Présenté en mai 2025 à Cannes dans la sélection Un certain regard, The Plague, le premier long-métrage de Charlie Polinger, a été récompensé à l’automne suivant au Festival du cinéma américain de Deauville, où il a obtenu le Grand Prix ainsi que le Prix de la critique. Une distinction notable pour un premier film, salué pour sa vision crue et immersive de l’adolescence masculine.
Ce qu'il faut retenir
- Réalisateur : Charlie Polinger, jeune diplômé de l’American Film Institute Conservatory.
- Récompenses : Grand Prix et Prix de la critique au Festival de Deauville 2025.
- Contrat en or : Le studio A24 a acquis les droits de son prochain film, une adaptation d’Edgar Allan Poe.
- Distribution : Joel Edgerton, Everett Blunck et Elliott Effernan figurent au casting.
- Sortie en salles : Le thriller sort le 3 juin 2026 en France, distribué par Originals Factory.
- Synopsis : Dans un camp d’été en Californie, une rumeur de « peste » transforme un groupe de jeunes garçons en bourreaux impitoyables.
Un thriller adolescent aussi glaçant qu’innovant
Avec The Plague, Charlie Polinger signe un premier long-métrage qui explore, sous l’angle du thriller psychologique, les mécanismes de l’exclusion et de la violence entre adolescents. Tourné en 2025 et inspiré en partie par son propre journal intime d’adolescent, le film plonge le spectateur dans l’univers étouffant d’un camp de water-polo en Californie, où les règles sociales sont aussi cruelles que tacites. Autant dire que le réalisme des scènes, qu’il s’agisse des vestiaires ou des bassins, sert une atmosphère où la peur de l’autre devient une véritable obsession collective.
Le film s’inscrit dans une veine proche de « Sa Majesté des mouches », ce classique de William Golding adapté au cinéma par Peter Brook en 1963. Comme dans le roman, l’absence d’adultes compétents laisse libre cours à la loi du plus fort. Pourtant, Polinger évite le piège de la simple transposition : ici, l’île déserte est remplacée par un complexe aquatique, et les jeux d’enfants dégénèrent en une chasse aux boucs émissaires où la moindre différence — un eczéma, une timidité — devient prétexte à la cruauté.
Une esthétique du malaise et du body-horror
Dès ses premières minutes, The Plague impose une esthétique visuelle marquée par le body-horror, ce sous-genre du cinéma d’horreur qui exploite les transformations ou les altérations du corps pour susciter l’effroi. Charlie Polinger pousse le concept plus loin en l’appliquant à la construction de l’identité masculine. Une scène clé illustre cette approche : une plongée dans le bassin de water-polo, où la caméra, immergée, ne montre que les jambes des nageurs. Ce choix technique, à la fois ludique et angoissant, illustre la manière dont le réalisateur immerge le spectateur dans l’expérience des personnages, comme s’il nageait à leurs côtés.
Autre moment marquant : une mutilation, filmée avec un réalisme brut qui renforce le malaise. Selon les critiques, cette séquence rappelle l’approche de réalisatrices comme Coralie Fargeat — notamment dans The Substance — mais Polinger l’utilise ici pour interroger les dérives de la masculinité toxique et les pressions sociales pesant sur les jeunes garçons. Le résultat est un film où l’horreur ne vient pas seulement des actes commis, mais de la façon dont ils révèlent les failles de ceux qui les commettent.
« Je voulais explorer la violence et la vulnérabilité de l’enfance d’une manière inédite. De nombreux films consacrés au passage à l’âge adulte, en particulier aux garçons, penchent du côté de la comédie ou de la nostalgie. Mais pour moi, l’âge de 12 ans ressemblait davantage à un enfer d’anxiété sociale. »
— Charlie Polinger, réalisateur de The Plague, selon Franceinfo - Culture.
Une ascension fulgurante pour un primo-réalisateur
À seulement 30 ans, Charlie Polinger n’avait même pas de page Wikipedia à son nom avant l’annonce de The Plague. Pourtant, son premier long-métrage a déjà marqué le paysage cinématographique. Après sa présentation à Cannes, le film a enchaîné les distinctions : le Grand Prix de Deauville et le Prix de la critique. Un palmarès qui a convaincu le studio A24, spécialisé dans les productions audacieuses, de lui confier son deuxième projet : une adaptation de la nouvelle « Le Masque de la mort rouge » d’Edgar Allan Poe. Le casting de ce futur film inclut des noms prestigieux comme Mikey Madison (Scream) et Léa Seydoux, confirmant l’intérêt croissant pour ce jeune réalisateur.
Ce contrat marque une étape clé pour Polinger, qui passe en quelques mois du statut de jeune inconnu à celui de réalisateur courtisé. Pour The Plague, il a choisi un casting composé de jeunes acteurs peu connus — dont Joel Edgerton, Everett Blunck et Elliott Effernan — afin de renforcer l’authenticité des personnages et éviter tout effet de distanciation.
Un film à voir, à débattre, et à analyser
Avec une durée d’1h35 et une interdiction aux moins de 12 ans, The Plague se positionne comme un film accessible mais exigeant. Son réalisme cru et sa tension permanente en font une œuvre qui ne laisse pas indifférent. Certains spectateurs pourraient le comparer à des films comme « Elephant » de Gus Van Sant ou « The Way Way Back », mais Polinger apporte une touche personnelle, mêlant horreur sociale et coming-of-age.
Le film sortira en salles le 3 juin 2026 en France, distribué par Originals Factory. D’ici là, les critiques et le public auront eu le temps de se forger une opinion sur ce premier long-métrage qui, visiblement, ne laisse personne indifférent.
Reste à voir comment le public français, souvent réticent aux films classés interdit -12 ans, accueillera cette plongée dans l’adolescence la plus sombre. Une chose est sûre : avec The Plague, Charlie Polinger a signé un film qui, s’il divise, ne laisse personne indifférent.
Le film contient des scènes de violence psychologique et physique entre adolescents, ainsi que des thèmes matures comme le harcèlement, l’exclusion et la construction de l’identité masculine. Ces éléments, bien que traités avec réalisme plutôt qu’avec excès, justifient le classement interdit -12 ans en France.