Le ministre français des Affaires européennes, Benjamin Haddad, a appelé mardi l’Union européenne à mobiliser tous ses outils pour défendre ses intérêts face aux pratiques commerciales jugées agressives de la Chine et des États-Unis. Dans un entretien accordé à Euronews FR, il a souligné la nécessité pour Bruxelles de réagir avec fermeté, alors que l’afflux d’importations chinoises menace les industries européennes.

Ce qu'il faut retenir

  • Benjamin Haddad considère que l’Europe a réagi trop lentement à l’érosion des règles du commerce international, la Chine et les États-Unis ayant abandonné depuis longtemps le modèle du libre-échange sans entraves de l’OMC.
  • L’UE envisage de durcir ses mesures contre les pratiques commerciales chinoises, notamment face à la surcapacité industrielle de Pékin et à son recours massif aux subventions publiques.
  • Cinq pays de l’UE, dont la France, l’Italie et l’Espagne, ont déjà exhorté la Commission européenne à recourir à des droits de douane pour protéger le marché unique.
  • L’industrie allemande a perdu jusqu’à 124 000 emplois en 2025, principalement dans le secteur automobile, en raison de la concurrence étrangère et de la hausse des coûts énergétiques.
  • Benjamin Haddad défend l’idée d’un endettement commun européen pour financer des investissements massifs dans des secteurs stratégiques comme la défense, l’espace ou l’intelligence artificielle.

Une réponse européenne face aux pratiques commerciales chinoises

Dans son intervention à Euronews FR, Benjamin Haddad a insisté sur la nécessité pour l’Europe de « défendre ses intérêts » et de « respecter les principes fondamentaux d’équité et de réciprocité ». Selon lui, la Chine et les États-Unis ont abandonné depuis longtemps la doctrine du libre-échange sans entraves prônée par l’OMC. « Le respect du droit international du commerce est important. Mais il faut être fort pour être respecté », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Nous devons être capables d’utiliser tous les instruments à notre disposition. »

L’urgence de la situation a été mise en lumière par les propos du ministre français, alors que la Commission européenne, dirigée par Ursula von der Leyen, doit se réunir vendredi pour examiner des mesures plus sévères face aux pratiques commerciales chinoises. Ces dernières risquent, selon Bruxelles, de « cannibaliser » l’industrie et le marché européens. Le débat devrait se poursuivre lors du sommet des dirigeants de l’UE à Bruxelles, prévu à la mi-juin.

Les divisions internes freinent une réponse unie de l’UE

Malgré les appels à une réaction forte, l’Union européenne peine à adopter une position commune. Certains États membres, comme l’Allemagne, restent réticents à durcir le ton vis-à-vis de Pékin, par crainte de fragiliser leurs relations commerciales. Pourtant, les signes d’un rapprochement se multiplient. « Une prise de conscience est en train de se faire partout en Europe », a expliqué Haddad. « Pendant longtemps, nous avons cru qu’il était sans risque d’exporter vers la Chine. Aujourd’hui, nous voyons que le savoir-faire technologique progresse en Chine avec le soutien de l’État. »

Les craintes d’un affaiblissement industriel se confirment avec les chiffres : selon une étude récente, l’Allemagne a enregistré la perte de 124 000 emplois en 2025, principalement dans l’automobile, un secteur déjà fragilisé par la concurrence asiatique et la hausse des coûts énergétiques. Ces chiffres illustrent l’urgence d’agir, alors que la Chine renforce son emprise sur les matières premières critiques et les secteurs technologiques stratégiques, renforçant ainsi son levier politique sur ses concurrents.

L’endettement commun, une solution pour relancer la compétitivité européenne ?

Face à ces défis, Benjamin Haddad a défendu une solution audacieuse : le recours à un endettement commun au niveau européen. « Les marchés ont un fort appétit pour les actifs émis par l’Union européenne, qui est un partenaire financier fiable et digne de confiance », a-t-il souligné. Pour lui, cet outil permettrait de financer des investissements massifs dans des domaines comme la défense, l’espace ou l’intelligence artificielle, où l’Europe est sous-dotée par rapport aux États-Unis.

Cette proposition s’inscrit dans la lignée des déclarations d’Emmanuel Macron en février, qui avait annoncé une révision de la doctrine économique de l’UE d’ici juin, incluant un recours accru à l’endettement commun. Cependant, cette idée se heurte à l’opposition des pays « frugaux », qui refusent une augmentation de la dette commune, arguant que la marge de manœuvre budgétaire est déjà très limitée. Les déficits et la dette des États membres s’envolent déjà, rendant ce sujet particulièrement sensible.

Haddad n’exclut pas pour autant la possibilité d’avancer à plusieurs. « Lorsque vous disposez d’un noyau dur d’États membres qui veulent aller de l’avant et approfondir leur intégration, il faut être capable de créer une dynamique pour que les autres nous rejoignent », a-t-il expliqué. Cette approche pragmatique pourrait permettre à un groupe de pays partageant les mêmes vues de s’endetter collectivement sur les marchés, sans attendre l’aval des 27.

Un contexte économique marqué par les crises géopolitiques

La situation est d’autant plus complexe que l’Europe doit désormais composer avec les conséquences de la guerre en Iran et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz. Ces événements ont provoqué des ondes de choc dans l’économie mondiale, reléguant au second plan les discussions sur la compétitivité européenne. Pourtant, malgré ces perturbations, Haddad maintient que l’Europe dispose d’un atout majeur : son marché unique. « Nous avons toutes les raisons d’être optimistes quant à la force qu’un tel marché peut représenter, à condition de savoir en tirer parti », a-t-il rappelé.

Pour lui, l’heure n’est plus à la naïveté. « Il est essentiel de ne pas être naïfs, de regarder ce que font les autres et de nous protéger nous aussi », a-t-il conclu. Une position qui reflète l’urgence d’agir, alors que les pratiques commerciales chinoises et américaines continuent de peser sur les industries européennes.

Et maintenant ?

Les discussions au sein de la Commission européenne, prévues vendredi, pourraient donner le coup d’envoi à une série de mesures plus strictes contre les importations chinoises. Le sommet des dirigeants de l’UE à la mi-juin sera un moment clé pour évaluer si les États membres parviennent à s’accorder sur une réponse commune. Par ailleurs, la proposition d’un endettement commun, bien que controversée, pourrait s’imposer comme une solution à moyen terme pour financer les investissements nécessaires à la compétitivité européenne.

Reste à voir si l’Europe saura transformer ces défis en opportunités, ou si elle restera prisonnière de ses divisions internes. Une chose est sûre : le temps presse.

Selon Benjamin Haddad, l’UE envisage notamment le recours à des droits de douane ciblés et à d’autres mesures protectionnistes. Cinq pays, dont la France, l’Italie et l’Espagne, ont déjà appelé la Commission à agir. Ces mesures pourraient inclure des restrictions sur les importations de produits chinois jugés subventionnés ou surcapacitaires, ainsi que des contrôles renforcés sur les investissements étrangers dans des secteurs stratégiques.