Selon Euronews FR, le transport routier, pilier discret mais essentiel du commerce européen, doit relever des défis majeurs en 2026, entre flambée des prix du carburant, vieillissement de la main-d'œuvre et pression sur les marges. Lyall Cresswell, fondateur et directeur général de Transport Exchange Group (TEG), a détaillé ces enjeux lors d’un entretien avec la journaliste Angela Barnes dans l’émission The Big Question.
Ce qu'il faut retenir
- 80 % du fret intérieur européen repose sur le transport routier, un secteur qui génère environ 3,75 % du PIB de l’UE à 27.
- Le marché européen de la logistique et du fret était évalué à 1 263,66 milliards d’euros en 2025, dont plus de 400 milliards proviennent du transport routier.
- 30 % des coûts d’une entreprise de transport sont liés au carburant, un poste de dépense devenu instable en raison des tensions géopolitiques mondiales.
- La pénurie de conducteurs s’aggrave : 444 000 postes vacants en 2025, un chiffre qui pourrait atteindre 745 000 d’ici 2030.
- 50 % des chauffeurs routiers allemands ont plus de 55 ans, reflétant une main-d’œuvre vieillissante dans tout le secteur.
Un secteur vital mais méconnu
Le transport routier assure 80 % du fret intérieur en Europe et contribue à hauteur de 3,75 % au PIB de l’Union européenne. Pourtant, il reste « probablement le plus grand secteur dont vous ne savez en réalité pas grand-chose », selon Lyall Cresswell. Malgré son rôle clé dans l’approvisionnement des supermarchés et des industries, ce maillon essentiel du commerce est souvent éclipsé par les crises géopolitiques ou les ruptures d’approvisionnement.
Comme le rapporte Euronews FR, le marché européen du fret et de la logistique a atteint 1 263,66 milliards d’euros en 2025. Parmi cette somme, le transport routier représente à lui seul plus de 400 milliards d’euros par an. Pourtant, ce secteur fonctionne avec des marges extrêmement faibles, soumises à des contraintes économiques et structurelles toujours plus fortes.
Des coûts en hausse et une trésorerie sous tension
Le principal défi actuel du transport routier est sans conteste la fluctuation des prix du carburant, liée aux instabilités géopolitiques mondiales. «
Le carburant représente environ 30 % des coûts d’une entreprise de transport», a expliqué Lyall Cresswell. Ces variations de prix pèsent directement sur les marges déjà serrées des transporteurs, qui doivent souvent payer le carburant bien avant d’être rémunérés pour leurs prestations.
Cette situation crée un effet domino : lorsque les prix du carburant augmentent, les coûts se répercutent sur les prix de vente des produits en magasin. Autrement dit, une hausse des prix à la pompe peut se traduire par une augmentation des étiquettes en rayon. Mais ce n’est pas le seul facteur de tension. Le secteur doit aussi composer avec des objectifs de réduction des émissions et un manque chronique d’investissements dans les infrastructures.
Une pénurie de conducteurs qui s’aggrave
Le transport routier emploie plus de 3 millions de personnes en Europe, sans compter les 2,5 millions de travailleurs supplémentaires dans les activités d’entreposage et de soutien logistique. Pourtant, le secteur fait face à une pénurie massive de conducteurs, un problème qui s’est fortement aggravé ces dernières années. En 2024, le nombre de postes vacants est passé de 233 000 à 426 000, avant d’atteindre 444 000 en 2025. Selon certaines projections, ce chiffre pourrait grimper jusqu’à 745 000 d’ici 2030.
Lyall Cresswell souligne que cette situation s’explique en partie par le vieillissement de la main-d’œuvre. «
50 % des chauffeurs routiers en Allemagne ont plus de 55 ans», a-t-il indiqué. Cette tendance, probablement observable dans d’autres pays européens, reflète un problème structurel. Traditionnellement, les postes de conducteurs longue distance impliquent des absences prolongées du domicile, une contrainte qui ne convient pas à tous les profils.
La technologie comme levier d’avenir ?
Face à ces défis, Lyall Cresswell mise sur la technologie pour améliorer l’efficacité du secteur. Il évoque notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle pour optimiser les itinéraires, une solution qui permettrait de réduire les coûts et d’atténuer partiellement la pression liée au manque de conducteurs. «
La planification des itinéraires dopée à l’intelligence artificielle permettrait aux transporteurs de faire plus avec moins», a-t-il affirmé.
Cependant, la technologie ne suffira pas à résoudre tous les problèmes. Lyall Cresswell insiste sur la nécessité d’améliorer les infrastructures publiques, en particulier le manque d’aires de stationnement sûres et sécurisées. Ces conditions de travail plus attractives pourraient aider à attirer de nouveaux talents dans le secteur.
Vers des camions autonomes sur les grands axes ?
La question des véhicules autonomes est également au cœur des débats. Lyall Cresswell se montre optimiste quant à leur déploiement, mais de manière progressive. «
Je pense qu’un jour, on verra des transports point à point sur autoroute, sur les grands axes entre centres de distribution», a-t-il déclaré. En revanche, il estime que l’autonomie complète prendra plus de temps à se généraliser pour les premiers et derniers kilomètres, c’est-à-dire les phases de collecte et de livraison, où l’intervention humaine reste indispensable.
Ces avancées technologiques pourraient, à terme, contribuer à résoudre une partie de la pénurie de conducteurs. Cependant, leur adoption massive dépendra de nombreux facteurs, notamment réglementaires et économiques.
Pour découvrir l’intégralité du débat animé par Angela Barnes, une vidéo de l’émission The Big Question est disponible sur le site d’Euronews FR.
Le transport routier assure 80 % du fret intérieur en Europe et contribue à hauteur de 3,75 % au PIB de l’Union européenne. Il est essentiel pour l’approvisionnement des supermarchés, des industries et des consommateurs, ce qui en fait un pilier de l’économie.
La pénurie de conducteurs s’explique principalement par le vieillissement de la main-d’œuvre, avec une proportion importante de chauffeurs de plus de 55 ans, ainsi que par des conditions de travail peu attractives, comme les absences prolongées du domicile pour les trajets longue distance.