Le réalisateur américain Steven Soderbergh, connu pour ses incursions éclectiques dans des genres variés, revient au cinéma avec The Christophers, un film mêlant comédie et drame, centré sur les arcanes du marché de l’art et la complexité des relations humaines. The Christophers, écrit par Ed Solomon (scénariste de Men in Black et Charlie's Angels), sort en salles le 10 juin 2026, porté par un duo d’acteurs remarqués : Ian McKellen et Michaela Coel. Franceinfo - Culture revient sur cette œuvre où Soderbergh, fidèle à sa fascination pour les faussaires et les figures marginalisées, signe une critique acerbe des valeurs d’un milieu souvent opaque.
Ce qu'il faut retenir
- Réalisateur : Steven Soderbergh, après des incursions dans l’horreur (The Presence, 2024) et le thriller (The Insider, 2025).
- Acteurs principaux : Ian McKellen incarne Julian Sklar, un peintre oublié, et Michaela Coel joue Lori, une restauratrice ex-faussaire.
- Synopsis : Lori est engagée pour se faire passer pour l’assistante de Julian Sklar et terminer secrètement une série de toiles inachevées, The Christophers, afin de permettre à ses enfants d’en tirer profit.
- Genre : Comédie dramatique, avec une réflexion sur le marché de l’art et l’héritage artistique.
- Durée : 1h40. Distribution assurée par Dulac Distribution.
- Thèmes : La précarité des artistes, la cupidité des héritiers, et l’absurdité des cotes dans le monde de l’art.
Un cinéaste aux multiples facettes
Avec Steven Soderbergh, difficile de parler d’un style unique. Le réalisateur, qui a marqué le cinéma avec Erin Brockovich ou la trilogie Ocean’s, alterne depuis trois ans entre genres et formats. Après un film d’horreur (The Presence, 2024), un thriller d’espionnage (The Insider, 2025) et un documentaire sur John Lennon (John Lennon : The Last Interview), il se tourne vers une comédie dramatique centrée sur les travers du marché de l’art. The Christophers s’inscrit ainsi dans une filmographie où Soderbergh aime explorer les marges, qu’elles soient sociales, artistiques ou économiques. L’argent, souvent au cœur de ses intrigues, y est présenté comme une épée de Damoclès, un thème récurrent dans des œuvres comme Ocean’s Eleven ou Ma vie avec Liberace (2013).
Une intrigue mêlant faussaires et héritages douteux
L’histoire de The Christophers repose sur un scénario aussi original que cynique. Michaela Coel, dans le rôle de Lori, incarne une restauratrice de tableaux londonienne, ancienne faussaire de talent. Contactée par une ancienne connaissance de son école d’art et le frère de cette dernière, elle se voit proposer une mission peu conventionnelle : se faire passer pour l’assistante de Julian Sklar, un peintre autrefois mondialement célèbre, aujourd’hui reclus et misanthrope. Les deux complices espèrent ainsi récupérer un héritage juteux en faisant achever par Lori une série de toiles inachevées, The Christophers, troisième volet d’une œuvre qui a fait la gloire de Sklar. Une entreprise risquée, mais potentiellement lucrative.
Le film prend soin d’expliquer les motivations de Lori, dont le passé de faussaire est évoqué avec subtilité. Son acceptation, bien que réticente, ouvre la porte à une rencontre aussi improbable qu’instructive avec Julian Sklar, interprété avec une verve inoubliable par Ian McKellen. Ce dernier campe un personnage acariâtre, prisonnier de sa propre légende, incapable de peindre mais obsédé par son héritage. Un portrait à la fois drôle et pathétique, où la cupidité des enfants du peintre contraste avec sa propre déchéance.
Un duo d’acteurs au service d’une satire mordante
Ce qui frappe dans The Christophers, c’est l’alchimie entre Ian McKellen et Michaela Coel. Le premier, figure du cinéma britannique, incarne à la perfection ce vieil artiste rongé par l’amertume et l’ego, tandis que la seconde apporte une énergie contemporaine et une finesse comique typiquement britannique. Leur dynamique, à la fois antagoniste et complémentaire, sert une intrigue où les dialogues cinglants et les tirades baroques sur le monde de l’art tiennent une place centrale. The Christophers ne se contente pas d’être une comédie : il offre une réflexion fine sur les affrontements générationnels, nourris par la rancœur de celui qui fut une star et par les désillusions d’une artiste qui n’a jamais pu vivre de son art.
Le film de Soderbergh et Solomon évite l’écueil du mélodrame grâce à une écriture précise, où chaque révélation sur les personnages se dévoile lentement, comme un puzzle. Les spectateurs découvrent peu à peu les failles de Julian Sklar et les motivations cachées de Lori, rendant leur relation d’autant plus captivante qu’elle semble, au premier abord, improbable.
Le marché de l’art, cible privilégiée de Soderbergh
Au-delà de son intrigue, The Christophers s’inscrit dans une veine critique chère à Soderbergh. Le réalisateur s’attaque ici aux dérives d’un marché où la valeur d’une œuvre dépend moins de sa beauté que du nom de l’artiste qui l’a signée. Une absurdité que le film illustre à travers le personnage de Julian Sklar, dont la cote a chuté avec son talent, mais dont les toiles, une fois terminées par une faussaire, pourraient soudainement prendre une valeur inestimable. Une satire qui rappelle que, dans le monde de l’art comme ailleurs, l’argent reste le nerf de la guerre.
Cette critique, bien que mordante, reste ancrée dans une réalité que beaucoup d’artistes contemporains connaissent : celle de vivre dans un système où la précarité est la norme, et où la reconnaissance tarde souvent à venir. Soderbergh, qui a lui-même été confronté aux aléas du financement des projets, donne ici une voix à ceux que le marché oublie, tout en soulignant l’hypocrisie d’un milieu qui célèbre les faussaires tant qu’ils servent ses intérêts.
Avec The Christophers, Steven Soderbergh confirme son statut de cinéaste inclassable, capable de passer du thriller au drame intimiste sans jamais perdre de vue ses obsessions. Le film, entre comédie britannique et satire sociale, offre une réflexion universelle sur la création, l’héritage et la valeur – qu’elle soit artistique ou monétaire. Une œuvre qui, comme ses prédécesseurs, mérite d’être vue et discutée.
Le film est réalisé par Steven Soderbergh, tandis que le scénario est écrit par Ed Solomon, connu notamment pour Men in Black et Charlie's Angels.
Michaela Coel incarne le personnage de Lori, une restauratrice de tableaux londonienne, ancienne faussaire, qui se fait engager pour terminer une série de toiles inachevées sous une fausse identité.