« Aujourd’hui, faire tourner un hôtel, un café ou un restaurant en Corse devient parfois intenable », a déclaré César Filippi, président du Groupement des hôtelleries et restaurations de France (GHR Corsica), selon BFM Business. Face à une accumulation de difficultés structurelles, les acteurs du tourisme insulaire appellent à des mesures d’urgence, plutôt qu’à une simple « compassion économique ».

Le secteur, qui représente 41 % de l’activité économique de l’île, voit sa santé se dégrader rapidement. Entre l’explosion des coûts d’exploitation, les difficultés de recrutement, la crise du logement des salariés, la hausse des prix du transport aérien depuis le continent, les annulations de vols ou encore la concurrence déloyale des meublés touristiques, les professionnels dénoncent un environnement de plus en plus hostile. Une situation qui menace directement l’équilibre économique de l’ensemble de l’île, où le pouvoir d’achat s’affaiblit.

Ce qu'il faut retenir

  • 41 % de l’activité économique de la Corse dépend du tourisme, selon les dernières données disponibles.
  • Les entreprises du secteur font face à une hausse de 36,3 % des radiations d’entreprises en 2025 et 12,6 % d’entreprises en difficulté supplémentaire.
  • Près de 600 000 lits touristiques marchands et non marchands sont proposés en Corse, contre seulement 180 000 lits hôteliers, créant une concurrence déséquilibrée.
  • Les professionnels réclament une régulation des meublés touristiques, une stabilisation des coûts aériens et un soutien au logement des salariés.
  • Ils demandent à l’État de classer le tourisme corse comme secteur stratégique national et de lancer une campagne de promotion nationale.

Un modèle économique mis à mal par des coûts insoutenables

Pour César Filippi, les difficultés actuelles sont le résultat d’une accumulation de facteurs externes et internes. « Nos entreprises continuent d’investir, d’embaucher et de faire vivre nos territoires, mais sans réponses concrètes sur les transports, le logement des salariés ou la concurrence déloyale des meublés touristiques, c’est tout notre modèle économique qui est menacé », a-t-il expliqué. Les coûts d’exploitation ont fortement augmenté, tandis que la capacité à attirer une clientèle fidèle s’amenuise, en partie à cause de la hausse des prix des billets d’avion et des annulations de vols en provenance du continent.

Côté recrutement, le secteur souffre d’un manque criant de main-d’œuvre, aggravé par la crise du logement pour les salariés. « Comment attirer des employés si les logements accessibles sont introuvables ? » s’interroge le président du GHR Corsica. Les professionnels soulignent que ces problèmes ne sont pas nouveaux, mais qu’ils atteignent aujourd’hui un seuil critique, mettant en péril la pérennité de nombreux établissements.

Une concurrence déloyale qui fausse le marché

Le GHR Corsica pointe du doigt la concurrence des meublés touristiques, qui représentent désormais près de 600 000 lits, contre seulement 180 000 lits hôteliers. Selon les professionnels, cette situation crée un déséquilibre majeur, à la fois fiscal, social et réglementaire. « Les règles ne sont pas les mêmes pour tous, et cela pénalise lourdement les hôtels, cafés et restaurants qui respectent leurs obligations », a dénoncé Catherine Quérard, présidente nationale du GHR. Elle a rappelé que « la Corse n’a pas besoin de compassion économique. Elle a besoin de décisions. »

Les acteurs du secteur demandent une régulation plus stricte des meublés touristiques, dans le cadre de la loi Le Meur, qui prévoit des outils pour encadrer ce marché. Ils souhaitent également que les mêmes règles s’appliquent à tous les acteurs du tourisme et de la restauration, notamment en matière de vente d’alcool, de licences et d’obligations sociales et fiscales. « Il faut des règles équitables, de la stabilité et les moyens de continuer à travailler », a insisté Catherine Quérard.

Des demandes précises pour sauver un secteur stratégique

Face à cette situation, le GHR Corsica a formulé plusieurs revendications prioritaires. En premier lieu, une true régulation des meublés touristiques, afin de rétablir un équilibre concurrentiel. Les professionnels demandent également des engagements clairs des compagnies aériennes pour garantir les dessertes vers la Corse sans inflation des prix des billets. Ils réclament aussi des mesures pour faciliter l’accès au logement des salariés, comme la possibilité de récupérer la TVA sur les dépenses engagées pour créer ou aménager des logements dédiés, sur le modèle de dispositifs existants dans d’autres secteurs.

Enfin, ils appellent l’État à classer le tourisme corse comme un secteur stratégique national et à lancer rapidement une campagne nationale de promotion de la destination. « Lorsque le tourisme corse souffre, c’est toute l’économie insulaire qui vacille », a rappelé Catherine Quérard. Une prise de conscience s’impose, selon les professionnels, pour éviter un effondrement en cascade.

Une économie insulaire fragilisée par la dégradation du secteur

Les chiffres publiés par le GHR Corsica illustrent l’ampleur de la crise. En 2025, le nombre de radiations d’entreprises a bondi de 36,3 %, tandis que celui des entreprises en difficulté a augmenté de 12,6 %. Ces données confirment une tendance de fond : la dégradation de la situation économique des établissements touristiques a des répercussions sur l’ensemble de l’île. Les professionnels rappellent que le tourisme ne concerne pas uniquement les hôtels ou les restaurants, mais aussi les commerces locaux, les transports et les services annexes.

« Le tourisme est le poumon économique de la Corse. Si nous ne réagissons pas maintenant, les conséquences seront dramatiques pour des milliers de familles », a souligné César Filippi. Les acteurs du secteur estiment que sans une intervention rapide de l’État et des collectivités locales, le risque est réel de voir disparaître des pans entiers de l’économie insulaire, avec des conséquences sociales et territoriales lourdes.

Et maintenant ?

Les professionnels du tourisme corse attendent désormais des réponses concrètes de la part des pouvoirs publics. Une réunion est prévue d’ici la fin du mois de juin avec les représentants de l’État et des collectivités locales pour discuter des mesures à mettre en place. Les acteurs du secteur espèrent que les engagements pris aboutiront à des décisions rapides, notamment sur la régulation des meublés touristiques et la stabilisation des coûts aériens. Bref, l’enjeu est de taille : sauver un secteur clé pour éviter un effondrement économique en cascade.

Côté institutions, la balle est désormais dans le camp des décideurs. Les professionnels ont clairement indiqué qu’ils ne se contenteraient plus de déclarations de principe. « Nous avons besoin d’actes, pas de discours », a conclu Catherine Quérard. L’été 2026 pourrait ainsi devenir un tournant pour le tourisme corse, entre espoirs de redressement et risques d’aggravation de la crise.

La loi Le Meur, adoptée en 2023, vise à encadrer le marché des locations touristiques en France. Elle donne aux communes et aux départements des outils pour réguler les meublés touristiques, notamment via des obligations d’enregistrement, des quotas ou des sanctions en cas de non-respect des règles. En Corse, son application pourrait permettre de limiter la prolifération des locations illégales et de rétablir un équilibre concurrentiel entre les hôtels et les plateformes de location entre particuliers.

Les compagnies aériennes justifient la hausse des tarifs par l’augmentation des coûts du kérosène, des taxes et de la demande post-pandémie. Cette inflation rend les voyages vers la Corse moins accessibles pour de nombreux Français, ce qui se traduit par une baisse de la fréquentation touristique. Les professionnels du secteur estiment que cette situation aggrave la crise, car elle décourage les clients potentiels et réduit les marges des établissements.