Alors que le marché des poids lourds électriques prend son essor, une infographie virale met en avant la supériorité économique du Tesla Semi face à ses concurrents diesel. Selon Numerama, cette comparaison, largement partagée sur LinkedIn, promet des économies majeures : un coût journalier de 111 dollars pour le camion électrique contre 358 dollars pour un diesel, soit plus d’un million de dollars d’écart sur une décennie. Pourtant, ces chiffres ne résistent pas à l’analyse de Trevor Milton, figure controversée de l’industrie des camions « propres ».
Ancien patron de Nikola, une entreprise spécialisée dans les véhicules à hydrogène et en électrique, Milton a été condamné en 2022 pour fraude avant d’être gracié en 2025 par l’administration Trump. Depuis, il s’est reconverti dans l’aviation, mais son expertise dans le secteur des transports lourds reste reconnue – et ses critiques sur l’infographie Tesla Semi, publiées le 4 mai 2026 et relayées par Electrek, ont rapidement suscité l’intérêt. L’ex-patron dénonce des hypothèses trop optimistes, voire irréalistes, qui faussent la comparaison entre les deux technologies.
Ce qu'il faut retenir
- Une infographie virale sur LinkedIn annonce un coût journalier de 111 $ pour le Tesla Semi contre 358 $ pour un camion diesel, soit un écart de plus d’un million de dollars sur dix ans.
- Trevor Milton, ex-patron de Nikola et figure controversée, critique les hypothèses de cette comparaison, jugées irréalistes.
- Milton met en lumière des coûts omis dans l’infographie, comme les dépenses d’assurance plus élevées et les investissements nécessaires en infrastructures de recharge.
- L’infographie suppose un tarif de l’électricité à 0,15 $/kWh, une distance quotidienne fixe de 435 miles, et des coûts de maintenance sous-estimés.
- La production du Tesla Semi a bel et bien débuté, dans un contexte de hausse des prix des carburants qui alimente les comparaisons entre technologies.
Une infographie efficace, mais des hypothèses contestables
L’infographie en question, largement diffusée sur les réseaux sociaux, présente le Tesla Semi comme une solution économique imbattable face aux camions diesel. Selon ses données, le coût d’exploitation journalier s’élèverait à seulement 111 dollars pour le modèle électrique, contre 358 dollars pour un diesel classique. Sur une période de dix ans, cette différence représenterait plus d’un million de dollars d’économies, malgré un prix d’achat initial bien supérieur pour le véhicule de Tesla. Ces chiffres, s’ils se confirment, pourraient bouleverser le marché des transports lourds aux États-Unis, alors que les prix des carburants restent élevés.
Cependant, ces projections reposent sur des hypothèses que Trevor Milton juge largement optimistes. Parmi les points les plus critiqués : le tarif de l’électricité fixé à 0,15 $/kWh, un coût qui ne reflète pas toujours la réalité, notamment pour les recharges rapides destinées aux poids lourds. Dans certaines régions, le prix au kilowattheure peut être bien plus élevé, surtout lors des pics de demande. De même, l’infographie table sur un usage quotidien uniforme de 435 miles par jour, une standardisation qui ne tient pas compte des variations réelles d’exploitation des camions.
Des coûts annexes sous-estimés selon Milton
Outre les dépenses énergétiques, Trevor Milton souligne que l’infographie passe sous silence plusieurs postes de coûts essentiels. Par exemple, l’assurance des véhicules électriques est généralement plus élevée, en raison de leur valeur marchande souvent supérieure à celle des camions diesel. Pourtant, l’infographie attribue à tort un budget assurance inférieur de 35 000 $ pour le Tesla Semi. Autre point soulevé : l’usure accélérée des pneus. Le couple élevé des motorisations électriques, bien que performant, peut en effet accélérer la dégradation des pneumatiques, un coût rarement intégré dans les comparaisons.
Milton pointe également l’absence de prise en compte des investissements nécessaires en infrastructures de recharge. Tesla construit actuellement son propre réseau de stations dédiées aux Semi, mais ces infrastructures représentent un coût massif et un délai de déploiement non négligeable. Ces dépenses, bien que souvent subventionnées, devraient être intégrées dans toute analyse économique sérieuse. « Ces détails font toute la différence dans un secteur où chaque centime compte », a rappelé l’ex-patron, soulignant que l’équation économique du Semi est bien plus complexe qu’une simple comparaison de coûts énergétiques.
Un arbitre controversé, mais des questions légitimes
Si Trevor Milton n’est plus une figure incontestable du secteur – son passé judiciaire et ses mensonges passés à ses investisseurs ont fortement entaché sa crédibilité – ses critiques sur l’infographie Tesla Semi ne manquent pas de pertinence. Condamné en 2022 pour fraude, Milton a été gracié en 2025 par l’administration Trump, puis s’est lancé dans un nouveau projet dans l’aviation. Son profil sulfureux ne doit pas occulter le fait qu’il connaît parfaitement les rouages de l’industrie des transports lourds, et que ses remarques sur les failles des projections Tesla relèvent d’une analyse technique et économique.
Il n’en reste pas moins que les promesses de Tesla en matière de coûts ont souvent été suivies de déceptions. L’entreprise de Elon Musk a une réputation bien établie pour ses annonces ambitieuses, parfois difficiles à tenir dans les délais impartis. Avec le Semi, le constructeur californien mise sur une technologie révolutionnaire, mais les réalités opérationnelles – comme la durée de vie des batteries, les coûts de maintenance ou l’autonomie réelle – pourraient bien tempérer l’enthousiasme initial. Comme le rappelle Numerama, « l’équation économique est plus nuancée que ce que suggèrent certaines projections un peu optimistes ».
D’ici là, les infographies comparatives continueront de circuler, alimentant les discussions entre partisans et sceptiques du tout-électrique. Mais comme le rappelle Trevor Milton, « les détails font la différence ». Et c’est précisément sur ces détails que Tesla devra convaincre.