Un réseau de treize pseudo-sites d'information diffusant une propagande unilatéralement favorable à la Chine a été identifié par le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum), selon Le Monde. Ces plateformes, créées en 2025, étaient directement liées à CGTN, la chaîne d'État chinoise, révèle une enquête approfondie menée par ce service rattaché à Matignon.

Ce qu'il faut retenir

  • Treize sites d'actualité lancés en 2025 ont été identifiés comme des outils de propagande pro-chinoise, selon l'enquête de Viginum.
  • Ces plateformes étaient directement liées à CGTN, la chaîne de télévision d'État chinoise, chargée de diffuser la ligne officielle de Pékin.
  • Le service Viginum, spécialisé dans la lutte contre les ingérences étrangères, a établi ces liens après plusieurs mois d'investigation.
  • Ces sites se présentaient comme des médias d'information indépendants, mais diffusaient un discours systématiquement favorable à la Chine.
  • L'enquête s'inscrit dans le cadre d'une vigilance accrue des autorités françaises face aux tentatives d'influence étrangère en ligne.

Une opération de propagande déguisée en information

Ces treize sites, lancés entre janvier et décembre 2025, se faisaient passer pour des médias d'actualité classiques, couvrant des sujets variés allant de l'économie à la géopolitique. Pourtant, leur ligne éditoriale était systématiquement orientée en faveur de Pékin, selon les conclusions de l'enquête. Viginum a mis en évidence des indices techniques et des stratégies de dissimulation permettant d'établir un lien direct avec les serveurs et les infrastructures de CGTN, la chaîne internationale de télévision chinoise.

Parmi les éléments relevés, les enquêteurs ont noté une similitude des contenus avec ceux publiés par CGTN, ainsi que l'utilisation d'adresses IP et de noms de domaine enregistrés via des prestataires liés à l'État chinois. « Ces sites fonctionnaient comme une plateforme de diffusion massive de la propagande chinoise, en exploitant les codes de la presse indépendante pour légitimer leur discours », a indiqué un responsable de Viginum cité par Le Monde.

Un outil de soft power chinois en Europe

La création de ces sites s'inscrit dans une stratégie plus large de Pékin pour influencer l'opinion publique en Europe, notamment en France. CGTN, déjà connue pour son rôle dans la diffusion de la ligne officielle du Parti communiste chinois, dispose d'une audience internationale et utilise divers canaux pour toucher des publics étrangers. Ces treize plateformes en représentaient une déclinaison ciblée, visant à contourner les régulations locales et à donner une apparence d'objectivité à un discours partisan.

D'après les observations de Viginum, certains de ces sites étaient optimisés pour les moteurs de recherche afin d'apparaître en tête des résultats sur des requêtes liées à la Chine ou à ses relations internationales. Une tactique qui vise à maximiser leur visibilité et à toucher un public large, y compris des internautes peu méfiants face à des contenus présentés comme neutres.

Les réactions des autorités françaises

L'identification de ce réseau a été officiellement confirmée par le service Viginum, qui a transmis ses conclusions aux autorités compétentes. Bien que le gouvernement n'ait pas encore pris de mesures publiques à l'encontre de CGTN, cette affaire souligne l'enjeu croissant de la lutte contre les ingérences numériques. « Ces tentatives d'influence ne sont pas nouvelles, mais leur sophistication s'accroît avec les nouvelles technologies », a souligné un expert en cybersécurité interrogé par Le Monde.

Pour l'heure, Viginum continue de surveiller l'évolution de ce réseau et d'autres activités similaires. Une source proche du dossier a indiqué que des éventuelles sanctions pourraient être envisagées à l'encontre des acteurs impliqués, conformément aux dispositifs législatifs français et européens en matière de transparence des médias étrangers.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes sont désormais à l'étude pour limiter la diffusion de ces contenus. D'abord, Viginum pourrait recommander aux plateformes numériques (moteurs de recherche, réseaux sociaux) de désindexer ces sites ou de les signaler comme sources non fiables. Ensuite, les autorités pourraient renforcer les contrôles sur les financements étrangers des médias en ligne, afin d'éviter que des entités étrangères ne financent des campagnes de propagande déguisées en information.

Enfin, une concertation avec les partenaires européens est attendue dans les prochains mois, afin d'harmoniser les réponses face à ces pratiques. Une réunion des services de sécurité des pays membres de l'UE est d'ailleurs prévue en septembre 2026, pour évoquer les menaces hybrides, dont la propagande numérique fait partie.

Cette affaire rappelle que la lutte contre la désinformation et les ingérences étrangères reste un enjeu majeur pour la souveraineté informationnelle des États démocratiques. Les prochaines semaines devraient permettre de mesurer l'ampleur des mesures qui seront effectivement mises en œuvre pour contrer ces réseaux.

D'après l'enquête de Viginum, CGTN a servi de centrale opérationnelle pour la création et la diffusion des contenus publiés sur ces treize sites. Les liens techniques établis entre les infrastructures de CGTN et celles des pseudo-médias ont permis de prouver leur implication directe dans la diffusion de la propagande chinoise.