Entre 2021 et 2025, le nombre de traumatismes crâniens liés aux accidents de trottinette électrique chez les enfants et adolescents a été multiplié par vingt à Lyon. C’est ce que révèle une étude rétrospective publiée le 2 juillet dans la revue scientifique Neurosurgery, menée par les soignants de l’hôpital Femme Mère Enfant (HFME) de Bron, situé en Métropole de Lyon. Selon le Figaro, qui cite l’étude, la gravité de ces blessures est désormais comparable à celle observée lors d’accidents de deux-roues motorisés.

Ce qu'il faut retenir

  • Multiplication par 25 des cas graves : le nombre de patients nécessitant un avis neurochirurgical après un accident de trottinette électrique est passé de 1 en 2021 à 25 en 2025.
  • 20 passages par mois en « déchocage » : depuis avril 2026, le service enregistre environ vingt passages mensuels pour ce type d’accidents, dont un quart nécessite une admission en réanimation pédiatrique.
  • Adolescents de 14-15 ans les plus touchés : la majorité des victimes sont des jeunes de cet âge, bien que des enfants d’une dizaine d’années soient également concernés.
  • 68,2 % des accidents sans autre véhicule impliqué : chute ou perte de contrôle sont les causes les plus fréquentes, selon les données de l’étude.
  • Port du casque inefficace : malgré les traumatismes, deux tiers des jeunes ne modifient pas leur comportement et ne portent toujours pas de casque.

Une hausse alarmante des accidents graves

Les chiffres sont sans appel. Entre 2021 et 2025, l’hôpital HFME de Bron a enregistré une explosion des cas nécessitant une intervention neurochirurgicale après un accident de trottinette électrique. « La gravité de ces blessures est comparable à celle observée lors d’accidents de deux-roues motorisés », soulignent Pauline Lethellier, pédiatre au service d’urgences et de réanimation pédiatriques, et le professeur Étienne Javouhey, chef du même service. L’étude du Figaro confirme ainsi que les trottinettes électriques, souvent perçues comme un mode de transport anodin, peuvent entraîner des blessures aussi sévères que celles causées par des véhicules motorisés.

Depuis avril 2026, le service de « déchocage » de l’hôpital enregistre environ vingt passages par mois pour des accidents de trottinette électrique. Parmi ces patients, environ un quart présente un état de gravité nécessitant une admission directe en réanimation pédiatrique. « Les motifs de consultation sont variés : traumatismes crâniens ou abdominaux avec des lésions touchant souvent le foie ou la rate, fractures des membres », précisent les auteurs de l’étude. Les victimes sont majoritairement des adolescents de 14 ou 15 ans, mais des enfants plus jeunes sont également concernés, notamment lorsqu’ils utilisent la trottinette d’un ami ou d’un frère aîné.

Des comportements à risque et un manque de prévention

Pierre Petitet, interne de neurochirurgie et premier auteur de l’étude, alerte sur les « comportements à risque » observés chez les utilisateurs de trottinettes électriques. Selon lui, ces comportements placent les utilisateurs sur la route aux côtés des voitures, dans des situations d’accident similaires à celles des deux-roues motorisés. « Autant dire que les trottinettes électriques, lorsqu’elles sont mal utilisées, peuvent devenir aussi dangereuses que les scooters », explique-t-il. L’étude révèle également que 68,2 % des accidents ne mettent pas en cause un autre véhicule, suggérant que les chutes ou les pertes de contrôle isolées sont fréquentes.

Face à cette situation, les auteurs de l’étude rappellent que le port du casque constitue la mesure de prévention la plus efficace pour réduire la gravité des blessures. Pourtant, l’expérience montre que même après un traumatisme crânien, environ deux tiers des enfants ne modifient pas leur comportement vis-à-vis du port du casque. « Plutôt que des messages moralisateurs, une piste serait de transformer le casque en un accessoire "cool" ou de mode, via les réseaux sociaux et des influenceurs, pour toucher directement cette population adolescente qui se sent souvent invulnérable », propose Pierre Petitet. À ce jour, le port du casque reste simplement recommandé et non obligatoire pour les utilisateurs de trottinettes électriques.

« Les motifs de consultation sont variés : traumatismes crâniens ou abdominaux avec des lésions touchant souvent le foie ou la rate, fractures des membres. »
— Pauline Lethellier, pédiatre, et le professeur Étienne Javouhey, chef du service d’urgences et de réanimation pédiatriques à l’HFME de Bron

« Autant dire que les trottinettes électriques, lorsqu’elles sont mal utilisées, peuvent devenir aussi dangereuses que les scooters. »
— Pierre Petitet, interne de neurochirurgie et premier auteur de l’étude

Un appel à repenser la prévention et la réglementation

L’étude publiée dans Neurosurgery et relayée par le Figaro souligne l’urgence d’agir pour limiter ces accidents. Les auteurs insistent sur la nécessité de repenser les campagnes de prévention, notamment en ciblant les adolescents, une population particulièrement vulnérable. « Les jeunes se sentent souvent invulnérables, même après avoir subi un traumatisme crânien », indique Pierre Petitet. Plutôt que des discours moralisateurs, l’étude suggère de rendre le casque plus attractif, par exemple en le transformant en un accessoire de mode ou en utilisant des influenceurs pour promouvoir son port.

Actuellement, le port du casque n’est que recommandé et non obligatoire pour les utilisateurs de trottinettes électriques à Lyon. Pourtant, les données recueillies montrent que cette mesure, si elle était rendue obligatoire et mieux appliquée, pourrait sauver des vies et éviter des blessures graves. « Le casque reste le moyen le plus efficace pour réduire la gravité des traumatismes », rappellent les auteurs de l’étude. Ils soulignent également que les comportements à risque, comme la conduite sans casque ou la circulation sur des axes dangereux, doivent être mieux encadrés.

Et maintenant ?

À l’issue de cette étude, les autorités sanitaires et les acteurs locaux pourraient être amenés à réévaluer les mesures de prévention existantes. Une piste envisagée serait de rendre le port du casque obligatoire pour les mineurs, voire pour tous les utilisateurs de trottinettes électriques. Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation ciblées, notamment via les réseaux sociaux, pourraient être lancées dès la rentrée 2026 pour toucher directement les adolescents. Reste à voir si ces propositions seront suivies d’effets concrets, ou si la tendance actuelle à la hausse des accidents se poursuivra.

Pour l’instant, l’hôpital HFME de Bron continue de recevoir chaque mois de nouveaux cas de jeunes victimes de traumatismes liés aux trottinettes électriques. La question reste entière : comment concilier mobilité urbaine, liberté des jeunes et sécurité publique ? Les prochains mois seront déterminants pour y répondre.

Non, le port du casque n’est actuellement que recommandé et non obligatoire pour les utilisateurs de trottinettes électriques à Lyon. Cette mesure reste l’une des pistes envisagées par les autorités sanitaires pour réduire la gravité des accidents.

Les adolescents de 14 ou 15 ans sont les plus touchés, mais des enfants d’une dizaine d’années sont également concernés, notamment lorsqu’ils utilisent la trottinette d’un ami ou d’un frère aîné.