Un réseau criminel spécialisé dans le trafic d’anguilles a été démantelé par la justice française. Dix-sept personnes ont été reconnues coupables le 4 mai 2026 par le tribunal correctionnel de Bordeaux dans une affaire portant sur le braconnage de plus d’une tonne de civelles entre mars et mai 2019. Selon Reporterre, le montant du butin, estimé à plus d’un million d’euros, illustre l’ampleur d’un trafic transnational impliquant le Portugal, la France, la Chine et le Vietnam.
Ce qu'il faut retenir
- 17 accusés condamnés pour trafic d’espèces protégées, notamment des civelles, une forme larvaire de l’anguille européenne.
- Un volume total de plus d’une tonne de civelles saisies, correspondant à un butin estimé à plus d’un million d’euros.
- Un préjudice écologique évalué à 450 000 euros, en plus de 102 000 euros de dommages et intérêts versés à d’autres parties civiles.
- Un réseau international opérant entre le Portugal, la France, la Chine et le Vietnam, des pays connus pour leur forte demande en anguilles.
- Une amende totale de 552 000 euros imposée aux condamnés, dont la majorité doit être versée au titre du préjudice écologique.
Un trafic lucratif ciblant une espèce menacée
L’anguille européenne, classée en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), fait l’objet d’un braconnage intensif en raison de sa valeur marchande. Les civelles, capturées illégalement lors de leur migration vers les eaux douces, sont ensuite revendues à des prix élevés sur les marchés asiatiques, où elles sont considérées comme un mets de luxe. Entre mars et mai 2019, les trafiquants ont écoulé plus d’une tonne de ces jeunes anguilles, générant des profits estimés à plus d’un million d’euros. D’après Reporterre, cette affaire illustre la persistance des réseaux criminels exploitant le commerce illégal d’espèces protégées.
Une condamnation symbolique pour la protection de l’environnement
Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné les dix-sept accusés à des peines variables, assorties de lourdes amendes. Parmi les condamnations, 450 000 euros doivent être versés au titre du préjudice écologique, reflétant l’impact irréversible de ce trafic sur les écosystèmes. Les 102 000 euros restants correspondent à des dommages et intérêts alloués à d’autres parties civiles, dont des associations de protection de la nature. « Cette décision envoie un signal fort contre les réseaux criminels exploitant la faune sauvage », a indiqué un représentant du parquet lors de l’audience. La sévérité de la peine souligne l’importance accordée par la justice à la préservation des espèces menacées.
Un réseau international démantelé, mais des défis persistants
Les investigations menées par les autorités françaises, en collaboration avec leurs homologues européens et asiatiques, ont permis de retracer les filières d’approvisionnement et de distribution. Les civelles étaient acheminées illégalement vers des pays où la demande reste élevée, malgré les réglementations internationales strictes. « Ce trafic transnational montre à quel point les espèces protégées sont devenues une cible privilégiée pour les réseaux criminels », a souligné un expert en criminalité environnementale. La lutte contre ces réseaux nécessite une coordination accrue entre les pays, ainsi que des moyens renforcés pour traquer les flux financiers illicites.
Les associations de protection de l’environnement appellent également à une meilleure sensibilisation du public sur les conséquences de la consommation d’anguilles issues du braconnage, afin de réduire la demande et, in fine, décourager les trafiquants.
Les civelles, ou anguilles juvéniles, sont considérées comme un mets de luxe dans plusieurs pays asiatiques, notamment en Chine, où elles sont consommées dans des plats traditionnels comme le « yusheng ». Leur rareté croissante, due à la surpêche et à la dégradation des habitats, a fait exploser leur prix sur le marché noir, atteignant parfois plusieurs milliers d’euros le kilogramme.