ce qu'il faut retenir

  • Les Français à plein temps travaillent parmi les moins d’heures en Europe : seuls deux pays de l’Union européenne affichent un temps de travail annuel inférieur au nôtre.
  • Un écart marqué avec l’Allemagne : les salariés allemands à temps plein travaillent trois semaines de plus par an que les Français.
  • L’Espagne devance également la France : les Espagnols à plein temps cumulent deux semaines de travail supplémentaires chaque année.
  • L’Italie a supprimé la plupart de ses jours fériés catholiques dès les années 1970, une réforme qui a contribué à maintenir un temps de travail plus élevé.
  • Le 1er mai, symbole d’un autre temps : Nicolas Dufourcq rappelle que cette date, initialement sans congés payés, n’a plus la même signification aujourd’hui où les salariés bénéficient de cinq semaines de congés annuels.

Le gouvernement suspend les discussions sur le travail du 1er mai

L’intervention de Nicolas Dufourcq intervient dans un contexte politique tendu. Le gouvernement a décidé de suspendre les débats autour d’une proposition de loi visant à encadrer le travail le 1er mai, une fête chômée en France. Cette décision a été perçue comme un recul par certains acteurs économiques, alors que la question de la compétitivité et de la durée du travail revient régulièrement dans le débat public. Le Figaro rapporte que cette suspension a été interprétée comme un signe de faiblesse par les partenaires sociaux, certains y voyant une renonciation à moderniser le modèle français.

Pour Nicolas Dufourcq, cette prudence s’explique en partie par la sensibilité du sujet. « Ces discussions [...] touchent quelque chose de l’ordre d’une coutume française », a-t-il déclaré, soulignant que la réforme des temps de travail se heurte souvent à un imaginaire collectif ancré dans l’histoire sociale du pays. Il estime que la « réaction épidermique » des syndicats et d’une partie de l’opinion publique illustre la difficulté à faire évoluer des pratiques pourtant contestées par les comparaisons européennes.

Des chiffres qui interpellent : la France en queue de peloton européen

Les données avancées par le patron de Bpifrance sont sans appel. D’après ses propos rapportés par Le Figaro, les Français à temps plein travailleraient en moyenne 1 500 heures par an, un niveau inférieur à la majorité des pays de l’Union européenne. À titre de comparaison, l’Allemagne affiche un temps de travail annuel moyen de 1 650 heures, tandis que l’Espagne atteint 1 600 heures. Seuls deux pays – la Finlande et la Suède – afficheraient un temps de travail inférieur à celui de la France, selon ses estimations.

Nicolas Dufourcq a également évoqué l’exemple italien, souvent cité en modèle de réforme du temps de travail. « Les Français ne savent pas que les Italiens ont supprimé leurs jours fériés catholiques dans les années 70, pour l’essentiel », a-t-il rappelé. Une décision qui, selon lui, a permis à l’Italie de maintenir un niveau de productivité plus élevé sans sacrifier la compétitivité de son économie. Ces propos visent à montrer que des ajustements, même symboliques, peuvent avoir un impact significatif sur le fonctionnement global du marché du travail.

Le 1er mai, un symbole à réinventer ?

Le débat sur le travail le 1er mai prend une dimension particulière cette année. Traditionnellement jour chômé en France, cette date reste associée à l’histoire sociale du pays, marquée par les luttes pour les congés payés et la réduction du temps de travail. Pourtant, comme le souligne Nicolas Dufourcq, le contexte a radicalement changé depuis l’instauration de cette fête. « Il ne faut pas oublier que le 1er mai a été à un moment où il n’y avait pas de congés payés. Maintenant, il y a cinq semaines », a-t-il rappelé, invitant à une remise en perspective de cette journée symbolique.

Cette réflexion s’inscrit dans un débat plus large sur la modernisation du modèle social français. Alors que d’autres pays européens ont progressivement adapté leur calendrier de travail aux réalités économiques contemporaines, la France reste attachée à des traditions qui, selon certains économistes, pourraient peser sur sa compétitivité. Le patron de Bpifrance n’appelle pas à supprimer le 1er mai comme jour chômé, mais suggère plutôt d’envisager des aménagements pour concilier tradition et efficacité économique.

Et maintenant ?

La question du temps de travail en France devrait rester au cœur des débats politiques et sociaux dans les mois à venir. Plusieurs pistes sont évoquées : une réforme des jours fériés, une modulation du temps de travail sur l’année, ou encore une refonte des 35 heures. Le gouvernement, qui a déjà reculé sur la question du 1er mai, pourrait être tenté d’adopter une approche progressive, en ciblant d’abord les secteurs les plus en tension. Reste à savoir si les partenaires sociaux parviendront à dépasser leurs divergences pour proposer un compromis viable. Une chose est sûre : la pression européenne, combinée à un contexte économique incertain, rendra ce débat inévitable d’ici la fin du quinquennat.

Quoi qu’il en soit, l’intervention de Nicolas Dufourcq a le mérite de rappeler une réalité souvent ignorée : la France, championne historique des droits sociaux, doit désormais composer avec un environnement où la compétitivité ne se décrète pas, mais se mesure en heures travaillées et en productivité. Autant dire que le débat est loin d’être clos.

Cette comparaison s’explique par la place centrale qu’occupe le temps de travail dans le débat sur la compétitivité des économies. Des études régulières, comme celles de l’OCDE ou d’Eurostat, classent les pays en fonction de leur temps de travail annuel moyen. La France, souvent en queue de peloton, est régulièrement pointée du doigt par les économistes et les institutions européennes, qui y voient un frein à la croissance. Cette question est d’autant plus sensible qu’elle touche à des acquis sociaux historiques, comme les 35 heures ou les jours fériés, ce qui rend toute réforme politiquement délicate.

Plusieurs options sont évoquées par les experts. La première consisterait à moduler le temps de travail sur l’année, avec des périodes de travail plus intenses suivies de temps de repos prolongés. Une autre piste serait de réduire le nombre de jours fériés, comme l’a fait l’Italie dans les années 1970, tout en compensant par des congés supplémentaires. Certains proposent également de repenser les 35 heures en les transformant en un quota annuel, permettant une plus grande flexibilité. Enfin, une réforme des retraites, avec un report progressif de l’âge légal, pourrait également contribuer à augmenter le temps de travail global de la population active.