Selon BFM Business, la France reste à la traîne en matière de transparence salariale, un enjeu devenu central dans le débat public européen. Cette situation s’inscrit dans un contexte où plusieurs pays membres de l’Union européenne ont déjà adopté des législations exigeant des entreprises qu’elles publient des informations détaillées sur les rémunérations de leurs salariés.
Ce qu'il faut retenir
- La France en retard : contrairement à plusieurs pays européens, elle n’a pas encore mis en place de cadre légal strict sur la transparence des salaires.
- Des initiatives isolées : quelques entreprises françaises publient volontairement des rapports salariaux, mais sans obligation légale.
- Un sujet européen : des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou les pays nordiques imposent déjà des obligations de transparence.
- Des attentes sociétales : les inégalités salariales et les écarts de rémunération entre hommes et femmes restent des sujets de préoccupation majeure.
- Un débat en cours : des propositions de loi ont été déposées, mais aucune n’a encore abouti.
Un retard confirmé par les comparaisons européennes
D’après BFM Business, la France figure parmi les rares pays de l’Union européenne à ne pas avoir légiféré sur la transparence salariale. Plusieurs États membres, dont l’Allemagne et les pays scandinaves, imposent depuis plusieurs années aux entreprises de plus de 50 salariés de publier des données précises sur les écarts de rémunération. En Suède, par exemple, cette obligation existe depuis 2008. « Côté français, on observe une avancée timide, mais rien de comparable à nos voisins », souligne un expert cité par la chaîne.
Les entreprises françaises, elles, agissent de manière disparate. Certaines, comme L’Oréal ou Danone, publient volontairement des rapports détaillés sur l’équité salariale. Mais ces initiatives restent limitées à quelques grands groupes, souvent sous la pression de leurs actionnaires ou de leurs salariés. « Bref, la France compte sur l’autorégulation, alors que l’Europe mise sur le cadre contraignant », observe un analyste interrogé par BFM Business.
Les enjeux d’une transparence accrue
La transparence salariale est un sujet sensible, tant il touche à la fois aux inégalités professionnelles et aux attentes des nouvelles générations de travailleurs. Selon une étude de l’Insee publiée en 2025, l’écart de rémunération entre hommes et femmes en France reste de 15,8 % en moyenne, un chiffre qui varie fortement selon les secteurs. Pour les femmes cadres, cet écart atteint parfois 20 %. « Ces chiffres montrent que le problème est structurel, et qu’il ne peut être résolu sans une volonté politique forte », a déclaré une responsable syndicale auprès de BFM Business.
Au-delà des questions de genre, la transparence salariale permet aussi de lutter contre les discriminations liées à l’origine sociale ou à l’âge. En Norvège, où cette pratique est obligatoire depuis 2006, les écarts de rémunération ont diminué de près de 30 % en dix ans. « Les résultats sont là : quand on impose la transparence, les entreprises adaptent leurs pratiques », a rappelé un économiste du cabinet Proxiteam.
Des propositions de loi en suspens
Plusieurs textes ont été déposés à l’Assemblée nationale pour combler ce retard. En 2024, une proposition de loi portée par la députée écologiste Marie Toussaint visait à imposer aux entreprises de plus de 250 salariés de publier un index salarial détaillé. « L’objectif était de permettre aux salariés de comparer leur rémunération à celle de leurs collègues, sans attendre une action en justice », avait-elle expliqué lors des débats. Pourtant, le texte n’a jamais été inscrit à l’ordre du jour.
Un autre projet, porté par le gouvernement en 2025, prévoyait d’étendre l’obligation de publication des écarts de rémunération aux entreprises de plus de 50 salariés. Mais ce texte a été modifié à plusieurs reprises, au point de perdre une grande partie de son ambition initiale. « On part de loin, et le chemin vers une loi efficace sera long », a commenté un membre de la commission des Affaires sociales du Sénat.
Ce retard français sur la transparence salariale pose une question plus large : comment concilier compétitivité économique et équité sociale dans un marché du travail de plus en plus exigeant ? Autant dire que le débat est loin d’être clos.
Plusieurs pays de l’Union européenne ont adopté des législations strictes : l’Allemagne depuis 2017, les Pays-Bas depuis 2020, et les pays nordiques (Suède, Norvège, Finlande) depuis plusieurs années. Ces pays obligent les entreprises de plus de 50 ou 250 salariés à publier des rapports détaillés sur les écarts de rémunération, notamment entre hommes et femmes.