Une enquête de l’Environmental Justice Foundation (EJF), publiée jeudi 4 juin 2026 et relayée par BFM Business, révèle des violations graves des droits de l’homme et des conditions de travail extrêmes dans le secteur de la pêche au calamar en haute mer. Basé sur des témoignages de plus de 400 pêcheurs indonésiens et philippins, le rapport dénonce une industrie « construite sur l’exploitation », dominée par les flottes chinoises, taïwanaises et sud-coréennes.

Ce qu'il faut retenir

  • 92 % des marins interrogés sur des navires chinois ont subi au moins sept des douze indicateurs de travail forcé définis par l’Organisation internationale du travail (OIT).
  • 431 pêcheurs interrogés déclarent souffrir d’isolement, de privation d’identité, d’heures supplémentaires excessives et de salaires insuffisants, voire non versés.
  • 25 morts recensées à bord des bateaux, dont neuf attribuées au béribéri, une maladie liée à la malnutrition.
  • La pêche au calamar, pesant 10,9 milliards d’euros en 2025, est majoritairement contrôlée par la Chine, qui représente 33 % des captures mondiales et plus de 50 % en haute mer.
  • Les pratiques incluent la pêche destructive (découpe d’ailerons de requins, capture de dauphins) et des méthodes de pêche non déclarées.

Une industrie sous domination chinoise et des conditions de travail indignes

Selon le rapport de l’EJF, la flotte chinoise domine largement ce secteur, avec 33 % des captures mondiales de calamars et plus de 50 % des prises réalisées en haute mer. Les navires, équipés de puissants projecteurs pour attirer les céphalopodes, opèrent souvent de nuit et transfèrent leur pêche vers des bateaux frigorifiques afin d’éviter de retourner à quai. Certains marins ont ainsi passé jusqu’à deux ans en mer sans toucher terre, comme en témoignent les entretiens menés auprès de pêcheurs philippins et indonésiens.

Amélie Girardini, co-autrice du rapport, souligne l’ampleur des souffrances psychologiques endurées par ces travailleurs : « Vous pouvez imaginer la santé mentale de ces gens qui sont au milieu de la mer, sans aucun moyen de communication ». Sur les 431 marins interrogés, une vaste majorité évoque des violations des droits fondamentaux : confiscation de papiers d’identité, heures supplémentaires non rémunérées, voire absence de salaire, et travail forcé systématique.

Le travail forcé, une pratique généralisée à bord des navires chinois

Dominic Thomson, auteur principal de l’étude, va plus loin : « Les pêcheurs nous ont fait part de violations des droits de l’homme d’une gravité choquante ». Le rapport révèle que 92 % des marins interrogés sur des navires chinois sont confrontés à au moins sept des douze indicateurs de travail forcé définis par l’OIT. Parmi les pratiques les plus courantes : rétention de salaire, absence de contrats écrits, et conditions de vie déplorables. En outre, 25 morts ont été recensées à bord des bateaux, dont neuf directement imputables au béribéri, une maladie consécutive à une malnutrition prolongée.

L’EJF pointe également du doigt les pratiques de pêche destructrices associées à ces abus. Les témoignages mentionnent la découpe d’ailerons de requins, la capture accidentelle ou intentionnelle de dauphins et de tortues marines, ainsi que la pêche non déclarée de grandes quantités de thons. « Ces pratiques menacent non seulement les droits des travailleurs, mais aussi la biodiversité marine », précise Thomson.

Une économie opaques et des lacunes réglementaires exploitées

Avec un marché évalué à 10,9 milliards d’euros en 2025, la pêche au calamar représente un enjeu économique majeur. Pourtant, son opacité permet à ces dérives de perdurer. Les navires, souvent immatriculés sous des pavillons de complaisance, échappent en grande partie aux contrôles stricts. Les produits de la pêche sont ensuite exportés vers des pays comme l’Union européenne, premier importateur mondial de calamars.

Amélie Girardini, de l’EJF, propose une solution : « On peut également bloquer ces produits au niveau de nos contrôles aux importations ». L’ONG plaide pour une transparence accrue et un encadrement renforcé de cette industrie, notamment via des sanctions contre les États et les armateurs ne respectant pas les normes internationales. « La traçabilité doit être améliorée, et les consommateurs ont un rôle à jouer en exigeant des garanties éthiques », ajoute-t-elle.

Et maintenant ?

Face à ces révélations, l’EJF appelle à une réponse coordonnée des États et des organisations internationales. Une réunion est prévue en septembre 2026 au sein de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour discuter des mesures à adopter. Par ailleurs, la Commission européenne pourrait intégrer des clauses sociales et environnementales plus strictes dans ses accords commerciaux, afin de limiter l’importation de produits issus de pratiques illégales. Reste à voir si ces initiatives aboutiront à des actions concrètes, ou si l’industrie continuera à prospérer dans l’ombre.

En attendant, l’EJF maintient la pression en publiant régulièrement des mises à jour sur l’évolution de la situation. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact de ce rapport sur les politiques publiques et les pratiques des armateurs.

Selon le rapport de l’EJF, les flottes chinoises, taïwanaises et sud-coréennes sont principalement pointées du doigt. La Chine domine le secteur, avec plus de 50 % des captures en haute mer.

L’ONG demande une transparence accrue dans la traçabilité des produits, des sanctions contre les États et armateurs non conformes, et le blocage des importations de calamars issus de zones à risque aux frontières de l’Union européenne.