Depuis le début de l’année, les autorités sanitaires et les caisses d’assurance maladie ont intensifié leurs contrôles sur les arrêts de travail, révélant une hausse des signalements de fraudes. D’après Franceinfo – Santé, les services de l’Assurance maladie ont recensé plus de 12 000 cas suspects en 2025, un chiffre en progression de 18 % par rapport à 2024. Ces pratiques, qui coûtent plusieurs centaines de millions d’euros à la Sécurité sociale chaque année, poussent les pouvoirs publics à durcir leur arsenal répressif.

Ce qu'il faut retenir

  • 12 000 cas suspects de fraudes aux arrêts maladie ont été identifiés en 2025, soit une augmentation de 18 % par rapport à 2024.
  • Les fraudes représentent un préjudice financier estimé à 500 millions d’euros par an pour l’Assurance maladie.
  • Les contrôles ciblent désormais les arrêts de longue durée, les plus exposés aux abus, avec des visites médicales aléatoires renforcées.
  • Un fichier national des arrêts suspects a été mis en place pour centraliser les signalements et faciliter les enquêtes.

Des contrôles plus systématiques pour lutter contre les abus

Face à l’ampleur du phénomène, les caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) ont reçu pour consigne de multiplier les vérifications. Selon les dernières directives du ministère de la Santé, transmises aux directeurs de CPAM en mars 2026, les arrêts de travail de plus de trois mois sont désormais soumis à un examen systématique. Ces contrôles s’appuient sur des algorithmes détectant les profils à risque, comme les arrêts renouvelés sans amélioration médicale tangible ou les patients déclarant des symptômes incompatibles avec leur activité professionnelle.

Les médecins conseils de l’Assurance maladie, dont les effectifs ont été augmentés de 20 % depuis 2025, effectuent désormais des visites à domicile ou en entreprise pour les cas les plus litigieux. « Nous ne pouvons plus nous contenter de l’attestation du médecin traitant », a expliqué à Franceinfo – Santé un haut responsable de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), qui a requis l’anonymat. « L’objectif est de rétablir l’équité entre les assurés qui respectent les règles et ceux qui en profitent. »

Les fraudeurs risquent désormais des sanctions immédiates

Les conséquences pour les fraudeurs se durcissent. Depuis le 1er janvier 2026, tout arrêt de travail jugé abusif peut entraîner un remboursement intégral des indemnités perçues, assorti d’une amende pouvant atteindre 1 500 euros. Dans les cas les plus graves, les services du parquet peuvent engager des poursuites pour escroquerie, passible de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. Les employeurs, eux aussi, sont désormais tenus de signaler toute suspicion de fraude via une plateforme dédiée, sous peine de sanctions.

Un cas emblématique a marqué les esprits début 2026 : un salarié d’Île-de-France, dont l’arrêt maladie de deux ans pour « dépression » avait été jugé frauduleux, a été condamné à rembourser plus de 45 000 euros d’indemnités indûment perçues. « Ce type de décision envoie un signal fort », a commenté une source proche du dossier. « Les fraudeurs savent désormais qu’ils ne pourront plus compter sur la passivité des autorités. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient inclure l’élargissement du fichier national des arrêts suspects à l’ensemble des professionnels de santé, ainsi qu’un renforcement des échanges d’informations entre l’Assurance maladie et les caisses de retraite. Une réforme législative est également en discussion à l’Assemblée nationale pour permettre aux médecins conseils de suspendre un arrêt de travail dès suspicion de fraude, sans attendre une décision de justice. Le texte, porté par le ministre de la Santé, pourrait être adopté d’ici l’été 2026.

Dans ce contexte, les assurés sont invités à fournir des justificatifs plus précis en cas d’arrêt maladie prolongé, sous peine de voir leur dossier examiné avec une attention particulière. Pour les professionnels de santé, cela signifie aussi une vigilance accrue sur la rédaction des certificats médicaux, désormais soumis à des critères stricts pour éviter tout abus. Autant dire que l’ère des arrêts de complaisance pourrait bien toucher à sa fin.

Les services de l’Assurance maladie s’appuient sur plusieurs indicateurs : la durée anormalement longue de l’arrêt (plus de trois mois sans amélioration), l’incompatibilité entre les symptômes déclarés et l’activité professionnelle, ou encore des signalements externes (employeur, médecin conseil). Un algorithme analyse également les profils à risque en croisant les données médicales et professionnelles.