Selon BFM Business, le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, n’a pas écarté l’hypothèse d’un rachat des stations-service françaises de Shell, son concurrent historique. Dans une interview accordée au Figaro, il a répondu positivement à cette possibilité, tout en soulignant que l’opération dépendrait du prix et de l’avis de l’Autorité de la concurrence.
Ce qu'il faut retenir
- Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, évoque ouvertement un éventuel rachat des 60 stations Shell en France, selon BFM Business et Le Figaro.
- L’opération, si elle aboutit, concernerait environ 100 sites (autoroutes et villes) et une quarantaine de salariés sur les 300 employés de Shell en France.
- TotalEnergies, déjà présent à hauteur de 25 % du marché français, est critiqué pour ses pratiques de plafonnement des prix, jugées inégalitaires par ses concurrents.
- Le groupe réalise un bénéfice record de 4,96 milliards d’euros au premier trimestre 2026, en hausse de 51 % sur un an, un résultat lié à la crise au Moyen-Orient.
- Patrick Pouyanné dénonce un « débat politique outrancier » sur ses bénéfices, affirmant que ces critiques ignorent les efforts de l’entreprise, comme le plafonnement des prix sur le carburant.
Un rachat des stations Shell en France sur la table
Patrick Pouyanné a confirmé dans les colonnes du Figaro que TotalEnergies étudiait la possibilité de racheter les stations-service françaises de Shell. « Pourquoi pas ! », a-t-il lancé, répondant ainsi à des rumeurs persistantes depuis plusieurs semaines. Cependant, il a immédiatement tempéré son enthousiasme en précisant que tout dépendrait de deux critères : « le prix et ce qu’en pensera l’Autorité de la concurrence ».
Selon les informations des Échos, rapportées par BFM Business, cette opération permettrait à TotalEnergies de récupérer environ 60 sites sur autoroutes et une quarantaine de salariés sur les 300 employés que compte Shell en France. Ce rachat s’inscrirait dans une stratégie d’expansion du groupe, déjà dominant sur le marché français avec une part de marché de 25 %.
Des critiques récurrentes sur les pratiques commerciales de TotalEnergies
Le géant français est régulièrement accusé de verrouiller le marché grâce à des pratiques commerciales agressives, notamment le plafonnement des prix des carburants, imposé depuis plusieurs mois. Ce dispositif, unique au monde selon Pouyanné, est mis en place « dans un seul pays : la France ». Pourtant, les concurrents dénoncent une mesure impossible à suivre pour les plus petits acteurs, qui peinent à rivaliser avec un groupe capable de proposer des tarifs subventionnés temporairement.
Les tensions se sont encore accentuées depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a récemment demandé le retrait de la Légion d’honneur de Patrick Pouyanné, l’accusant d’être un « profiteur de crise » et dénonçant un « odieux chantage » après ses menaces de lever le plafonnement des prix si le groupe était taxé sur ses « superprofits ».
Des bénéfices records au cœur de la polémique
Au premier trimestre 2026, TotalEnergies a enregistré un bénéfice net de 4,96 milliards d’euros, en progression de 51 % sur un an. Un résultat largement attribué à la flambée des prix du carburant, elle-même liée à la crise géopolitique au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz, un point de passage stratégique pour le transport maritime de pétrole. Ce chiffre a relancé les débats sur la taxation des « superprofits » des grands groupes énergétiques.
« Ce qui me choque le plus, et je parle au nom de nos 35 000 salariés français, c’est quand j’entends que nos bénéfices tombent du ciel, que nous n’avons rien à faire pour les encaisser. »
— Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, dans une interview au Figaro.
Le patron du groupe a défendu la légitimité de ces profits, arguant que TotalEnergies fournissait des « efforts » pour limiter l’impact sur les consommateurs, comme le maintien du plafonnement des prix en juin. « C’est un effort conséquent. Nous sommes le seul groupe pétrolier au monde à avoir mis en place un plafonnement et nous le faisons dans un seul pays, la France. Ce n’est pas anodin », a-t-il souligné.
Un approvisionnement garanti, mais à quel prix ?
Face aux craintes de pénurie, Patrick Pouyanné a tenu à rassurer : « Il n’y aura pas de pénurie en France », même s’il a précisé que « la non-pénurie aura un prix ». Le patron a également rappelé que le marché mondial ne produisait plus que 90 millions de barils par jour (contre 100 millions habituellement), en raison du conflit, ce qui explique en partie la hausse des cours. Pour lui, TotalEnergies tente de contenir cette dynamique via son plafonnement, malgré un contexte extrêmement tendu.
Cette affaire illustre les défis auxquels font face les grands groupes énergétiques, pris entre la nécessité de préserver leurs marges et les pressions croissantes des pouvoirs publics et de l’opinion publique, surtout dans un contexte de crise économique et géopolitique.
Un tel rachat renforcerait encore la position de TotalEnergies, déjà leader avec 25 % du marché. Les concurrents, notamment les indépendants, pourraient voir leur part de marché se réduire davantage, surtout si le plafonnement des prix se poursuit. L’Autorité de la concurrence devra évaluer les risques de position dominante avant de valider l’opération.
Les résultats records de 4,96 milliards d’euros au premier trimestre 2026 s’expliquent principalement par la flambée des prix du carburant, elle-même liée à la crise au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz. Le marché mondial produit environ 10 % de moins de barils par jour, ce qui maintient les cours à un niveau élevé. TotalEnergies, comme ses concurrents, en profite mécaniquement.