Le groupe français Thales a annoncé, mardi 26 mai 2026, avoir mené avec succès des tirs d’essai de son nouveau lanceur de missiles longue portée, le X-Fire, depuis un site non précisé en France. Selon BFM Business, cette avancée technologique s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer les capacités européennes en matière de frappe terrestre, alors que le continent cherche à réduire sa dépendance face aux systèmes américains comme les Himars, largement déployés en Ukraine.
Le lanceur X-Fire, développé en collaboration avec le spécialiste de la défense Soframe, affiche une portée opérationnelle de 150 kilomètres et au-delà. Il est conçu pour intégrer une large gamme de munitions, qu’elles soient d’origine souveraine ou étrangère. Lors des essais, Thales a utilisé la roquette d’entraînement X-Fum de 68 mm, déjà éprouvée sur des plateformes telles que l’hélicoptère de combat Tigre. « Thales est le seul industriel à proposer cette roquette d’entraînement afin de permettre aux forces de s’approprier le lanceur dès à présent, dans le cadre d’une phase de transition », a souligné le groupe dans un communiqué.
Ce qu'il faut retenir
- Portée opérationnelle de 150 km pour le lanceur X-Fire, avec une capacité d’extension au-delà de cette distance.
- Développement conjoint avec Soframe, spécialiste français de la défense, pour ce système de frappe terrestre.
- Utilisation lors des essais de la roquette X-Fum de 68 mm, déjà validée sur des hélicoptères Tigre.
- Tirs d’essai réussis le 20 mai 2026, selon un communiqué de Thales publié avant l’ouverture de la Bourse de Paris.
- Un second essai majeur a eu lieu début mai avec un missile balistique FLP-T 150, développé avec ArianeGroup, promettant une entrée en service opérationnel d’ici 2030.
- Ces développements visent à concurrencer les systèmes Himars américains, dont l’efficacité a été démontrée en Ukraine.
Un lanceur conçu pour une frappe dans la profondeur
Le X-Fire s’inscrit dans une logique de frappe de précision à longue distance, un créneau où l’Europe cherche à affirmer son autonomie stratégique. « Ce tir réussi démontre la performance du lanceur et nous nous préparons, d’ores et déjà, à la montée en cadence de sa production », a déclaré Julien Assoun, vice-président véhicules et systèmes tactiques de Thales. Ce système s’ajoute à une série d’initiatives industrielles françaises et européennes visant à moderniser les arsenaux terrestres, alors que les conflits récents ont mis en lumière les limites de certaines capacités existantes.
L’enjeu est double : d’une part, réduire la dépendance aux équipements américains ou israéliens, et d’autre part, offrir aux forces européennes une solution souveraine et interopérable. Le X-Fire, avec sa modularité, pourrait ainsi équiper aussi bien les armées françaises que celles d’autres pays membres de l’OTAN, sous réserve de validation par les états-majors concernés.
Un missile balistique FLP-T 150 testé début mai
Quelques jours avant les essais du X-Fire, Thales et ArianeGroup ont annoncé, toujours selon BFM Business, le succès d’un tir d’essai pour leur missile balistique FLP-T 150 (frappe longue portée terrestre). Réalisé le 5 mai 2026 sur le site de l’île du Levant, dans le sud-est de la France, cet essai marque une étape clé vers une mise en service prévue en 2030. Le nom officiel de cette munition devrait être dévoilé lors du salon international de défense Eurosatory, qui se tiendra en juin 2026 à Paris.
Ce missile, conçu pour des frappes à plus de 150 km, s’inscrit dans la même logique que le X-Fire : offrir une capacité de frappe de précision tout en garantissant une souveraineté industrielle. « Ce tir réussi intervient quelques jours après celui de la munition balistique souveraine FLP-T 150 », a rappelé Thales dans son communiqué, confirmant l’accélération des programmes nationaux dans ce domaine.
L’Europe accélère face à la concurrence américaine
Ces avancées interviennent dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, où la capacité à frapper à longue distance devient un enjeu majeur. Les systèmes Himars américains, déployés massivement en Ukraine, ont en effet démontré leur efficacité, poussant les industriels européens à accélérer leurs propres programmes. En mai 2026, Safran et le missilier européen MBDA ont également annoncé avoir mené avec succès des tirs de leur roquette Thundart, capable d’atteindre des cibles à 150 km et dont la mise en service est également prévue pour 2030.
Ces trois systèmes – X-Fire, FLP-T 150 et Thundart – pourraient ainsi former un trio de solutions européennes pour contrer l’influence des Himars. Leur déploiement pourrait s’échelonner entre 2028 et 2030, sous réserve des calendriers industriels et des commandes étatiques. Pour l’heure, aucune information n’a été communiquée concernant des partenariats export ou des ventes potentielles à des pays tiers.
Ces développements s’inscrivent dans un mouvement plus large de réarmement européen, accéléré par la guerre en Ukraine et les incertitudes sur la politique américaine en matière de défense. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à combler le retard technologique et industriel face aux États-Unis et à la Chine, deux puissances qui dominent actuellement le marché des armements longue portée.
Le principal atout du X-Fire réside dans sa modularité et sa capacité à intégrer une large gamme de munitions, qu’elles soient souveraines ou étrangères. Contrairement à des systèmes spécialisés, il offre une flexibilité opérationnelle accrue, tout en garantissant une portée minimale de 150 km, adaptée aux besoins des forces modernes.
Thales n’a pas communiqué de calendrier précis pour les livraisons opérationnelles. Cependant, Julien Assoun a indiqué que la production serait montée en cadence dès 2026, laissant supposer des premières livraisons possibles d’ici 2028-2029, sous réserve des validations techniques et des commandes étatiques.