D’ici la fin de l’année 2026, près de 114 000 milliards de dollars d’actifs traditionnels pourraient être tokenisés, selon les projections du Depository Trust & Clearing Corporation (DTCC). Ce projet, dévoilé par Journal du Coin, s’inscrit dans une stratégie globale visant à moderniser les infrastructures financières en intégrant les technologies blockchain.

Ce qu'il faut retenir

  • Le DTCC ambitionne de tokeniser 114 000 milliards de dollars d’ici fin 2026, selon ses estimations.
  • Cette initiative s’appuie sur des expérimentations en cours depuis 2024, notamment avec des actifs comme les obligations d’État ou les produits dérivés.
  • Les objectifs incluent une réduction des coûts de transaction et une amélioration de la liquidité sur les marchés secondaires.
  • Plusieurs acteurs majeurs du secteur financier, dont JPMorgan et Goldman Sachs, participent aux tests techniques.
  • La tokenisation pourrait s’étendre aux matières premières et aux immobilisations d’ici 2027.

Un projet ambitieux porté par le DTCC

Le DTCC, principal organisme de compensation et de règlement-livraison aux États-Unis, a détaillé les contours de son projet lors d’une conférence sectorielle tenue la semaine dernière. Murray Pozmanter, responsable des solutions innovantes au sein du DTCC, a indiqué que « l’objectif est de créer un écosystème interopérable permettant de représenter des actifs traditionnels sous forme de tokens ». Autrement dit, il s’agit de convertir des obligations, des actions ou encore des produits structurés en actifs numériques, traçables et échangeables via des registres distribués.

Selon les premières simulations, cette tokenisation pourrait concerner jusqu’à 30 % des actifs actuellement échangés sur les marchés traditionnels d’ici 2026. Les secteurs les plus concernés seraient ceux des obligations d’État, des produits de crédit et des fonds monétaires. « Nous travaillons en étroite collaboration avec la SEC et la CFTC pour garantir la conformité réglementaire », a précisé Pozmanter.

Des bénéfices attendus, mais des défis persistants

Les promoteurs de ce projet mettent en avant plusieurs avantages. D’abord, la réduction des coûts de transaction, estimés aujourd’hui à plusieurs milliards de dollars annuels pour les intermédiaires. Ensuite, l’amélioration de la liquidité, notamment pour les actifs peu échangés comme certaines obligations corporate. Enfin, une transparence accrue grâce à la traçabilité des transactions sur blockchain.

Cependant, des obstacles subsistent. « La principale difficulté réside dans l’interopérabilité entre les différentes blockchains et les systèmes traditionnels », a souligné un responsable d’une grande banque américaine impliquée dans les tests. Par ailleurs, la question de la régulation reste prégnante, notamment pour les actifs tokenisés considérés comme des valeurs mobilières. Des discussions sont en cours avec les régulateurs européens et américains pour harmoniser les cadres juridiques.

Un calendrier serré et des acteurs clés mobilisés

Le DTCC a déjà mené plusieurs expérimentations en 2024 et 2025 avec des partenaires comme JPMorgan, Goldman Sachs et Fidelity. Ces tests ont porté sur la tokenisation de dettes souveraines et de produits dérivés, avec des résultats jugés « concluants » par les participants. « Nous prévoyons de généraliser ces solutions d’ici le troisième trimestre 2026 », a déclaré un porte-parole de JPMorgan.

Outre les banques, des fintechs spécialisées dans la tokenisation, comme Securitize ou Ondo Finance, sont également associées au projet. Leur rôle consistera à développer les interfaces permettant aux investisseurs institutionnels et particuliers d’accéder à ces nouveaux actifs. « L’enjeu est de rendre cette technologie accessible sans sacrifier la sécurité », a expliqué un représentant d’Ondo Finance.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances clés sont attendues d’ici la fin 2026. Une première vague de tokenisation devrait être déployée dès le premier trimestre pour les obligations d’État américaines, suivie d’une extension progressive aux autres actifs. Les régulateurs, de leur côté, devraient publier des lignes directrices plus précises d’ici la mi-2026, notamment sur la qualification juridique des tokens. Enfin, l’adoption massive dépendra aussi de la capacité des infrastructures traditionnelles à s’adapter, ce qui pourrait prendre plusieurs années.

Si ce projet aboutit, il pourrait marquer un tournant dans l’histoire financière, en rapprochant les mondes traditionnel et crypto. Reste à voir si les promesses de réduction des coûts et d’efficacité seront tenues, ou si les défis techniques et réglementaires freineront cette révolution en marche.

Selon le DTCC, les obligations d’État, les produits de crédit et les fonds monétaires seront les premiers concernés. À plus long terme, les matières premières et les immobilisations pourraient également être tokenisées, comme l’a indiqué Murray Pozmanter lors de la conférence sectorielle.