Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent de perturber les flux touristiques, l’Espagne et le Portugal enregistrent une hausse spectaculaire de leurs réservations pour le printemps et l’été 2026. Selon Le Figaro, les réservations de vols vers l’Espagne, incluant les escales, ont bondi de 32 % en glissement annuel au 2 avril, tandis que les recherches d’hébergements ont progressé de 28 %. De son côté, le Portugal voit ses réservations aériennes augmenter de 21 % et les recherches d’hôtels progresser de 16 %, confirmant ainsi leur statut de « destinations refuge ».
Ce qu'il faut retenir
- L’Espagne et le Portugal enregistrent une hausse de 32 % et 21 % respectivement des réservations de vols pour le printemps-été 2026, selon Le Figaro.
- Les recherches d’hôtels progressent de 28 % en Espagne et 16 % au Portugal, alors que les destinations moyen-orientales reculent.
- Le groupe espagnol Exceltur relève ses prévisions de croissance touristique à 2,5 % en 2026, contre 2,4 % précédemment, grâce à ce report de demande.
- Jusqu’à 181 millions de touristes visitaient annuellement le Moyen-Orient et la Méditerranée orientale avant la guerre, un chiffre aujourd’hui en baisse.
Un report massif des voyageurs en provenance du Moyen-Orient
Les données recueillies par le cabinet Mabrian montrent un recul marqué des destinations moyen-orientales, compensé par une montée en puissance des pays du sud de la Méditerranée. L’Espagne, qui rivalise avec la France pour le titre de pays le plus visité au monde, est la principale bénéficiaire de cette réorientation des flux. À l’inverse, la Méditerranée orientale, incluant Chypre, subit une vague d’annulations depuis qu’un drone a visé une base aérienne britannique sur l’île le 2 mars 2026, illustrant les répercussions directes du conflit iranien.
Les réservations en provenance des États-Unis et du Royaume-Uni affichent les hausses les plus fortes, reflétant une préférence marquée des voyageurs pour des destinations perçues comme plus sûres. Les compagnies aériennes ont d’ailleurs augmenté leurs capacités, avec près de 6 % de sièges supplémentaires disponibles en avril 2026 par rapport à l’année précédente, selon l’agence officielle Turespaña.
Des prévisions revues à la hausse pour l’économie espagnole
Le groupe industriel espagnol Exceltur, spécialisé dans l’analyse du tourisme, a légèrement relevé ses prévisions depuis le début du conflit le 28 février 2026. Une amélioration modeste mais significative dans un contexte où l’inflation, les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques freinent généralement les dépenses des consommateurs. Exceltur anticipe désormais une croissance de 2,5 % en termes réels pour l’activité touristique espagnole en 2026, contre 2,4 % précédemment et une hausse de 2,1 % en 2025.
Cette révision s’explique notamment par l’afflux de touristes détournés des zones de conflit. Selon Exceltur, ces derniers pourraient générer 4,2 milliards d’euros supplémentaires pour le secteur cette année. « Les vacances d’été se planifient plusieurs mois à l’avance. Comme les destinations qui accueillaient traditionnellement de grands flux touristiques sont affectées par le conflit, une grande partie de cet effet “refuge” se matérialise déjà dans les achats et réservations vers l’Espagne », déclare Óscar Perelli, vice-président d’Exceltur.
L’Espagne confirme sa place de leader mondial du tourisme
Avec un record de 97 millions de visiteurs en 2025, l’Espagne confirme sa position de leader mondial, devant la France. Exceltur estime que l’activité touristique devrait représenter 227 milliards d’euros (soit 267 milliards de dollars) cette année, en progression de 2,5 %. Le tourisme, pilier de l’économie espagnole, permet au pays de dépasser la plupart de ses pairs européens ces dernières années et devrait continuer à croître plus rapidement que le PIB global, prévu à 2,3 %.
Selon Cehat, la principale association hôtelière du pays, les taux d’occupation des chambres pourraient augmenter de jusqu’à 3 % cet été. « Les touristes choisissent des destinations éloignées des zones de conflit méditerranéennes, comme les Canaries, pour leurs vacances d’été en famille », a déclaré Jorge Marichal, président de Cehat. Il a cependant prévenu que ces gains pourraient être partiellement compensés par une baisse du volume global de voyages, notamment en raison de la hausse des prix du carburant et des perturbations potentielles pour les voyageurs long-courriers transitant par les hubs moyen-orientaux.
« Tout dépendra de ce qu’il se passe dans le détroit d’Ormuz, car toutes ces prévisions pourraient tomber à l’eau. » — Jorge Marichal, président de Cehat
Ce détroit, par lequel transite environ un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz, est quasiment fermé depuis le début de la guerre en Iran, ce qui pourrait impacter les coûts des voyages et la disponibilité des vols.
Un enjeu économique et géopolitique majeur
Avant la guerre, jusqu’à 181 millions de touristes visitaient chaque année le Moyen-Orient et la Méditerranée orientale. Ce chiffre est aujourd’hui en forte baisse, tandis que des pays comme l’Espagne ou le Portugal en profitent pour renforcer leur attractivité. L’Espagne, dont le tourisme représente une part majeure de son PIB, mise sur cette tendance pour stimuler une économie encore fragile face aux défis inflationnistes et aux incertitudes économiques.
Pourtant, des risques persistent. La hausse des prix du carburant et les tensions persistantes dans la région pourraient limiter les gains escomptés. Exceltur souligne également que les compagnies aériennes augmentent leurs capacités, mais que la situation géopolitique reste imprévisible. « Le tourisme est un secteur très réactif aux chocs externes », rappelle Óscar Perelli.
D’ici l’été, les acteurs du tourisme espagnol et portugais devront également composer avec une demande globale qui pourrait rester atone, malgré le report des voyageurs fuyant les zones de conflit. La capacité des deux pays à maintenir leur attractivité dépendra non seulement de la sécurité perçue, mais aussi de leur capacité à proposer des offres compétitives dans un contexte de hausse des coûts.
Alors que l’Espagne table sur une croissance de 2,5 % en 2026, les prochaines statistiques officielles, attendues pour l’été, permettront de mesurer l’ampleur réelle de ce report de demande. Une chose est sûre : le tourisme méditerranéen entre dans une nouvelle ère, où la stabilité géopolitique devient un argument commercial aussi important que le climat ou les paysages.
Ces deux pays offrent des infrastructures touristiques solides, une sécurité perçue comme élevée par rapport aux zones de conflit, et une proximité géographique avec l’Europe de l’Ouest, principal marché émetteur. De plus, leur offre variée — plages, villes culturelles, nature — les rend attractifs pour des séjours familiaux ou en couple. Selon Le Figaro, les réservations en provenance des États-Unis et du Royaume-Uni ont particulièrement bondi, confirmant cette tendance.
Les principaux risques identifiés par les experts sont la hausse des prix du carburant, qui pourrait renchérir les billets d’avion, et les perturbations dans les hubs aériens du Moyen-Orient, comme Istanbul ou Dubaï. Jorge Marichal, président de Cehat, a également souligné que la fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz — une route majeure pour le transport de pétrole et de gaz — pourrait impacter les coûts logistiques et, in fine, les prix des voyages.
