Le gouvernement thaïlandais relance un projet pharaonique de « pont terrestre » reliant la mer d’Andaman au golfe de Thaïlande, selon RFI. Ce mégaprojet, estimé à plus de 30 milliards d’euros, vise à contourner le détroit de Malacca, une voie maritime stratégique, mais il déchaîne les critiques dans les provinces du sud du pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet de pont terrestre estimé à 30 milliards d’euros pour relier la mer d’Andaman au golfe de Thaïlande
  • L’objectif affiché : éviter le détroit de Malacca, une route maritime majeure
  • Les populations locales du Sud dénoncent les risques pour leurs moyens de subsistance
  • Le projet s’appuie sur la crise autour du détroit d’Ormuz pour justifier sa relance

Un mégaprojet stratégique pour contourner une voie maritime sous tension

Avec un coût dépassant 30 milliards d’euros, le projet de « pont terrestre » thaïlandais ambitionne de relier la mer d’Andaman, sur la côte ouest, au golfe de Thaïlande, à l’est, en traversant l’isthme de Kra. « Ce projet permettrait à la Thaïlande de réduire sa dépendance vis-à-vis du détroit de Malacca, une route maritime essentielle mais vulnérable », a expliqué un haut responsable du ministère des Transports thaïlandais à RFI.

Le détroit de Malacca, emprunté chaque année par des dizaines de milliers de navires, est une artère commerciale cruciale pour le commerce mondial. Cependant, il est régulièrement menacé par des tensions géopolitiques, comme celles autour du détroit d’Ormuz, qui ont poussé Bangkok à remettre ce projet au goût du jour. « La crise actuelle montre à quel point il est risqué de dépendre d’une seule voie maritime », a souligné le même responsable.

Une opposition farouche dans les provinces du Sud

Dans les trois provinces du sud de la Thaïlande — Yala, Pattani et Narathiwat —, les habitants et les associations locales s’opposent fermement au projet. Leurs craintes ? La destruction de leurs moyens de subsistance, notamment l’agriculture et la pêche, ainsi que des risques environnementaux majeurs. « Ce pont va traverser des terres agricoles et des zones côtières fragiles », a déclaré Somsak Thamrongnawasawat, porte-parole d’une coalition d’associations locales, à RFI.

Les opposants craignent également que ce projet ne favorise une militarisation accrue de la région, déjà marquée par des décennies de conflit séparatiste. « Nous ne voulons pas d’un projet qui va aggraver les tensions ou déplacer des communautés », a ajouté Somsak Thamrongnawasawat. Les manifestations se multiplient depuis l’annonce officielle du projet en juin 2026, selon des sources locales.

Un projet aux enjeux économiques et géopolitiques majeurs

Pour ses défenseurs, le « pont terrestre » représenterait une révolution pour le commerce régional. « Ce projet pourrait réduire de moitié le temps de transit des marchandises entre l’océan Indien et le Pacifique », a affirmé Wichai Rojanasthien, économiste et conseiller du gouvernement, lors d’une conférence de presse en mai 2026. Selon ses estimations, le trafic maritime annuel dans le détroit de Malacca, actuellement de l’ordre de 80 000 navires, pourrait être partiellement redirigé vers cette nouvelle voie terrestre.

Cependant, les critiques soulignent le manque de transparence dans l’évaluation des impacts environnementaux et sociaux. « Les études d’impact ne sont pas encore finalisées, et les consultations avec les populations locales restent insuffisantes », a dénoncé Prapat Panyachatraksa, membre d’une ONG environnementale, dans les colonnes de RFI.

Et maintenant ?

Le gouvernement thaïlandais a annoncé qu’une étude de faisabilité serait lancée d’ici la fin de l’année 2026, avec un début des travaux prévu pour 2028 si les financements sont sécurisés. « Nous allons évaluer tous les aspects du projet avant de prendre une décision définitive », a précisé un porte-parole du ministère de l’Économie. Cependant, les opposants promettent de maintenir la pression, notamment via des recours juridiques et des mobilisations citoyennes.

Quoi qu’il en soit, ce projet, s’il aboutit, pourrait redessiner les routes commerciales de l’Asie du Sud-Est, tout en exacerbant les tensions dans une région déjà fragilisée. Une chose est sûre : la bataille autour du « pont terrestre » ne fait que commencer.

Le détroit de Malacca, situé entre la Malaisie et l’Indonésie, est l’une des voies maritimes les plus empruntées au monde. Chaque année, près de 80 000 navires l’utilisent pour relier l’océan Indien au Pacifique, transportant notamment du pétrole et des conteneurs. Une fermeture ou une perturbation de cette route aurait des répercussions majeures sur le commerce international, d’où l’intérêt de la Thaïlande pour une alternative terrestre.