Alors que le surtourisme pousse plusieurs destinations européennes à durcir leur législation pour préserver leur cadre de vie, les comportements des touristes font l’objet d’évaluations de plus en plus précises de la part des populations locales. Selon Courrier International, qui s’appuie sur des témoignages de professionnels du tourisme et de résidents en France, Grèce, Espagne et Italie, les Britanniques, souvent pointés du doigt pour leurs excès, ne sont pas systématiquement les pires vacanciers – loin s’en faut.
Ce qu'il faut retenir
- Les touristes britanniques sont globalement appréciés en France pour leur politesse et leur discrétion, mais critiqués en Espagne pour leurs débordements alcoolisés.
- Les Allemands suscitent des avis très contrastés, entre rigueur et stéréotypes liés à leur histoire, notamment en Grèce.
- Les Espagnols sont perçus comme des vacanciers bruyants mais bienveillants, tandis que les Italiens divisent selon leur rapport à la culture locale.
- Les Chinois et les Américains sont à la fois admirés pour leur pouvoir d’achat et critiqués pour leur manque de respect des usages locaux.
- Les Français sont parfois perçus comme arrogants, mais leur romantisme et leur générosité en pourboires sont salués dans certains pays.
Cette enquête, menée auprès d’experts installés dans quatre pays européens – France, Grèce, Espagne et Italie –, révèle une réalité bien plus nuancée que les clichés habituels. Les stéréotypes nationaux jouent un rôle clé dans la perception des touristes, mais les comportements individuels pèsent aussi lourd, sinon plus, que la nationalité.
Les Britanniques, entre politesse et excès alcoolisés
En France, les touristes britanniques bénéficient d’une image plutôt positive. Leur politesse et leur discrétion sont souvent soulignées, comme le confirme Danaé Pestel, responsable d’un office de tourisme dans le Var : « Ils posent des questions timidement, comme s’ils ne voulaient pas déranger ». Leur respect des traditions locales et leur goût pour la culture – à condition de trouver une bouilloire et du thé dans leur chambre – en font des clients appréciés. « Ils adorent les jardins et les châteaux, mais n’aiment pas Emmanuel Macron ! », ironise Bernard Legal, du château de Chantore en Normandie. Leur générosité financière, notamment dans les bars et restaurants, est également saluée.
Cependant, leur méconnaissance de la langue française agace certains professionnels. « Un Anglais qui sait dire *bonjour* et *au revoir* se croit bilingue », déplore un employé d’un office de tourisme du Nord. En Espagne, en revanche, leur réputation est tout autre. Entre enterrements de vie de garçon débridés et consommation d’alcool excessive, les Britanniques sont souvent perçus comme les pires touristes. « Beaucoup oublient qu’ici, des gens vivent aussi », regrette un propriétaire de bar à Barcelone. En Grèce, les avis sont partagés : certains louent leur politesse, tandis que d’autres dénoncent leur manque de franchise après un séjour, préférant se plaindre sur Tripadvisor plutôt que de s’exprimer directement.
Les Allemands, entre rigueur et stigmates historiques
En France, les Allemands sont généralement bien vus pour leur ponctualité et leur respect des règles. « Ce sont des gens rigoureux, qui n’aiment pas l’approximation », explique un restaurateur de la Côte d’Azur. Leur recherche du meilleur rapport qualité-prix et leur discrétion sont des atouts majeurs. « En général, ce sont les hôtes que je préfère », confie Bernard Legal. Pourtant, certains stéréotypes persistent, comme leur tendance à emporter des réserves de fromage pour leurs pique-niques.
En Grèce, l’histoire pèse lourd dans les relations touristiques. « Quand j’ai acheté ma maison en Crète dans les années 1990, des habitants me tournaient le dos en apprenant que j’étais allemand », raconte Klaus Werner, originaire de Munich. Les critiques fusent aussi en Espagne, où certains touristes allemands sont accusés de boire autant que les Britanniques et de ne pas s’intégrer localement. En Italie, leur obsession des règles et leur planification minutieuse des visites divise : « Ils sont parfois perçus comme tatillons, mais aussi comme des clients très organisés », explique un concierge d’hôtel à Florence.
Espagnols et Italiens : des touristes bruyants mais bien accueillis
Les Espagnols bénéficient d’une image plutôt positive en France, où leur joie de vivre et leur enthousiasme sont remarqués. « Ils sont bruyants, mais ils apportent de l’animation », constate un représentant de l’Église à Lourdes. Leur respect des traditions locales et leur générosité financière sont salués, même si leur horaire de repas décalé (trop tardif pour les restaurants ruraux français) crée parfois des tensions. En Grèce, les Espagnols sont comparés aux locaux : « Ils sont comme nous, mais en plus bruyants », souligne le directeur de l’hôtel Nammos à Mykonos. En Italie, leur simplicité et leur amour de la gastronomie en font des touristes appréciés, malgré quelques écarts culturels.
Les Italiens, quant à eux, sont souvent perçus comme des « Français en plus excités ». Leur spontanéité et leur amour de l’art, de l’histoire et de la gastronomie sont plébiscités, même si leurs critiques sur la cuisine française agacent parfois. « Ils ont le contact facile et font preuve d’une spontanéité pleine de poésie », note Danaé Pestel. En Grèce, ils sont comparés à des « Grecs sous amphétamines » en raison de leur gestuelle et de leur consommation de café, mais leur respect des lieux culturels est salué. En Espagne, leur proximité culturelle et linguistique en fait des touristes quasi « cousins » des locaux.
Chinois et Américains : entre pouvoir d’achat et manque de respect
Les touristes chinois, de plus en plus nombreux en Europe, sont à la fois admirés pour leur générosité financière et critiqués pour leur comportement. En France, ils déçoivent certains professionnels par leur visite rapide des sites culturels au profit des boutiques de luxe. « Les grands magasins parisiens se frottent les mains », ironise un hôtelier. Leur méconnaissance des règles de politesse locales (gestes, ponctualité) et leur tendance à photographier tout et n’importe où – y compris sur les toits des maisons à Santorin – irritent certains Grecs. « Ils provoquent des bouchons dans les ruelles », se plaint un habitant de l’île.
Les Américains, eux, divisent autant qu’ils fascinent. En France, leur enthousiasme et leur soif de culture sont appréciés, même si leur méconnaissance des usages locaux (bises, abats, écologie) agace. « Ils n’éteignent jamais les lumières et voyagent avec d’énormes valises », constate Bernard Legal. En Grèce, leur générosité en pourboires et leurs liens historiques avec le pays (diaspora grecque aux États-Unis) leur valent un accueil chaleureux. En Espagne, leur manque de respect pour les coutumes locales – comme visiter des églises en tenue légère – et leur ignorance historique (certains demandant si Franco est toujours roi) en font des touristes mal perçus. En Italie, les Américains fortunés sont souvent décrits comme « imbus d’eux-mêmes et exigeants », tandis que les autres sont appréciés pour leur admiration de la culture locale.
Quoi qu’il en soit, cette enquête montre que le débat dépasse largement les clichés nationaux. Les comportements individuels, l’adaptation aux usages locaux et la sensibilité des voyageurs jouent désormais un rôle aussi important que la nationalité. Une chose est sûre : dans un contexte où les destinations européennes cherchent à concilier attractivité et préservation de leur cadre de vie, la question du « bon touriste » n’a pas fini d’alimenter les discussions.
Selon Courrier International, les îles de Majorque (Espagne), Corfou (Grèce) et Mykonos (Grèce) figurent parmi les destinations les plus affectées, tout comme les centres-villes de Paris, Rome et Barcelone. Ces zones subissent une pression touristique intense, avec des nuisances sonores, une hausse des prix de l’immobilier et une saturation des sites culturels.
Plusieurs îles méditerranéennes ont instauré des amendes pour comportements incivils (ivresse sur la voie publique, dégradations, nuisances sonores) et limité les locations touristiques de courte durée. À Venise, l’accès en bateau privé aux canaux est désormais réglementé, tandis qu’à Athènes, des zones piétonnes ont été étendues pour limiter les regroupements de touristes bruyants.