Dans une chronique publiée par Le Monde – Politique, l’économiste Thomas Piketty esquisse une stratégie pour la gauche en amont de la campagne présidentielle de 2027. Il suggère de s’appuyer sur le modèle de l’impôt de solidarité nationale (ISN) créé en 1945 pour proposer aux Français, via un référendum, une taxation renforcée des plus fortunés. Selon lui, cette mesure pourrait mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros de recettes supplémentaires pour l’État.
Cette proposition s’inscrit dans un contexte de fragmentation de la gauche française, où les divergences programmatique freinent toute dynamique unitaire. Pour Piketty, l’adoption d’un ISN par référendum permettrait de clarifier les positions des différents partis et de fédérer les électeurs autour d’un projet commun, tout en répondant à l’enjeu de la justice fiscale.
Ce qu'il faut retenir
- Une proposition inspirée de l’ISN de 1945, un impôt exceptionnel créé après la Seconde Guerre mondiale pour réduire les inégalités et financer la reconstruction.
- Un appel à un référendum national pour légitimer la mesure et éviter les blocages parlementaires.
- Un potentiel de 800 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires, selon les estimations de Thomas Piketty.
- Une stratégie visant à unifier la gauche en vue de la présidentielle de 2027, alors que les divisions persistent entre les différents courants.
L’ISN de 1945, un précédent historique mobilisé par Piketty
L’économiste s’appuie sur l’expérience de l’impôt de solidarité nationale instauré en 1945, une mesure temporaire mais symbolique. À l’époque, cet impôt avait pour objectif de taxer les grandes fortunes et les héritages afin de financer la reconstruction du pays après la guerre. Thomas Piketty rappelle que cette initiative avait permis de mobiliser des ressources colossales, tant par son ampleur que par son acceptation sociale.
En s’inspirant de ce modèle, il propose une version moderne et pérenne, adaptée aux enjeux économiques actuels. Pour lui, la mise en place d’un tel dispositif par référendum renforcerait sa légitimité démocratique et éviterait les débats stériles au Parlement.
Un outil pour fédérer une gauche divisée
La gauche française traverse une période de tensions internes, entre les sociaux-démocrates, les écologistes et les insoumis. Piketty estime qu’un projet fédérateur comme l’ISN pourrait servir de plateforme commune. Il souligne que cette mesure permettrait de « clarifier les positions » des différents partis et de « unir leurs forces » face à un électorat en quête de justice sociale.
Le choix du référendum n’est pas anodin : il s’agit de contourner les clivages politiques traditionnels et de donner la parole directement aux citoyens. Cette approche rejoint d’autres initiatives récentes où des responsables politiques misent sur la démocratie directe pour trancher des sujets clivants.
Un gain fiscal estimé à 800 milliards d’euros
Selon les calculs de Thomas Piketty, la mise en œuvre d’un ISN moderne pourrait générer jusqu’à 800 milliards d’euros de recettes supplémentaires pour l’État. Ce montant repose sur une taxation ciblée des 1 % des ménages les plus riches, dont les patrimoines et revenus ont fortement augmenté ces dernières décennies.
Le montant exact dépendrait des modalités de calcul et du seuil d’imposition retenu. Toujours est-il que, pour Piketty, ces recettes seraient indispensables pour financer des services publics de qualité, réduire la dette ou investir dans la transition écologique. Il précise que cette estimation s’appuie sur des travaux antérieurs, notamment ceux menés par l’Observatoire européen des inégalités.
Pour rappel, Thomas Piketty est un économiste reconnu pour ses travaux sur les inégalités et la fiscalité. Ses propositions ont souvent fait débat, mais elles contribuent à façonner les discussions économiques en France.