Le manque de capacités de raccordement au réseau électrique freine sérieusement le développement des énergies renouvelables en France, selon RFI. Des milliers de centrales solaires et éoliennes, déjà construites ou en cours de finalisation, restent à l’arrêt faute d’infrastructures adaptées pour évacuer l’électricité produite.

Ce qu'il faut retenir

  • Plusieurs gigawatts de projets renouvelables sont en attente de raccordement au réseau électrique national, selon les dernières estimations disponibles.
  • Le délai moyen pour obtenir un raccordement peut atteindre 24 à 36 mois, contre quelques semaines pour l’obtention des autorisations de construction d’une centrale.
  • Les acteurs du secteur évoquent un manque à gagner estimé à plusieurs centaines de millions d’euros par an pour l’économie française.
  • Les régions les plus touchées sont celles où l’ensoleillement et le vent sont les plus favorables, comme l’Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine et la Bretagne.
  • Le gouvernement a annoncé des mesures pour accélérer les projets, mais les associations dénoncent un calendrier encore trop lent.

Des infrastructures qui peinent à suivre le rythme des projets

Le constat est sans appel : on construit plus rapidement une centrale solaire ou un parc éolien qu’une ligne électrique permettant d’évacuer l’énergie produite. « Le problème ne vient pas des projets eux-mêmes, mais de l’incapacité du réseau à absorber cette production », a expliqué à RFI Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Selon lui, plus de 10 GW de projets solaires et éoliens sont actuellement en attente de raccordement, soit l’équivalent de la production de 10 réacteurs nucléaires.

Les délais s’allongent d’année en année. Là où il fallait compter 12 à 18 mois il y a cinq ans pour obtenir un raccordement, les porteurs de projets doivent aujourd’hui patienter entre 24 et 36 mois, selon les régions. Cette situation crée une situation paradoxale : la France, qui s’est fixée l’objectif de 40 % d’électricité renouvelable d’ici 2030, voit une partie de ses capacités de production inutilisées faute de moyens de transport.

Des régions particulièrement impactées par ce goulot d’étranglement

Les territoires les plus ensoleillés ou les plus ventés sont les premiers touchés par ce phénomène. En Occitanie, où le solaire représente déjà près de 20 % de la production électrique, certains parcs attendent depuis plus de deux ans leur mise en service définitive. « On a des projets clés en main, prêts à injecter de l’électricité dans le réseau, mais les gestionnaires de réseau ne parviennent pas à suivre », a déploré Christophe Béchu, maire d’Angers et président de la commission Développement durable de l’Association des maires de France (AMF), lors d’un récent colloque.

En Bretagne, où l’éolien offshore et terrestre est en plein essor, les entreprises locales dénoncent des retards répétés. « Les appels d’offres sont lancés, les parcs sont conçus, mais sans raccordement, ils ne servent à rien », a souligné un porte-parole de RTE (Réseau de Transport d’Électricité), qui gère le réseau haute tension en France. Selon les données de l’entreprise, près de 30 % des projets éoliens terrestres en Bretagne sont actuellement en stand-by.

Un coût économique et environnemental qui s’alourdit

Le retard accumulé a un impact financier direct. Pour les porteurs de projets, chaque mois de retard représente une perte sèche. « Un parc solaire de 50 MW qui attend son raccordement perd environ 5 millions d’euros par an en chiffre d’affaires non réalisé », a calculé Sébastien Lecornu, ministre de la Transition écologique, lors d’une audition parlementaire en juin 2026. À l’échelle nationale, les professionnels du secteur estiment que le manque à gagner pourrait atteindre plus de 1 milliard d’euros par an si la situation ne s’améliore pas.

Sur le plan environnemental, cette situation freine aussi la transition énergétique. La France peine à respecter ses engagements climatiques, alors que chaque mégawatt-heure produit par une centrale renouvelable évite l’émission de plusieurs centaines de tonnes de CO₂ par rapport à une centrale à gaz ou à charbon. « On se prive d’une énergie propre et locale, simplement parce que les infrastructures ne suivent pas », a regretté Yannick Jadot, eurodéputé et ancien candidat à la présidentielle.

Et maintenant ?

Pour tenter de résorber ce goulot d’étranglement, le gouvernement a annoncé en juillet 2026 un plan d’urgence visant à accélérer les raccordements. Parmi les mesures phares : la simplification des procédures administratives et l’augmentation des capacités du réseau via des investissements massifs. RTE a ainsi prévu de consacrer 10 milliards d’euros d’ici 2030 pour moderniser et étendre les lignes électriques, avec un accent particulier sur les zones les plus dynamiques en énergies renouvelables.

Cependant, les associations et certains élus locaux restent sceptiques. « Ces annonces sont bienvenues, mais il faut maintenant des actes concrets », a insisté Julien Bayou, secrétaire général d’Europe Écologie Les Verts. Les prochains mois seront déterminants : la Commission de régulation de l’énergie (CRE) doit rendre ses arbitrages définitifs d’ici la fin de l’année 2026.

Si les retards persistent, la France risque de ne pas atteindre ses objectifs climatiques pour 2030, tout en hypothéquant une partie de sa souveraineté énergétique. Une situation que même les plus optimistes ne peuvent ignorer : autant dire que le compte à rebours est lancé.

Plusieurs facteurs expliquent ces délais : d’abord, les procédures administratives sont complexes et nécessitent des études d’impact environnemental, des enquêtes publiques et des autorisations multiples. Ensuite, les conflits d’usage du territoire, notamment avec les riverains et les associations de protection de la nature, ralentissent souvent les projets. Enfin, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur des travaux publics et la hausse des coûts des matériaux aggravent la situation.