Les Red Roses, championnes du monde en titre, affrontent ce dimanche 17 mai à Bordeaux les Bleues dans un match décisif du Tournoi des Six Nations 2026. Les Anglaises, invaincues contre la France depuis 2018, abordent cette rencontre avec une particularité notable : trois de leurs joueuses majeures, Abbie Ward, Zoe Aldcroft et Lark Atkin-Davies, sont absentes en raison de leur congé maternité. Selon Franceinfo - Sport, cette situation illustre l’avancée des politiques d’accompagnement des sportives mères au sein de la fédération anglaise, contrairement à leurs homologues françaises.
Ce qu'il faut retenir
- Les Red Roses, championnes du monde 2025, comptent trois joueuses en congé maternité pour leur match face à la France à Bordeaux.
- En Angleterre, les internationales bénéficient d’un congé maternité rémunéré à 100 % pendant 26 semaines, avec des facilités pour voyager avec leurs enfants.
- En France, seule une joueuse, Pauline Bourdon Sansus, est mère parmi les Bleues, et les conditions d’accompagnement restent limitées.
- Les Anglaises comme Abbie Ward montrent qu’un retour au plus haut niveau après une grossesse est possible, contrairement aux idées reçues.
- Les discussions en France progressent, mais aucune joueuse tricolore n’a encore osé sauter le pas publiquement.
Des championnes du monde absentes, mais toujours intégrées
Les trois Anglaises en congé maternité — Abbie Ward, Zoe Aldcroft et Lark Atkin-Davies — restent pourtant partie prenante du groupe des Red Roses. Elles participent aux séances de musculation adaptées et encouragent leurs coéquipières. Abbie Ward, mère d’une petite Hallie née en juillet 2023, a même tourné un documentaire sur son expérience pour montrer qu’il est possible de concilier haut niveau sportif et maternité. « Avant, les enfants, c’était après la carrière. On n’avait pas le choix », a rappelé Marie Sempéré, ex-internationale française (2007-2009) et consultante pour France Télévisions.
L’Angleterre en avance sur les droits des sportives mères
Depuis 2023, les joueuses anglaises sous contrat fédéral bénéficient d’un congé maternité rémunéré à 100 % pendant 26 semaines, sans compter les accords passés avec leurs clubs dans un championnat professionnel. Elles disposent aussi de fonds et de facilités pour que leurs enfants les accompagnent lors des déplacements et stages. Ces mesures ont été négociées en concertation avec l’association des joueuses (RPA) et des athlètes comme Abbie Ward, qui a milité pour une « politique forte » pour normaliser la maternité dans le sport. Son retour moins d’un an après son accouchement pour remporter le Six Nations 2024 en est la preuve.
En France, une seule joueuse mère et des avancées limitées
Côté français, seule Pauline Bourdon Sansus, demi de mêlée et capitaine du XV de France, assume publiquement son statut de mère. Son épouse a accouché l’été dernier d’un petit garçon. « On avait envie d’être maman toutes les deux, on est à un moment où il fallait passer un cap », a-t-elle expliqué au Parisien. Agathe Gérin, talonneuse bordelaise, a elle aussi joué la Coupe du monde 2021 en Angleterre au lendemain de la naissance de ses jumeaux, portés par sa femme. Leur fille aînée, Nina, quatre ans, a même assisté à ses matchs sous le maillot bleu.
Malgré ces exemples, les obstacles restent nombreux. « Certaines filles m’ont posé des questions, mais notre calendrier international et notre rythme de vie sont difficilement conciliables avec une vie de famille », confie Agathe Gérin. Les joueuses françaises n’ont pas de championnat professionnel, et seuls une trentaine de contrats fédéraux permettent de vivre du rugby à plein temps. « Nos compétitions durent minimum deux fois six semaines par an, sans compter les stages », ajoute-t-elle.
Des progrès en demi-teinte, mais une prise de conscience
Les négociations ont tout de même permis quelques avancées : maintien du salaire pendant 12 mois, possibilité d’amener son enfant à Marcoussis lors des stages. « En 2020, nous avions obtenu un suivi médical renforcé avec gynécologue, préparateur physique et nutritionniste », rappelle Safi N’Diaye, ancienne internationale française (2008-2022). Mais aucune joueuse n’a encore franchi le pas de la grossesse en activité. « Il faut qu’une Française se lance pour que les instances et les clubs bougent », estime Marie Sempéré, qui a eu ses deux fils après sa carrière.
En Angleterre, les exemples se multiplient : Abbie Ward, désormais mère de deux enfants, a montré que le retour au plus haut niveau était possible. Les Néo-Zélandaises, comme Les Elder ou Sosoli Talawadua, ont aussi tracé la voie. « Les Anglaises sont plus âgées que les Françaises, ce qui explique peut-être ces trois grossesses », analyse Safi N’Diaye. « Ce qui compte, c’est de voir que c’est faisable », renchérit Charlotte Escudero, troisième ligne des Bleues, pour qui cette situation « permet de faire bouger les mentalités ».
Avec l’échéance des Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028, la question de l’équilibre entre vie sportive et vie familiale ne fera que gagner en importance. Pour l’instant, les Bleues restent attentives aux modèles anglais et néo-zélandais, tout en comptant sur leurs propres pionnières pour briser les tabous.
Les joueuses anglaises bénéficient d’un congé maternité rémunéré à 100 % pendant 26 semaines, avec des accords supplémentaires avec leurs clubs professionnels. Elles disposent aussi de fonds pour que leurs enfants les accompagnent lors des déplacements, et les infrastructures sont adaptées pour faciliter leur présence (ex. : autorisation d’accès aux halls d’hôtel pendant les compétitions).
Plusieurs facteurs expliquent cette situation : l’absence de championnat professionnel, des calendriers très chargés (2 fois 6 semaines de compétition par an minimum), et un manque de modèles inspirants en France. Seule une joueuse, Pauline Bourdon Sansus, assume publiquement son statut de mère parmi les Bleues, contre trois chez les Anglaises.