À Athènes, les terrasses des cafés sont bondées, les ferries du Pirée affichent complet pour plusieurs destinations insulaires, et les visiteurs s’agglutinent au pied de l’Acropole malgré un temps capricieux en ce mois de mai. Pourtant, derrière cette apparente vitalité, les professionnels du tourisme grec scrutent les moindres signaux d’alerte. Selon Le Figaro, la saison 2026 s’ouvre sous le signe de l’incertitude, entre la perspective d’un nouvel été record et les craintes liées aux tensions géopolitiques et à la hausse des prix.

Les chiffres officiels des premières semaines de mai ne trahissent aucune chute brutale, mais une prudence inhabituelle s’installe dans les agences de voyages et les établissements hôteliers. Les réservations de dernière minute, en particulier, sont scrutées avec attention. « Les professionnels du tourisme sont toujours pessimistes », résume Angelique Mansola, guide touristique à l’Acropole et conférencière. « Mais le pays reçoit tout de même quatre fois sa population en nombre de visiteurs ! » rappelle-t-elle, alors que la Grèce compte près de 11 millions d’habitants.

Ce qu'il faut retenir

  • 43,3 millions d’arrivées internationales et 23,6 milliards d’euros de recettes touristiques enregistrés en 2025, selon la Banque de Grèce.
  • Un ralentissement des réservations de dernière minute, notamment en raison des tensions géopolitiques et de la flambée des prix aériens.
  • Près de 25 % du PIB grec dépend du tourisme, un secteur qui représente le deuxième pilier économique du pays après la marine marchande.
  • Une part de 10 % des vacanciers seulement opteraient pour une décision de voyage en dernière minute, selon Alexandre Vassilikos, président de l’Union des hôteliers de Grèce.
  • Les secteurs du haut de gamme et des croisières ne subissent pas d’annulations significatives à ce stade.

Une saison sous tension, entre espoirs et craintes

L’année 2025 avait été historique pour le tourisme grec, avec 43,3 millions d’arrivées internationales et des recettes atteignant 23,6 milliards d’euros, d’après les calculs de la Banque de Grèce. Pour 2026, deux scénarios s’opposent : l’un, optimiste, table sur un nouveau record, tandis que l’autre, plus discret, anticipe un ralentissement lié aux incertitudes géopolitiques et à la hausse des coûts. « Tous les matins, au réveil, je regarde la météo et la situation dans le détroit d’Ormuz. C’est fou d’en arriver là », confie Christos Panaretou, agent de voyage chez Yalos Tours.

Pourtant, les annulations massives restent rares. « Aucune annulation n’est signalée selon les chiffres officiels que je reçois chaque jour, y compris chez les touristes américains et français qui ne reportent pas leur voyage », précise Alexandre Vassilikos. « La tendance est donc stable. Simplement, une petite partie des vacanciers préfère attendre la dernière minute pour réserver, quitte à payer plus cher. Avec la guerre, ils sont sur leur garde. » Une stratégie qui concerne, au maximum, 10 % du marché.

Un tourisme vital pour l’économie, mais fragile

Le tourisme pèse lourd dans l’économie grecque : près d’un quart du PIB national, soit le deuxième secteur le plus important après la marine marchande. Cette dépendance expose le pays aux chocs externes, comme la guerre au Proche-Orient ou l’instabilité internationale. « Les clubs et les croisières ne connaissent pas non plus d’annulations », se rassure Christos Panaretou en observant le port de Mykonos, où un bateau de croisière vient d’accoster. Une stabilité qui contraste avec les inquiétudes des professionnels.

Les fragilités structurelles du secteur resurgissent également. Dans les îles des Cyclades, comme Santorin ou Mykonos, la pression immobilière liée aux locations de courte durée s’intensifie, transformant les villages insulaires et alimentant le débat sur le surtourisme. Pourtant, ces mêmes destinations restent les plus prisées, portées par une image forte : authenticité méditerranéenne, patrimoine exceptionnel et sentiment de sécurité relatif par rapport à d’autres régions du globe.

Un marketing inattendu pour relancer l’attractivité

Pour contrer les craintes, la Grèce mise sur des leviers inattendus. L’île d’Hydra a servi de décor à Brad Pitt pour le tournage du film The Riders, prévu pour 2026, tandis que Mykonos bénéficiera d’une visibilité accrue grâce à la série américaine Emily in Paris. « Une publicité internationale bienvenue pour une destination qui continue de fasciner la clientèle américaine et moyen-orientale, malgré des prix toujours plus élevés », souligne un professionnel du secteur.

Sur le terrain, les signes de vitalité persistent. À Athènes, l’Acropole ne désemplit pas, et les terrasses des cafés regorgent de clients. « Le tourisme grec a toujours vécu avec les crises », observe Angelique Mansola. « Et jusqu’à présent, il a toujours trouvé une manière de continuer. » Une résilience qui masque cependant une vigilance accrue des acteurs locaux.

Le gouvernement rassurant, mais des défis structurels persistants

Le gouvernement grec, dirigé par le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, tente d’éviter tout signal alarmiste. « Aucune crise systémique majeure n’a été constatée », a-t-il déclaré récemment. Sa ministre du Tourisme, Olga Kefalogiannis, insiste sur un changement de paradigme : « L’enjeu désormais n’est plus seulement d’enregistrer de hautes performances touristiques, mais de les transformer en valeur durable pour le pays, les entreprises, les travailleurs et les sociétés locales. »

Pourtant, les défis restent nombreux. Les coûts énergétiques élevés pèsent sur les petites structures, incapables de suivre les investissements nécessaires pour une montée en gamme du tourisme. Et si les réservations du segment haut de gamme restent solides, les professionnels anticipent un été dynamique, mais sous haute surveillance.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel des tensions géopolitiques et des prix sur la fréquentation estivale. Les professionnels attendent avec impatience les données de juin, après la Pentecôte, période traditionnellement marquée par un redémarrage significatif des réservations. Les croisiéristes et les hôtels haut de gamme, eux, misent sur une saison dynamique, portée par des événements comme le tournage de films ou les séries télévisées. Reste à voir si cette confiance sera confirmée par les chiffres.

En attendant, la Grèce continue de jouer sa partition entre tradition et modernité, entre records historiques et défis structurels. Une équation délicate, mais que le pays semble déterminé à résoudre, année après année.

Les principaux facteurs identifiés par les professionnels sont les tensions géopolitiques au Proche-Orient, la flambée des prix aériens et une prudence accrue des voyageurs, notamment américains et français, qui reportent leurs décisions de voyage à la dernière minute. La hausse des coûts énergétiques et la pression immobilière dans les îles touristiques comme les Cyclades jouent également un rôle.

Selon Alexandre Vassilikos, président de l’Union des hôteliers de Grèce, 10 % au maximum des vacanciers optent pour des réservations de dernière minute, un phénomène qui reste marginal mais scruté avec attention par les professionnels du secteur.