La Turquie et l’Arménie ont signé, lundi 5 mai 2026, un accord visant à restaurer ensemble le pont médiéval d’Ani, situé à leur frontière commune. Selon Le Figaro, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de normalisation progressive entre Ankara et Erevan, deux pays dont les relations diplomatiques restent officiellement rompues depuis des décennies.
Ce qu’il faut retenir
- Un protocole d’accord a été signé entre la Turquie et l’Arménie pour restaurer le pont médiéval d’Ani, à leur frontière, un projet symbolique marquant une volonté de rapprochement.
- Ce pont, construit au Xe siècle, enjambait autrefois la rivière Arpaçay, à proximité du site historique d’Ani, ancienne capitale de l’Arménie médiévale.
- Seules les piles du pont subsistent encore aujourd’hui, mais son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2016 en fait un symbole de coopération culturelle.
- Ankara et Erevan entretiennent des relations diplomatiques gelées depuis des années, mais des signes de détente apparaissent depuis fin 2021, après la défaite arménienne face à l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh.
- Les deux pays ont déjà engagé d’autres projets de coopération, comme la remise en service de la ligne ferroviaire Kars-Gyumri ou l’ouverture d’un vol direct entre Istanbul et Erevan en mars 2026.
Un projet symbolique pour apaiser les tensions
Le vice-président turc, Cevdet Yılmaz, a salué sur le réseau social X la signature de ce protocole, soulignant que « des domaines de coopération symboliques et concrets, comme la restauration conjointe du pont d’Ani, formalisée aujourd’hui par un protocole d’accord, contribueront à instaurer un climat durable de paix et de sécurité ». De son côté, le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a confirmé avoir eu un « échange fructueux » avec son homologue turc, tout en se félicitant de l’avancée sur ce projet historique.
Ce pont, construit au Xe siècle au-dessus de la rivière Arpaçay, était à l’époque conçu pour permettre le passage des caravanes sur deux niveaux : les piétons en haut, les marchandises en bas. Aujourd’hui, seules ses piles en pierre, partiellement effondrées, rappellent encore sa splendeur passée. Son état de conservation précaire en fait un chantier prioritaire pour les deux pays, bien que les détails techniques et financiers de sa restauration n’aient pas encore été rendus publics.
Une coopération déjà engagée sur le patrimoine
La restauration du site d’Ani, inscrit depuis 2016 au patrimoine mondial de l’Unesco, fait déjà l’objet d’une collaboration scientifique entre la Turquie et l’Arménie. Les deux pays collaborent notamment à des fouilles archéologiques et à la préservation des vestiges, bien que leur frontière terrestre reste officiellement fermée. Une brève ouverture avait eu lieu au début des années 1990, avant d’être refermée en raison des tensions liées au conflit du Haut-Karabakh.
Cette volonté de coopération s’inscrit dans un contexte plus large de rapprochement entre Ankara et Erevan, amorcé après la défaite arménienne face à l’Azerbaïdjan en 2020. Depuis fin 2021, les deux pays multiplient les gestes symboliques pour désamorcer les tensions. En avril 2026, ils ont notamment annoncé la remise en service de la ligne ferroviaire Kars-Gyumri, qui relie les deux pays via la frontière, et la compagnie nationale turque Turkish Airlines a relancé un vol direct entre Istanbul et Erevan en mars dernier.
Des divergences persistantes, malgré les avancées
Malgré ces signes encourageants, les relations entre la Turquie et l’Arménie restent marquées par des contentieux profonds. Le principal obstacle persistant concerne la reconnaissance du génocide arménien, un sujet qui oppose toujours les deux pays. Pour Erevan, il s’agit d’un crime contre l’humanité commis par l’Empire ottoman entre 1915 et 1917, faisant entre 1,2 et 1,5 million de morts selon les estimations arméniennes. La Turquie, quant à elle, conteste ce terme et évoque une guerre civile dans laquelle des communautés des deux camps ont péri.
Cette question continue de diviser les historiens et les gouvernements internationaux. Une trentaine de pays, dont la France, ont officiellement reconnu ce génocide, mais Ankara refuse catégoriquement cette qualification. Malgré cela, les deux pays semblent déterminés à avancer sur des projets concrets, comme la restauration du pont d’Ani, afin de tourner la page d’un passé conflictuel.
Un pari sur l’avenir, entre symbolique et pragmatisme
L’accord signé lundi s’ajoute à une série d’initiatives visant à renforcer les liens entre les deux nations, après des décennies d’hostilité. Depuis 2021, les échanges commerciaux et diplomatiques se sont légèrement intensifiés, même si les relations officielles restent au point mort. La restauration du pont d’Ani pourrait ainsi devenir un symbole fort de cette volonté de réconciliation, à l’image d’autres projets transfrontaliers menés ailleurs en Europe.
Pour autant, les défis restent nombreux. La question du Haut-Karabakh, région disputée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, reste un sujet sensible qui pourrait influencer les relations entre Ankara et Erevan. La Turquie soutient traditionnellement l’Azerbaïdjan, tandis que l’Arménie cherche à renforcer ses alliances avec l’Occident. Dans ce contexte, le projet de restauration du pont d’Ani pourrait être perçu comme une tentative de créer une dynamique positive, indépendamment des autres dossiers en suspens.
Avec ce projet, la Turquie et l’Arménie choisissent de miser sur le patrimoine et l’histoire commune pour apaiser les tensions. Une stratégie risquée, mais qui pourrait, à terme, ouvrir la voie à une normalisation plus large de leurs relations.
La frontière terrestre entre la Turquie et l’Arménie est officiellement fermée depuis des décennies, en raison des tensions liées au conflit du Haut-Karabakh et aux désaccords historiques, notamment sur la question du génocide arménien. Seule une brève ouverture avait eu lieu au début des années 1990, avant d’être refermée.
Outre la restauration du pont d’Ani, les deux pays ont relancé la ligne ferroviaire Kars-Gyumri et rouvert un vol direct entre Istanbul et Erevan en mars 2026. Des collaborations scientifiques sur le site d’Ani et d’autres échanges culturels sont également en cours.